Catherine Durand, l'interview
31/10/2008
C'est entre deux concerts de la tournée "Toutes les filles" et entre deux rendez-vous promo, que la talentueuse Catherine Durand a pris de son temps précieux pour répondre à mes questions. Un énorme merci à elle pour sa sincérité et sa gentillesse.
1 / Vous n'êtes pas connue du grand public en France. Pouvez-vous présenter votre parcours (assez atypique) ?J’ai débuté à jouer de la guitare vers l’âge de 15ans. La musique a toujours été mon passe-temps le plus précieux. J’ai fait des études en communication, terminé un BAC à l’Université du Québec à Montréal, pour ensuite travailler 2 ans à la chaîne de television musicale Musique Plus comme camerawoman. C’est dans ces années-là que j’ai fait une rencontre qui a ouvert les portes de l’industrie musicale pour moi, et principalement celles de la compagnie Warner Music Canada. J’ai quitté mon emploi pour faire un premier album en 1998, puis un 2ème en 2001.Après ce 2ème album, mon contrat avec Warner s’est terminé, et j’ai eu envie de reprendre ma carrière en main. Quelques années ont passé, et je suis finalement revenue avec mon album “Diaporama”, que j’ai autoproduit. Un album beaucoup plus près de qui je suis artistiquement. Un album plus folk, aux arrangements plus feutrés. Entretemps, je me suis mise à écrire pour les autres ; Isabelle Boulay, Stéphanie Lapointe, Annie Blanchard, Renée Martel… J’ai lentement fait mon chemin, sur la scène comme sur disque, pour tailler ma place dans le milieu de la musique québécoise. J’ai aussi travaillé avec Marie-Annick Lépine (des Cowboys Fringants), avec qui d’ailleurs je suis venue donner quelques concerts en France en 2007. Et puis, le 9 septembre dernier, je sortais mon 4ème album, autoproduit encore une fois, sur lequel je continue dans la lignée de “Diaporama”. Ce dernier album s’appelle “Coeurs Migratoires”, et j’ai pris un grand plaisir à le faire.
2 / Qu'est-ce qui fait qu'un jour, on se lève, on abandonne son métier et qu'on se lance, contre vents et marées, dans la folle aventure de la musique ?J’ai une une chance, et je l’ai prise… On m’a offert un contrat de disque, alors je n’ai pas pu résister… J’ai toujours voulu faire, de ma musique, mon métier, alors c’était l’occasion pour moi de voir si tout ça était possible.
3 / Votre séparation avec Warner après vos deux premiers albums a été plus une libération qu'autre chose. Elle vous a permis de trouver votre voie, votre chemin que vous avez esquissé avec “Diaporama” et creusé et affirmé avec "Cœurs migratoires", non ?Absolument! Mes 2 premiers albums ont été tous deux enregistrés à Toronto, par un réalisateur anglophone. Le son était beaucoup plus “FM”, même si derrière les arrangements plus pops, on pouvait clairement deviner ma signature musicale. Dès que le contrat avec Warner s’est terminé, j’ai eu une période de réflexion, mais je me suis dit que c’était le moment pour moi de vraiment aller au bout de mes idées et de prendre mes choses en main. J’ai vraiment pu faire le point sur ma carrière, sur ce que je voulais, et surtout sur ce que je ne voulais pas. J’y suis allée avec mon coeur, et ce travail a donné “Diaporama”. Un album qui a été merveilleusement bien accueilli par les critiques et le public. Curieusement, c’est celui qui a le moins joué à la radio, mais c’est celui qui s’est vendu le plus! J’ai compris, avec cet album, que j’avais trouvé ma niche, ma place et ma couleur artistique. Donc pour “Coeurs Migratoires”, j’ai voulu continuer dans la même lignée, mais en apportant de nouvelles textures, de nouveaux instruments (cors français et anglais, hautbois, cordes, banjo, mandoline…). Je ne voulais pas refaire le même disque, mais plutôt pousser plus loin les arrangements, tant atmosphériques que folks.
4 / Il y a au fur et à mesure de vos albums, une certaine mise à nue (relative bien sûr). Qu'est-ce qui fait qu'on se dévoile plus ? Est-ce une question de maturité, de confiance en soi ?Peut-être, mais c’est plutôt inconscient… J’écris ce que je ressens, tout simplement. J’ai compris avec les années que la simplicité était souvent bien plus efficace. J’essaie de rester simple dans mes mots et dans mes idées, afin de laisser les textes accessibles. Mais effectivement, “Coeurs Migratoires” est sûrement mon disque le plus personnel, bien que les chansons n’aient pas toutes été inspirées de ma propre vie…
5 / Vous dites avoir beaucoup appris des tournées "Toutes les filles". Pouvez-vous nous en dire plus ?Avant de commencer cette tournée, j’étais terrorisée… Je ne sais pas lire la musique, alors je me suis dit que j’allais certainement avoir de la difficulté à suivre les autres… Mais cette tournée m’a appris à me faire confiance. Elle m’a démontré qu’être musicien, ça se passe d’abord et avant tout dans les oreilles, et non pas dans les livres. Et puis cette tournée m’a permis de rencontrer des filles, des auteures-compositrices interprètes extraordinaires qui sont devenues mes amies, et de qui j’ai beaucoup appris, tant musicalement que personnellement.
6 / Pouvez-vous nous parler de ces filles justement avec qui vous avez crée une vraie amitié musicale et qui pour certaines, sont venues jouer sur votre album ?D’abord Catherine Major. C’est une génie, tout simplement. Je la considère de la trempe d’un Claude Léveillé. Elle a une telle sensibilité, et une réelle communion avec son piano. C’est pour moi une grande musicienne. J’ai eu le grand bonheur de l’avoir sur mon album, et j’en suis honorée.Mara Tremblay… Une fille d’une intensité remarquable, brillante, vraie, sensible, et une musicienne extraordinaire. Une vraie amie.Marie-Annick Lépine… C’est comme ma petite soeur! Je l’adore! Drôle, allumée, d’une efficacité redoutable sur une scène. Il n’y a jamais rien de compliqué avec elle. Elle aussi, est devenue une bonne amie.Ginette… Le fille la plus lumineuse et positive que je connaisse! Rien n’est à son épreuve, et les idées se bousculent dans son cerveau à une vitesse affollante! L’avoir près de soi apporte la paix, le bonheur instantané. 7 / Quel regard portez-vous sur l'industrie du disque, les médias qui ne vous ont pas toujours aidé et dont vous vous passez presque aujourd'hui ?Je déplore le manque d’ouverture des radios dites plus “commerciales”. Je trouve dommage qu’un petit groupe de gens sur des “jurys” décident de ce qui jouera dans presque toutes les stations de radio de la province. Avec la convergence, les radios en région font toutes partie d’une chaîne (ou presque), et doivent respecter le fameux playlist que les décideurs de Montréal ont choisi pour eux. Aucune latitude… Et sur cette playlist, on retrouve peu d’artistes, et leur chansons sont jouées tellement souvent que l’on entend qu’eux à la radio… Je trouve déplorable que les radios en région (en majorité) ne puissent pas elles-même décider de ce qui va plaire à leurs auditeurs. Les radios devraient jouer plus d’artistes, mais moins souvent. Ça permettrait au public de découvrir un plus grand nombre de chansons.
8 / Vous venez de sortir il y a quelques semaines votre quatrième album "Cœurs migratoires". Pouvez-nous dire comment il est né, qu'est-ce qu'il s'en dégage, les couleurs que vous lui avez données ?Comme j’ai dit précédemment, j’ai voulu faire un album dans la continuité de “Diaporama”, mais sans refaire le même disque… J’ai donc poussé les arrangements plus loin, et j’ai fait appel à des musiciens exceptionnels qui sont tous venus donner un peu de leur couleur, et de leur talent à mes chansons. Je trouve d’ailleurs que c’est l’étape la plus importante ; bien choisir les musiciens. C’est ce qui fait toute la différence. J’ai donc eu le bonheur d’avoir Catherine Major, Louis-Jean Cormier (de Karkwa), Robbie Kuster ( le batteur de Patrick Watson), Marie-Annick Lépine… et évidemment Jocelyn Tellier, un réalisateur et un musicien que j’admire beaucoup, avec qui j’avais déjà travaillé sur “Diaporama”.
9 / Vous avez écrit pour d'autres, Isabelle Boulay, Stéphanie Lapointe, Renée Martel. Pouvez-vous nous parler, en quelques mots, de ces rencontres et pourquoi avez-vous accepté de collaborer avec ces artistes ? Avez-vous noué des relations avec chacune ?Chaque rencontre est unique… Avec Isabelle, c’est doux et très amical. On a chanté ensemble à 2 occasions au Québec. C’est une artiste que j’admire et que je respecte beaucoup, et j’ai été très honorée qu’elle endisque une de mes chansons.Pour Stéphanie, et bien c’est surtout par la maison de disque que j’ai été approchée. Mais mes rencontres avec Stéphanie ont toujours été très agréables. C’est une fille qui sait très bien ce qu’elle veut, et très forte, malgré les apparences.Pour Renée, et bien c’est moi qui me suis présentée avec une chanson… Ce fut plutôt intimidant la première fois, mais Renée est une grande dame, et nous met tout de suite à l’aise. On espère un jour partager la scène ensemble, peut-être meme lors d’une soirée de “toutes les filles”.
10 / Quelles sont vos influences musicales et quels artistes vous ont donné envie de faire de la musique ?J’ai commencé à jouer de la guitare avec Suzanne Vega, Edie Brickell, Tracy Chapman… et évidemment Harmonium et Beau Dommage. Toutes ces personnes ont, à leur manière, influencé de ce que je suis aujourd’hui.
11 / Vous allez faire la première partie, l'année prochaine de Francis Cabrel au Québec. Qu'est-ce que cet artiste représente pour vous ?Un homme excessivement talentueux, doux, sensible… C’est un grand mélodiste, et je suis depuis longtemps très à l’écoute de ce qu’il fait. 12 / Quels coups de cœur pour des artistes québécois aimeriez-vous partager avec les lecteurs/lectrices de ce blog ?Sylvie Paquette, sans aucun doute! Et aussi Mario Peluso, qui est un peu notre Neil Young à nous… Aussi Magnolia, qui fait un country-folk planant magnifique……et Dumas, que j’aime beaucoup!…et Karkwa et Patrick Watson!
13 / La devise du Québec est "je me souviens ...". Pouvez-vous compléter cette devise à votre manière afin qu'elle exprime votre idée du Québec aujourd'hui ?…ouf… difficile! Je dirai simplement que le Québec d’aujourd’hui est vivant, dynamique et ouvert sur le monde… Plus que jamais.
14 / Avez-vous des projets en France ou en Europe ?J’aimerais bien que mes albums soient disponibles là-bas. On va travailler là-dessus dans les prochains mois!
15 / Un message ou le mot de la fin ... ?Hâte d’aller vous voir!
Crédit Photo - Claudine SAUVE


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