Mes Aïeux, un folklore génétiquement modifié où tradition et modernité fusionnent avec intelligence et finesse
19/11/2008
Après le succès phénomenal de leur album "En famille" et du titre populaire et emblématique "Dégénérations", Mes Aïeux était attendu au tournant pour leur 5ème album. Avec "Ligne orange" Mes Aïeux poursuivent la route musicale qu'ils ont prise depuis plus d'une décennie : une fusion, propre à eux seuls, entre le folklore, les contes, les légendes du Québec et des thématiques, des musiques contemporaines. Alors que dans les années 90, les Céline Dion et Garou ont effacé, de leur art, leur côté québécois, préférant chanter des auteurs/compositeurs français, Mes Aïeux ont fait de leur culture et mémoire collective, la base, le centre de leur art. Après nous avoir conté l'histoire d'Alexis le trotteur ou rendu hommage à un des plats les plus célèbres du Québec, l'inimitable poutine, Mes Aïeux nous content toujours des légendes du Québec : le Grand Antonio et Howie Morenz. Le premier est un homme doté d'une force extraordinaire mais qui mourrut dans l'anonymat le plus complet sur le quai d'un métro. L'autre est un des plus célèbres joueurs de hockey au Québec, disparu tragiquement en 1937 et dont la présence hante encore les lieux du Forum. Loin de se scléroser dans la tradition traditionaliste, ils font de leur folklore, de leur mémoire collective, de leurs héros et légendes nationaux quelque chose de vivant et actuel. Leur folklore génétiquement modifié fait écho à un regard social contemporain mordant. Si Mes Aïeux sont festifs, d'une nature joyeuse ou ludique ; leurs textes, certes piqués d'humour, se font aussi incisifs et le ton est souvent revendicatif. Mes Aïeux font un constat social assez morose, décrivent une société où l'homme, nivelé par le bas ("Chaque jour"), est plus un produit de consommation qu'un citoyen ("Prière cathodique"), où la solidarité a fait place au chacun pour soi ("La dévire) et enfin où la nature dénaturée ("Belle, embarquez") est oubliée des politiciens ("Déni de l'évidence"). La force de Mes Aïeux tient aussi aux interprétations. Chacun des membres est un chanteur en soi. Les voix s'accordent à merveille et cette fusion vocale se bonifie d'albums en albums. Enfin, il faut le dire Stéphane Archambault est plus qu'un chanteur, c'est un grand conteur. Il sait capter notre attention pour ne plus jamais la lâcher et nous embarque ainsi au coeur de ses histoires. Malgré leur ancrage québécois fort et les références à des lieux, des personnages éloignés de notre culture de ce côté de l'Atlantique, Mes Aïeux confirment que plus on est local, plus on est international. Leurs propos sont universels et parlent à tous, en France au Québec ou ailleurs car le message vise un idéal ancré dans les esprits et les coeurs de chacun. Mes Aïeux nous font "passer du gris à l'arc-en-ciel" et "reprisent nos rêves avec du fil de sagesse". Ne perdez pas une minute, goûtez à cette fusion jouissive où la modernité s'abreuve de tradition. A écouter sans modération.
Graphisme et illustration de la pochette - Michel RABAGLIATI


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