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Bienvenue sur le blog du Goncourt des Lycéens 2008

11/09/2008

Parler de ces mots qui deviennent des phrases, des histoires puis des rêves...

 

Comme moi, tu n’y connais peut-être rien à la Littérature ? Le livre n’est peut-être pour toi qu’un moyen de patienter ou de caler une table ? Quoi qu’il en soit, tu aimes les belles histoires, les découvertes et les rencontres inattendues…

 

Avec les élèves qui ont décidé de participer au Goncourt des Lycéens, j’ai relevé le défi de lire et commenter les douze ouvrages candidats au prix Goncourt 2008. Pour le trip…comme le prélude à une nouvelle aventure : découvrir un autre monde…celui des livres.

 

Tout ici est en effet prétexte à échanger autour du livre sous toutes ses formes. Et sur ces mots qui se transforment en phrases puis deviennent des histoires pour se changer en rêves.

 

Bienvenue à toi dans le Blog du Goncourt des Lycéens 2008 !

 

Alphonse Boudabard

Un petit mot de Catherine Cusset rien que pour nous !

25/11/2008

Alors que les confettis de la fête du Goncourt des Lycéens 2008 sont retombés dans les sacs à poussière, Catherine Cusset a souhaité nous dire quelques mots. Une initiative aussi gentille que touchante pour remercier les lycéens d'avoir choisi son livre.

Et puis, un peu de la prose d'un Goncourt des Lycéens (2008, donc) sur le blog, ça change des mots poussifs de votre Boudablogger de service, non ?

Merci Catherine pour cette délicatesse qui apporte à cette fin de Goncourt des Lycéens 2008 un supplément d'âme, la tienne. Je retranscris intégralement ta lettre ci-dessous...

 

"Paris, 19 novembre 2008

 

Chers lycéens, chères lycéennes,

Merci. Un grand, grand merci. Je ne saurais vous dire quel honneur vous me faites en élisant Un brillant avenir comme lauréat du XXIème Goncourt des Lycéens. Je ne m’y attendais pas du tout.

Nous venons de vivre, ensemble et séparément, pendant deux mois, une fantastique aventure. À la mi-septembre, parce que votre professeur de français s’était porté volontaire, vous vous êtes retrouvés avec quinze livres de la rentrée littéraire choisis par vos aînés, les jurés du Prix Goncourt. Vous avez dû, de ces quinze livres, en lire quatre, cinq, six ou davantage, pour en discuter ensuite avec vos camarades. Certains d’entre vous n’avaient encore jamais lu de romans. Beaucoup ignoraient tout de la littérature contemporaine, de la rentrée littéraire, des enjeux de la course aux prix, qui donnent à une maison d’édition une chance de survie et à un écrivain la liberté de vivre de sa plume. Au début, peut-être certains d’entre vous ont-ils été rebutés par l’ampleur de la tâche, la taille ou le sujet de certains livres à lire. Mais peu à peu vous vous êtes pris au jeu. Vous avez compris que vous aviez le pouvoir d’agir sur le réel, et vous avez découvert les rouages de la démocratie, le vote, le pouvoir de la rhétorique et la loi de la majorité.

De mon côté, vivant en Amérique depuis dix-huit ans, j’ignorais presque tout du Goncourt des Lycéens. Quand j’ai appris qu’il y aurait des rencontres avec les lycéens dans plusieurs régions de France, j’ai accepté de me prêter au jeu. Je dois avouer que j’ai d’abord été désarçonnée. Placée sur une estrade à côtés d’autres écrivains dont certains étaient accueillis par vous comme des stars, j’ai parfois eu l’impression de me retrouver dans une sorte de marché où il fallait vendre son livre comme une marchandise. Quand une main se levait dans la salle et que la question était inévitablement pour un autre écrivain, remontaient en moi de vieux complexes enfouis depuis les années de lycée: ceux de la fille qui voudrait tant être “sympa,” “cool”, et populaire, mais qui reste dans son coin et que ses camarades croient hautaine et méprisante parce qu’elle est timide et peu sûre d’elle. J’ai quarante-cinq ans, vous en avez entre quatorze et dix-huit. Le corps vieillit, mais vous verrez qu’on a toujours quinze ans dans son coeur. Face à vous, j’avais conscience de cela, du vieillissement du corps, car votre jeunesse nous renvoie en miroir notre âge.

Et pourtant, au cours de ces deux mois, moi aussi je me suis prise au jeu. J’ai apprécié de retrouver vos jeunes visages, d’entendre vos questions qui devenaient plus précises et subtiles à mesure que vous lisiez les livres, et de partager avec mes petits camarades une solidarité rarement donnée au romancier, car écrire est un métier solitaire. Même sans avoir aucune chance de remporter ce prix, j’étais heureuse d’avoir vécu avec vous une aventure qui me semblait symboliser l’exception culturelle française. J’avais l’impression que quelque chose d’important s’était passé.

Vous imaginez donc ma surprise, et ma joie, quand j’ai reçu l’appel de Rennes le 12 novembre. Que vous ayiez pu choisir un roman racontant sur un demi-siècle l’histoire d’une Roumaine émigrée aux États-Unis, et racontant en parallèle le rapport conflictuel, compliqué, entre cette belle-mère roumaine et sa belle-fille française, me paraît encore incroyable et me touche profondément. Certains d’entre vous m’ont interrogée sur la structure de ce livre. Comme j’ai répondu lors des rencontres, j’ai longtemps hésité . Je craignais de gâcher la belle histoire d’Elena et de Jacob en y mêlant une autre histoire, moins épique et plus psychologique. Finalement j’ai compris que je n’avais pas le choix car le sujet du livre, c’était le rapport entre le passé et le présent. entre le rêve d’avenir, et ce qu’était devenu ce rêve. Mon roman serait peut-être trop difficile à lire ainsi et ne rencontrerait aucun succès, mais tant pis: il n’y avait que sous cette forme qu’il était cohérent avec son projet.

Vous, les plus jeunes, me dites aujourd’hui: c’est justement cette forme que nous avons aimée. Vous n’avez pas été rebutés par l’apparente difficulté. Toucher votre public, je ne pouvais espérer de plus grand succès. Si j’écris, c’est avant tout parce que j’aime lire, parce que je ne peux envisager de journée où je ne retrouve le soir, au coucher, un roman qui sera mon compagnon d’endormissement. J’ai besoin d’un vrai compagnon: d’un roman où je me sente bien, dont “existent” les personnages—grâce à une écriture sans complaisance où chaque mot est nécessaire. Je désire écrire des livres que mes lecteurs aient envie de retrouver le soir. Quand vous me dites que mes personnages sont restés avec vous une fois le livre refermé, vous me redonnez espoir. Cela veut dire que nous sommes pareils, qu’il n’y a pas de fossé de génération entre nous. Moi qui crains tant d’être un dinosaure dans un monde où plus personne ne lit et où l’image l’emporte sur le mot, je peux donc voir en vous de petits dinosaures qui vont grandir et peupler le monde d’autres bébés dinosaures?

Je souhaite que cette aventure vous ait donné le goût de retrouver le soir un compagnon de mots, et que votre curiosité vous aiguille vers les immenses espaces de la littérature, où vous guidera votre instinct. Il est difficile de donner des conseils, car deux personnes n’aiment pas les mêmes livres, ce que vous avez compris en débattant dans vos classes pendant deux mois. Mais on ne peut s’empêcher de vous suggérer d’aller voir du côté des Russes, Tolstoï et Dostoïevski, d’Edith Wharton et de Salinger par delà l’Atlantique, de Balzac et de Flaubert par chez nous. Entre autres, entre très nombreux autres. Juste un commencement…

Avec toute mon amitié,

Catherine

catherinecusset@yahoo.com"

Un brillant avenir de Catherine Cusset, Prix Goncourt 2008.

13/11/2008

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Et oui, c'est Un brillant avenir Catherine Cusset que tu as choisi comme lauréat pour ce Goncourt des Lycéens 2008 !

 

Un titre évocateur, presque  prémonitoire pour un livre qui nous parle finalement d'une partie de nous même, d'un prolongement ou plus exactement d'une origine: la famille.

 

Toi aussi, peut-être, t'es tu identifié, comme moi, aux héros de cette saga familiale qui coure et s'entremèle sur deux générations. Helen, la Roumaine ambitieuse et idéaliste, Alexandru, le fils posé mais décidé, Jacob, le père tranquille et surtout Marie, la petite parisienne, impulsive et généreuse, pièce rapportée de cette famille déracinée qui a du mal à décrypter ses non-dits comme ses actes d'amours. Une famille dont les liens par delà les épreuves traversées semble imposer des codes, voire un destin irrévoccable. Ce livre est une optimiste leçon de vie. Une ode sincère, lucide et réaliste à la famille.

 

Je suis heureux que tu aies choisi ce livre. A vrai dire, je ne militais pour aucun. Mais je le disais : la meilleure façon de tester son goût pour un livre est de se demander si on le conseillerait à un ami. J'ai déjà conseillé et prêté Un brillant avenir. Ce qui prouve qu'au delà du plaisir que j'ai eu à le lire, j'ai eu envie de le partager avec quelqu'un qui m'est cher. Ca aussi, c'est le pouvoir des livres: offrir une histoire, une émotion à ceux qu'on aime.

 

La richesse du récit de Catherine Cusset nous imprègne bien après la fin de la lecture. Par l'évocation de temps rendus tellement lointains du fait des bouleversements de l'histoire (tu arrives, toi, à te projeter dans l'effroyable Roumanie de Ceaucescu ?), les étapes du périple familial (Italie, Israël, Amérique, France...) mais aussi et surtout la puissance des rapports humain, subtils mais tellement juste. Un livre aux multiples facettes donc: historique, aventureux, psychologique, dramatique... que chacun a pu s'approprier à sa guise.

Je n'ai pas allumé ma télé depuis avant-hier. Mais je repense à Catherine Cusset que j'avais croisé dans les couloirs puis sur la scène des rencontres parisiennes des écrivains. Ses premiers mots, le visage cramoisi: "Je suis si intimidée...". Que doit-elle penser, aujourd'hui, à l'heure des honneurs et de la reconnaissance ?

 

Un bien beau  Palmarès au final et la meilleure des récompenses pour un livre: la reconnaissance des lycéens.

 

Alphonse Boudabard

Qui sera ton lauréat 2008 ?

11/11/2008

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Qui des six derniers auteurs retenus sera le lauréat 2008 ?
Jean-Baptiste Del Amo, Catherine Cusset, Atiq Rahimi, Jean-Louis Fournier, Patrice Pluyette ou Valentine Goby ?

 

Ou plus exactement, quel livre éliras tu comme le plus digne de ta confiance ?

 

La Traversée du Mozambique par temps calme

Où on va, papa ?

Qui touche à mon corps je le tue

Syngué Sabour

Un brillant avenir

Une Education libertine

 

Et si finalement, le Goncourt des Lycéens, c'était une façon de dire à tes potes:

« Lis ce livre, c'est vraiment celui que je préfère ! Tu passeras un bon moment. Tu découvriras de belles choses. Tu vibreras intensément. Bref, tu vivras plus ! » ?

 

Alors lequel de ces six ouvrages t'a fait vivre plus ?
Est-ce la traversée ébouriffante de la jungle par Patrice Pluyette ? La vie émouvante et finalement si drôle des enfants de Jean-Louis Fournier ? L'univers terrifiant et croisé des trois humains perdus de Valentine Goby ? La femme afghane tentant de renouer le fil de l'humanité d'Atiq Rahimi ? Le destin entremêlé de deux générations entre Budapest et New-York de Catherine Cusset ? Ou l'ascension sociale d'un jeune breton dans le Paris du XVIIIème siècle revu par Jean-Baptiste Del Amo ?

 

Cette sélection est bien le reflet des échanges passionnés dont ce blog a été le témoin pendant toute la durée de ce Goncourt des Lycéens. Les chouchous de Pluyette, les bouleversés par Fournier, les intrigués par Goby, ceux touchés par Rahimi, qui se sont reconnus dans Cusset ou emportés par le récit de Del Amo...

 

On pense, évidemment aux autres écrivains qui nous ont offert aussi de très bons moments de lecture. Et puis à leurs auteurs, croisés à l'occasion des rencontres. A l'aube de cette proclamation des résultats, je pense à tous ces écrivains dont nous avons effeuillé l'œuvre page après page tout au long de l'aventure.

 

Aux plus discrets d'abord:  Salim Bachi, à l'érudition tranquille, aperçu sur la scène de la rencontre parisienne, Christophe Bataille dont le livre a marqué les esprits mais qui avait fait le choix de ne pas participer aux débats, Olivier Rollin, l'écrivain turbulent aperçu à la télé mais pas sur scène, Catherine Millet dont l'ouvrage n'a pas fait l'unanimité (ou plutôt si mais dans l'autre sens) mais qui a eu l'élégance de répondre chaque fois avec gentillesse et compréhension aux questions ou remarques soulevées. Il est étonnant d'ailleurs de constater l'émotion suscitée par ses écrits (sans doute du fait de l'expression d'une sexualité plutôt morbide...ce qui est, dans un sens, rassurant de la part des lycéens...) alors même que d'autres ouvrages en lices évoquaient des passages finalement bien plus explicites et crus mais peut-être dans un contexte plus positif...). On ne prête qu'aux riches ! Comme par exemple ce petit coquin d'Alain Jaubert qui sous ses airs de professeur Tournesol et sous des prétextes d'érudition signait un roman on ne peut plus sensuel.

 

Ensuite, j'ai une pensée pour ceux que je vais appeler, exprès, par provocation « les cantonniers ». Je dis cela sans juger de la valeur de leurs écrits mais plutôt du poids de leur ouvrage. Six cents pages en moyenne !  Malgré des thèmes vraiment intéressant, ces ouvrages n'ont pas attiré le plus grand nombre. Pas de débat autour du très timide Mathieu Belezzi de C'était notre terre (j'ai hésité à le mettre dans la catégorie précédente) dont le livre sans point a sans doute dérouté. Aucun commentaire sur  La beauté du monde  de Michel Le Bris bien qu'il en parle sur scène...à merveille. Nul aficionado de Là où les tigres sont chez eux  de Jean-Marie Blas de Roblès dont l'engagement dans l'aventure littéraire au long court force le respect. Trois livres injustement délaissés (celui de J.M. Blas de Roblès a été honoré, par ailleurs, du prix Médicis) par les marathoniens du livre mais qui méritent le (long) détour: oui, les amis, sous les pavés la plage !

 

Toutes catégories confondues, je ferai une dernière place d'honneur aux auteurs qui ont cassé l'image qu'on pouvait avoir de l'écrivain: introverti, solitaire et hésitant. Le mythe de « L'Albatros » de Baudelaire en prend un sérieux coup sur sa tête de piaf avec ces aras aux couleurs chatoyantes, ces oiseaux de haut vol, à grand bec et beaux chants qui ont su transporter les foules par leur enthousiasme sincère ou savamment entretenu.

 

Je pense bien sûr (comment l'oublier ? ) à la délicieuse Karine Tuil qui a cultivé les débats sur les différentes scènes des rencontres par des questions souvent provocantes aux lycéens, à Valentine Goby toujours prête à en découdre, sur scène comme en coulisses, à Jean-Louis Fournier, fin orateur loufoque malgré ses grognements désabusés et sa vocation contrariée d'ours(on) mal léché, Patrice Pluyette, le poète tranquille et décalé au regard pétillant de malice du lycéen qui sait qu'après la sonnerie des cours, il repartira voguer dans sa baie du bout du monde, sur son Optimiste...forcément, Jean-Baptiste Del Amo à l'accent de la Méditerranée, tout en douceur et maîtrise malgré le feu brûlant de l'écrivain couvant intérieurement et enfin Atiq Rahimi, majestueux mage afghan déjà primé par le Goncourt « des grands » et qui poussa la délicatesse jusqu'à me remercier chaleureusement pour mon billet consacré à son livre...

 

Arroseur arrosé, moi, Alphonse Boudabard, écrivaillon électronique et aquatique, je finis donc ironiquement avec les félicitations de l'écrivain lauréat du Goncourt (des grands), premier cobaye de mes billets d'humeurs sur ma sélection de livres lus !

 

Une boucle est bouclée. Reste la plus belle: il me tarde désormais de connaître le lauréat de ton Goncourt à toi: celui des Lycéens 2008.

 

Vivement demain !

 

Alphonse Boudabard

Goncourt des Lycéens 2008, fais parler ton coeur !

10/11/2008

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Ca y est. Je crois que nous arrivons bientôt au bout de l'aventure.

 

Le prix Goncourt sera décerné aujourd'hui même à un des quatres auteurs encore en lice: J-M. Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux, J-B. Del Amo  avec Une éducation libertine, Michel Le Bris auteur de La Beauté du monde et Atiq Rahimi, père de l'étonnant Syngué Sabour.

 

Le Goncourt des Lycéens sera, lui, proclamé, mercredi. Il te reste donc peu de temps pour finir tes dernières lectures et livrer un avis sur l'ensemble de ce que tu as pu découvrir.

 

Sur les quinze livres de la sélection, deux ont déjà été primés Où on va papa, par le Prix Fémina et Là où les tigres sont chez eux par le Prix Médicis.

 

Un chasseur de lions d'Olivier Rolin et Le silence de Mahomet de Salim Bachi peuvent aussi prétendre au Prix Renaudot qui sera remis en même temps que le prix Goncourt.

 

Primés ou pas, tous ont encore leur chance jusqu'à mercredi pour le prix Goncourt des Lycéens puisqu'aucun livre n'est écarté jusqu'à la fin (contrairement au prix Goncourt qui a progressivement "sorti"des livres pour n'en retenir que quatres, finalistes...).

 

A toi, lycéen jury de cette édition 2008 du Goncourt Fnac de faire la différence et d'élire (en ton âme et conscience, hein ?) le livre de ton coeur !

 

Quel livre mérite, d'après toi, la palme ? Quel auteur t'a-t-il le plus fait vibré, t'a emmené le plus loin dans cette aventure des mots ?

 

N'hésite pas à prendre la parole sur le blog pour dire ce que tu penses au regard de l'ensemble de tes lectures, avant que ne se close définitivement cette édition 2008 du Prix Goncourt des Lycéens !

 

Alors, pour toi qui m'a accompagné pendant ces deux mois de lecture intensive, c'est qui, TON Goncourt des Lycéens ?

 

Alphonse Boudabard

Le rêve de Machiavel par Christophe Bataille. La peste soit avec vous...

02/11/2008

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Dans les années 90, j'étais fan d'une série américaine que je ne loupais sous aucun prétexte. Elle racontait les déboires d'un homme qui, à la suite d'un accident nucléaire (il faut bien justifier des situations invraisemblables...), traversait le  temps dans la peau d'un personnage de l'époque dans laquelle il tombait. Il s'étonnait donc, chaque fois, d'apparaître à une date improbable, dans une situation donnée (le plus souvent compliquée) sans savoir le pourquoi ni le comment. C'était ce qui faisait tout l'intérêt décalé de cette série aux effets spéciaux bien kitsch, il faut bien le reconnaître aujourd'hui.

 

Pas d'effets spéciaux dans Le rêve de Machiavel, mais cette même sensation en débutant ma lecture :
Où sommes-nous ? Qui est cet homme ? Quel est le sens de sa quête ?
Au XVIème siècle. Le comte de Machiavel. Après une vie de cynisme et de calcul, il va éprouver compassion et désintéressement pour quelqu'un qui ne pourra rien lui donner en retour...

 

Par la plume de Christophe Bataille, nous traversons une ville ravagée par la peste. Renaissance, mon oeil ! Tout n'est que mort et désolation. Comme dans une séquence de jeu vidéo ou de jeu de rôle de plateau, nous découvrons les détails du quotidien de cette époque.

 

Atmosphère pesante, enfermement et méfiance des survivants, habitudes lancinantes de Machiavel pour échapper à la mort : prier, s'inspecter, s'enduire de vinaigre, chercher de quoi manger... Tout est, dans ce roman, à la fois très introspectif et organique ; comme si le corps répondait à l'esprit pour lui indiquer que c'est toujours lui le plus fort, celui qui gagne à la fin ou pen tous cas, celui qui aura le dernier mot.

 

On est loin des faux semblants de la cour. L'esprit ici ne sert plus à briller mais à se préserver physiquement et moralement de la peste. Plus d'âmes à corrompre que la sienne propre. Ce qui reste de joie ou de beauté n'est plus que souvenir.

 

La vie, devenue plus dure que l'homme le plus endurci, peut-elle amollir sa cuirasse au point de le laisser exprimer des sentiments qu'il avait depuis toujours violemment réprimés ?

 

Le récit est cru, lourd, noir jusqu'à la fin. Une fin qui curieusement ressemble à ce que l'on éprouve durant la lecture : l'auteur est face à un écran. Il observe évoluer les créatures à qui il a redonné vie et essaye d'évaluer les sentiments qu'elles lui font éprouver. Un peu comme moi, vautré sur mon canapé devant ma série américaine.

 

L'auteur nous interroge pour savoir si l'on a pleuré comme lui à la fin de son récit. Moi, non. Je suis juste content d'en avoir fini avec la peste.

Valentine Goby, « Qui touche à mon corps, je le tue », Errare humanum est...humanum fuit errare !

02/11/2008

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« - Amstramgram pic et pic et colégram... A toi de raconter une histoire. Si tu devais raconter la plus horrible des histoires, tu parlerais de quoi ?
- Je sais pas, peut-être d'une femme dominée par des hommes dans un village en guerre ?
- Ouais mais c'est déjà fait par Atiq Rahimi dans Syngué sabour

- Alors je décrirais le désarroi de parents qui auraient des enfants handicapés ?
- Jean-Louis Fournier l'a fait avec Où on va papa  ?
- Bon, alors une femme qui découvre des choses horribles sur son père,
- Non, c'est le sujet de La domination de Karine Tuil
- Disons, attends, plouf-plouf, je sais: je parlerais d'une femme qui va se faire couper la tête, d'une autre qui avorterait clandestinement dans le sang et la douleur...et pourquoi pas, tiens, d'un mec dont le job ça serait de faire marcher la guillotine...
- Mais ça serait vraiment horrible, comme histoire... »

Ouais. Et c'est pourtant le propos de Valentine Goby dans « Qui touche à mon corps, je le tue »...

 

Je ne suis pas adepte des films d'horreurs, des massacres à la tronçonneuse, maisons hantées et autres disparitions plus ou moins rapportées par vidéo amateurs de jeunes dans la force de l'âge ayant pénétré par erreur dans d'étranges villages. J'évite les histoires de revenants qui parlent dans les placards ou les greniers et autres carabistouilles hémoglobinesques. L'angoisse de ces histoires me poursuit souvent longtemps, bien au delà de la projection...

 

Alors de là à me plonger dans les affres psychologiques, les descriptions sanguinolentes et les douleurs physiques d'auteurs torturés, loin de moi cette idée ! Et pourtant, quand il faut, il faut ! Le Goncourt des lycéens n'est-il pas justement l'occasion de dépasser a priori et répulsions pour découvrir de nouveaux points de vues ? Allons-y donc.

 

Qu'est-ce qui, aux heures sombres de l'Occupation, peut pousser une jeune femme mariée à avorter clandestinement, bravant l'interdiction absolue de la justice, la douleur, des risques sanitaires terribles et la morale de son temps ?

 

Pourquoi devient-on « faiseuse d'anges » alors même que les avorteuses risquent la peine de mort pour cette acte alors exercé dans la clandestinité ? Par pitié de la détresse de femmes, par vocation, hasard ou cupidité ?

 

Comment un bourreau d'Etat vivait-il sa fonction au quotidien à une époque où, en France, il n'y pas si longtemps, « la veuve » ou guillotine était encore un « instrument de justice » ?

 

Que peut-il rester d'humanité à ces individus après avoir vécu tout ça ?

 

L'entrée en matière de Qui touche à mon corps je le tue est dure et sans équivoque. Elle annonce la couleur: ce sera le rouge ! Une femme souffre pour se libérer... une autre revoit la pauvre vie qui l'a conduite en prison à la veille de son exécution tandis qu'un homme songe à ce qui a fait de lui un bourreau.

 

Le récit chronologique entremêlé d'une même journée vécue par trois personnages apporte une dose de suspens à ces trois destins glauques dont le sort semble inéluctable. Comment va finir cette journée qui scellera la vie des uns et marquera à jamais celle des autres ? Une journée qui en vaut mille tant elle parle de l'inhumanité banale et extraordinaire de cette petite humanité devenue par abandon le prolongement sans conscience d'un système désincarné.

 

Le récit désabusé de Valentine Goby m'a pris aux tripes. La précision de l'univers de ses personnages crée une réelle proximité, jusqu'au malaise. La plongée en enfer est profonde et sans rémission.

 

Par cet effet, Qui touche à mon corps je le tue est une expérience à part entière, genre séance de Grand 8 après un bon cassoulet. Mais une fois le récit digéré (ou pas), que retenir de cette mortification forcée ? Oui, comprendre la psychologie d'une femme en détresse, décidée à aller au delà de la douleur, du risque d'infection, de la loi et de la morale est important. De même qu'évoquer sans fard les vraies raisons qui poussent une femme à pratiquer ce que son temps juge l'irréparable. Ou à l'inverse, montrer que  même lorsque la loi autorise à tuer, il reste quand même un soupçon d'humanité qui résiste au plus profond du bourreau. Tout cela est effectivement superbement réussi. Mais d'autres idées s'entrechoquent aussi dans ce concert  de bonnes et mauvaises vibrations savamment entretenues par la plume de Valentine Goby...

 

J'ai lu ce livre dans le train qui m'a mené à la première rencontre des écrivains à Paris. Imprégné de l'histoire, j'ai écouté Valentine Goby parler de son livre. Et dans ce cas précis, malgré mon intérêt, le discours de l'écrivain sur son oeuvre ne m'a pas éclairé. J'avoue avoir éprouvé un décalage immense entre l'évocation de son propos et ce que j'avais ressenti. Une libération des corps, de la mère, de sa condition. Ah bon ?  Mais comment ?

 

Ai-je été si aveuglé par ma ("pôvre") condition masculine au point d'avoir été incapable de me projeter dans l'univers terrible de ces femmes ? Traumatisé par la crudité des descriptions, ne suis-je pas passé à côté de l'essentiel ?

 

Un livre peut-il être (aussi) une sorte d'auberge espagnole où le lecteur vient trouver le reflet de ce qu'il cherche ? Une oeuvre peut-elle échapper à son auteur au point de vivre sa vie propre en marge du sens qu'en a voulu son géniteur ? Le TGV nuit-il gravement au jugement littéraire ? Suis-je le seul à avoir éprouvé tout cela ?

 

Après tout, l'écrivain propose et le lecteur dispose.

 

Reste le souvenir de ce soupçon d'humanité au milieu des enfers...

 

Alphonse Boudabard

"La domination" de Karine Tuil: maître ou ne pas être...

23/10/2008

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Tu ne t'es jamais demandé pourquoi un auteur avait écrit son livre ? Moi si.


Et c'est exactement la question qui m'est venue à l'esprit après la lecture du livre de Karine Tuil La domination. Comment peut-on prendre comme thème les rapports de domination entre un écrivain et son éditeur ? Qu'est-ce qui est passé entre les deux oreilles de Karine Tuil pour qu'elle décide de nous livrer en 220 pages ce roman d'une noirceur d'ébène ?


J'ai lu La domination un peu comme un polar, emporté par l'étonnante histoire de cette femme écrivain devenue homme pour mieux conter l'histoire de son père. Un effet miroir, presque une mise en abîme d'un écrivain qui se glisse dans la peau d'un autre pour mieux percer à jour un troisième... tout cela conté par un quatrième (qui est Karine Tuil). Tu me suis, là ?


Ce ne pourrait être qu'un effet de style égocentriste et nombriliste de plus sur les affres de l'écrivain aux prises avec son (apparemment) puissant éditeur. Après tout, la mode est à l'auto-célébration au sein de son propre univers : la télé célèbre la télé, la radio glorifie la radio, la pub se fait plaisir en s'auto-parodiant selon le bon vieux précepte du « On n'est jamais mieux servi... ».


Dans le nouveau roman, cela s'appelle l'auto-fiction ou l'art de raconter dans son bouquin suivant ce qui t'est arrivé après avoir écrit le précédent. Mais attention, de façon romancée, hein, en laissant croire, n'est-ce pas, que c'est une pure invention ; pour dire qu'on est quand même un (grand) écrivain qui est capable d'imaginer des choses qui n'existent pas ou ne sont pas censées l'être...


Mais là, rien à voir : « toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé »... ne serait, tout de même, pas de chance pour eux.

 

Une drôle d'histoire, donc, que cette aventure un peu glauque qui alterne un récit à la première personne et les pages d'un livre écrit pour la circonstance. Si les personnages, de l'éditeur « has been » tyrannique à l'écrivain « jeune et fascinée » me sont apparus comme un peu caricaturaux, le procédé original de narration m'a maintenu en haleine tout du long jusqu’au dénouement final qui m'a laissé...sans voix (ou le souffle coupé, c'est selon).

 

Peut-on prétendre connaître les membres de sa famille quand le récit qui nous est rapporté de leur vie est passé au filtre du souvenir forcément orienté de proches plus ou moins objectifs ? L'expression même du souvenir d'un être cher n'est-il pas déjà une forme de domination de celui qui le rapporte sur celui qui l’écoute ? Et pour quels motifs pouvons-nous accepter d'être le jouet d'une domination ? Amour, ambition, jeu, faiblesse, perversion ? Les rôles sont-ils irrémédiablement distribués ou peuvent-ils s'inverser ?

Beaucoup de questions pour un polar, non ?

 

Avec un style direct et efficace (dominateur ?), Karine Tuil nous conduit crescendo à la révélation finale en passant par tout un jeu de questionnements sur les rapports humains et la part d'ombre que chacun cultive à dessein. Pas si anodine, quand on y réfléchi bien, cette plongée dans les arcanes de l'édition. Pas aussi futile, cette soit-disant bluette entre le vieux et la jeune...

 

Un roman que l'on peut lire comme une sorte de thriller SM ou comme une plongée profonde dans la vie torturée des « grandes personnes ».

 

Ambigüe, partielle ou définitive, à chacun sa vérité…

 

Alphonse Boudabard

"Où on va, papa ?" de Jean-Louis Fournier. Le rire est la solution...

22/10/2008

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Il est difficile de savoir où veut aller Jean-Louis Fournier avec son livre Où on va, papa ?.


La première impression que l'on a, en le lisant, est celle d'un immense fou rire, suivi d'un gros coup de poing dans le ventre.


L'humour décalé de Jean-Louis Fournier fait mouche lorsqu'il parle de ses deux fils nés « différents ». L'on rit sans retenu devant ses descriptions de situations vécues qui seraient qualifiées de cocasses si ses gentils petits héros n'étaient des enfants retardés que le politiquement correct a écarté de toute moquerie de « mauvais goût ». Délivré de cette contrainte par la bonhomie désabusée de Jean-Louis Fournier, on s'esclaffe de bon coeur.

 

Seulement voilà. Une fois le rire passé, demeure le goût amer de la détresse et des regrets de l'auteur de n'avoir pu partager avec ses fils les joies spontanées ou préméditées du bon père qu'il voulait être. L'impression d'inachevé que laissent la disparition de l'un et les absences de plus en plus lointaines de l'autre. Et l'on se sent petit à petit gagné, à notre tour, par les préoccupations des parents d'enfants attardés. Triste aussi, vraiment triste...

 

On aurait envie de le serrer dans nos bras, Jean-Louis Fournier, de lui dire des mots de réconfort : que l'on se sent nous aussi, un peu, son fils. Que son livre, pétri d'amour, doit monter en flèche, directement aux coeurs de ses deux fils, où que soient leurs esprits. Que l'on partage, un peu, ses angoisses, sa tristesse et ses regrets d'homme meurtri.

 

Seulement lui dit aussi qu'il en a assez du regard des autres, de la pitié ou de la compassion des gens bien-pensants, de leur posture de circonstance, forcément grave... faute de mieux. Puisque le rire n'est pas , justement, reconnu « de circonstance » dans des conditions si terribles.


Et puis il n'est pas du genre à se faire taper cavalièrement dans le dos par des gens qui ne font pas partie de son cercle d'amis proches à qui il aime conter ses longues histoires, les soirs de veillées.


Alors il a trouvé l'humour, décapant, qu'il sait manier à la perfection pour amuser les enfants des autres (devenus grands) à la télé avec des vaches neurasthéniques et des oiseaux non volatiles. Ou pour, justement, leur apprendre les bonnes manières. Cet ironie pince-sans-rire, ultime politesse des désespérés qui à la fois désarme et accorde en maintenant tout le monde à bonne distance. Il préfère garder son air frondeur, le retrait de celui qui glisse sur l'instant sans laisser aucune prise.


Il nous fait quand même un cadeau, le papa de Mathieu, de Thomas et de Marie : celui de crier (tout bas), partout, que le rire, avec l'amour, est LA solution. Qu'un rire bien placé intègre, rassemble, uni plus qu'il n'exclue. Que rire de (et avec) quelqu'un est déjà une façon de l'inclure dans son cercle, de briser le rempart de silence qui sépare notamment toutes les personnes différentes du reste du monde soit-disant normal.


Je ne sais pas quoi faire de toi après cela, Jean-Louis. Te secouer, te consoler, te remercier ? Mais j'ai aimé ton livre. Il a réveillé en moi des émotions qui n'avaient jamais été ainsi bousculées. Il m'a donné à réfléchir sur des questions que mon inconscient et ma bonne conscience avaient d'un commun accord mis aux abonnés absents.


Oui, le rire absolu, sans hiérarchie de statut, de race, de religion ou de prétendue intégrité physique ou morale est la solution. Le rire est un partage de vie et d'égalité qu'il faut savourer à tous les instants pour oublier le reste des vacheries de l'existence. N'en déplaise à certains philosophes: le rire n'est pas le propre de l'homme, il est l'homme propre.


Mathieu et Thomas ont de la chance d'avoir un papa tel que toi, Jean-Louis.


Mais toi, où vas-tu, Papa ?

 

Alphonse Boudabard

Jour de souffrance de Catherine Millet, l'amour des lamentations.

14/10/2008

 
Catherine Millet Jour de Souffrance.JPG

 

J'avais prévu de commencer comme ça :

 

«J'ai passé la nuit avec Catherine Millet.»

 

J'aimais bien l'idée de jouer sur l'équivoque entre l'écrivain et son livre que j'aurais emmené partout avec moi et lu jusqu'au bout de la nuit. J'aurais créé le doute entre la perspective d'un amour ou d'un livre « consommé ». Je me serais surtout bercé du fantasme de l'icône que je me peignais de Catherine la libertine...

 

J'avais tellement envie de l'aimer, Catherine. De la défendre contre vents outrés et marées pudibondes. De soutenir le propos qui était peut-être le sien : que l'amour débridé peut, peut-être, conduire (aussi) au bout du compte (conte ?) à quelque chose de beau, de vrai...de bien ?

 

Je n'avais pas lu La vie sexuelle de Catherine M. J'avais entendu tout le mal qu'en avaient dit ceux qui se vantaient de l'avoir lu. Mais le silence de la majorité des autres qui avaient acheté le livre m'incitait à penser qu'il y avait forcément de belles choses à en extraire. Après tout, l'émeraude brute dans sa gangue de boue n'interpelle au premier abord que le connaisseur...

 

J'avais donc, a priori, pris le parti de l'auteure de Jour de Souffrance contre les mères de famille qui la pensaient dangereuse, les jeunes filles qui la trouvaient triste, les garçons qui n'aimaient pas ses mots.

 

La jalousie par une libertine, vaste sujet ! Où commence-t-elle ? Quelle forme peut-elle revêtir lorsque justement les actes dépassent les pensées ?

 

Mais la lecture de Jour de souffrance m'a déprimé. J'ai cherché pendant des pages les points d'appui à un quelconque propos autre que des lamentations, des jérémiades ou de l'auto-flagellation masochiste.

 

Je suis entré dans Jour de souffrance avec l'impression d'arriver en retard, d'avoir raté quelque chose ; la vie de Catherine M. tome 1, en fait. Ceux qui, comme moi, souhaitaient rattraper le temps perdu avec ce deuxième opus en ont été pour leurs frais.

 

Cette projection des désirs et de l'intimité de Catherine Millet ne m'a simplement pas plu. La littérature introspective permet sans doute parfois d'entrer en résonance avec notre propre psyché. Ce ne fut pas mon cas avec Jour de Souffrance. Restent quelques aphorismes jetés ça et là au fil du récit qui ont fait mouche, les tranches de vie seventies d'un critique d'art international et le souvenir poisseux d'une traversée de l'Europe en wagon sleeping, triste, tellement triste... Aucune issue ou conclusion à ce huis clos psychologique. Juste un bad trip érotique.

 

Alors, je me sens un peu comme un amant éconduit, frustré par une promesse explicite non tenue, déçu par une confiance trahie. J'ai passé un sale quart d'heure. Je n'ai pas vibré. Je n'ai que peu voyagé. Je n'ai rien appris. Ou plutôt si. J'ai appris que la vie de Catherine M. n'est pas si rigolote que ça. Et que le sentiment de jalousie, amour libertaire ou pas, est attisé par la capacité de mortification de chacun. Celle de Catherine Millet est très bien rendue dans Jour de Souffrance.

 

Geindre ou faire l'amour en quelque sorte..

 

Alphonse Boudabard

Chacun à sa place...

12/10/2008

Je n'ai pas fini de te parler des écrivains que j'ai croisé lundi dernier.

 

Sur la scène, il y avait aussi la belle Karine Thuil, visiblement heureuse de pouvoir échanger avec les lycéens et de lancer un pavé dans la mare d'un goguenard : « Vous en pensez quoi, vous, les lycéens, des scènes de sexe dans les romans ?». Avec un retour aussi sec: « nous, finalement, on en parle aussi tout le temps, alors... », par une aussi jolie lycéenne.

 

Jean-Louis Fournier a été le premier à faire « sauter le standard » des questions des lycéens présents du fait du sujet de son livre mais aussi de l'humour employé. Ses réponses, à l'image de son livre, désinvoltes mais graves ont amusé l'assistance...sans vraiment détendre l'atmosphère: « mais si je n'avais pas eu l'humour, je ne serais plus qu'un lac de larmes... ».

 

Jean-Baptiste Del Amo a surpris par sa détermination malgré une étonnante jeunesse.

 

Jean-Marie Blas de Roblès ne m'a pas fait grande impression, au premier abord sur la scène. Ce n'est qu'après avoir échangé avec lui lors du cocktail que j'ai compris l'importance de son livre dans sa  vie d'écrivain. Comme un navigateur en rupture qui dépense une partie de sa vie à construire son bateau pour la grande aventure du tour du monde, Jean-Marie Blas de Roblès a tout lâché pour écrire son livre pendant 10 ans...à raison de 8 heures par jour ! Il m'a fait part de ses espoirs, ses craintes, ses doutes malgré l'irrévocable confiance en cette oeuvre à venir, les variations d'éditeurs (à bon éditeur, salut !) et enfin sa satisfaction que le livre existe, qu'il soit édité, sélectionné par l'académie Goncourt...et finalement lu par les lycéens. Jean-Marie Blas de Roblès est revenu avec panache de l'autre côté du miroir. « Un écrivain qui n'est pas édité, c'est juste un mec qui fait chier tout le monde avec son hobbie» m'a-t-il confié, amusé (mais content de ne plus emmerder ses proches ?). Un écrivain, c'est surtout fait pour être lu. Et son livre est un fleuve (pas calme) qui mérite l'exploration, ne serait-ce que pour valider le bien-fondé de son aventure. Tu vas me dire que la « cathédrale » du facteur Cheval dont la construction lui a pris toute sa vie, n'en fait pas pour autant un chef-d'oeuvre universel. Ouais. Reste donc à lire les sept cent soixante six pages de Là où les tigres sont chez eux . Glups ! En plus, c'est écrit en tout petit. Ca va pas être comme une lettre à la Poste...

 

Enfin, il y avait Patrice Pluyette dans les invités à cette première rencontre des écrivains. Je l'avais déjà vu dans l'interview vidéo de Gaspard Proust mais je ne l'avais pas reconnu. Avec son air enfariné du mec qui vient de voler la planète Mars en passant par la Lune, je l'ai d'abord pris pour un lycéen. « Ca s'prépare bien, le bac français, c't'année ? », avant de le prier de rejoindre dans la salle au choix le lycée Jean Vilar de Meaux ou de Mongeron... Mais enfin non, c'était bien un écrivain en chair et en os (en os, surtout d'ailleurs). On a parlé Kouign Aman, Bretagne, blog, TGV, bref les trucs que s'échangent bloggers et écrivains quand ils se croisent dans le hall de l'Elysée-Biarritz...

 

 

Tandis que je regardais consciencieusement mes chaussures sur scène pendant que les écrivains répondaient consciencieusement à vos questions consciencieusement posées, il me venait consciencieusement l'envie de balancer quelques vannes entre les interventions des écrivains. Par exemple lorsque Mathieu Belezzi a parlé de l'absence de ponctuation dans son roman: « pour que le livre coûte moins cher ? », quand  Patrice Pluyette a dit que « non, je n'ai écrit mon livre pour rien, en fait... ». « Pour 20 euros pièce, quand même, non ?... ».

 

 

Ou l'envie furieuse de me lever pour crier toute la vérité sur Jean-Louis Fournier : Oui, cet homme qui a l'air de s'en foutre n'est pas que le père d'enfants un peu débiles dont il raconte les frasques et ses dépits dans Où on va Papa ? ! Quand il a parlé de ses « travaux télé », tout le monde s'en est foutu. Mais cet homme est aussi le père de quelques séquences mythiques de « L'île aux enfants » comme  « Antivol, l'oiseau qui ne vole pas » et « La Noiraude »: la vache neurasthénique qui appelle son vétérinaire (cf. les liens en bas). Mais si, « L'île aux enfants » avec Casimir, le gros truc orange avec la voix débile qui revient souvent chez Arthur, Michaël Young ou dans les soirées étudiantes. Oui mec, tu sais, la chanson « Voici venu le temps... ». Nan, tu sais pas... J'ai bien  fait de ne rien dire.

 

 

D'ailleurs n'est pas Baffi qui veut. Et moi, je dois en général tourner dix fois les mots sur mon clavier avant d'en sortir quelque chose. Alors de là à les articuler correctement... Et puis le micro que j'avais utilisé pour essayer de balbutier quelques mots en début de séance était déjà reparti pour que quelques lycéens puissent prendre la parole. Ce qui finalement n'était pas plus mal...

 

 

En deuxième partie, je n'étais plus sur scène mais au premier rang. A ma droite s'est assis un monsieur très bien qui semblait acquiescer à tout ce que disaient les auteurs. Il me posait sans cesse des questions comme si je connaissais tout le monde « C'est son premier, à lui ? », « Qu'est ce qu'elle a écrit, elle ? ». « D'où il vient, le mec du fond ? ». Moi, j'étais surtout captivé par  Karine Thuil. Pour de vrai encore plus belle que sur la jaquette de son livre. Et l'on peut faire confiance à son éditeur pour avoir essayé de mettre le paquet. De son côté, elle semblait regarder vers moi de temps en temps et me sourire chaque fois qu'elle était contente de ce qu'elle répondait. J'avais lu son livre et la savais donc capable de tout. Non que je lui prête les intentions de ses personnages. Mais un si jolie brin de femme qui imagine des histoires pareilles... A la fin de la séance, l'homme à ma droite s'est penché vers moi et s'est présenté. En fait, il est l'agent littéraire de Karine Thuil. J'ai alors mieux compris la destination des regards croisés de l'auteur de La domination ...

 

 

« Ta misérable figure n'intéresse pas les auteurs, mon pauvre Alphonse . Reste donc à ta place derrière ton clavier. Ta prose, peut-être éveille-t-elle l'intérêt ? », ce que je pense, lorsque le directeur commercial de la maison Grasset (dixit) m'adresse à nouveau la parole. Je ne me démonte pas. Il va sans doute me déclarer: « J'aime beaucoup ce que vous écrivez. Rencontrons-nous, (mon déjà) cher ami... ». Me remémorant ce que Karine Thuil a écrit de son éditeur dans La domination, j'appréhende quand même de me faire souffler le nom de « Jacques » dans la nuque lors d'un éventuel prochain rendez-vous. Mais je contrôle cette crainte devant la perspective d'une jaquette rouge à mon nom sur une couverture gaufrée jaune...

 

 

Finalement, l'homme à l'imperméable ajoute:

 

 

« Dites moi ? Vous qui êtes blogger, vous ne sauriez pas comment on peut effacer les mauvais commentaires sur un de mes autres auteurs dans le blog de l'année dernière ?»

 

 

Après cette journée de rencontres, d'échange, d'histoires passionnantes et de perspective de rêves, il était temps que je rentre...comme j'étais venu.

 

 

Alphonse Boudabard, blogger.

 

 

 

 

 


Les liens:

 

L'Ile aux Oiseaux
http://www.dailymotion.com/video/x538om_serie-tv-lile-aux-enfants_people
http://www.dailymotion.com/video/x4ccxm

 


Antivol
http://www.dailymotion.com/video/x8ls3_lile-aux-enfants-loiseau-antivol

 

La Noiraude
http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=...

Découvrir les auteurs entre les lignes

08/10/2008

Faut-il rencontrer les écrivains ?
Faut-il ne les juger objectivement que sur le fruit de leur travail ou au contraire, à la manière des rock stars, considérer que leur personnalité publique et ce que l'on sait de leur vie font partie de leur «oeuvre» ?
Peut-on être objectif sur un livre après avoir éprouvé de la sympathie pour son auteur ?
Un écrivain qui ne sait pas parler (en public) doit-il aujourd'hui être considéré comme un mauvais écrivain (public) ?

 

Je pensais, évidemment (comme tout le monde) à « l'Albatros » de Baudelaire et son « Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher. ». Quittant sa tour d'ivoire rédactionnelle, l'écrivain doit-il venir s'échouer à son tour dans les réunions publiques. A l'heure de la sur-médiatisation, le bagout de V.R.P. doit-il faire partie de la panoplie de l'écrivain contemporain ? Un écrivain beau est-il un écrivain bon ?

 

Bref, sachant que la plupart des grands écrivains sont mort depuis longtemps, nos écrivains contemporains n'ont-ils pas intérêts à se «cacher pour mourir» et laisser faire leur promo par les profs de français des lycées ? Victor Hugo aurait-il participé au Goncourt des Lycéens, Emile Zola se serait-il soumis à l'interview décalée de Gaspard Proust ?

 

J'en étais là de mes réflexions quand le train qui me menait à la première rencontre des écrivains s'arrêtait à Paris. J'avais terminé «Où l'on va papa» de Jean-Louis Fournier et lisais les dernières pages de « Qui touche à mon corps je le tue» de Valentine Goby. J'avais déjà vu Jean-Louis Fournier à la télé mais ne connaissais pas Valentine Goby; ni d'Eve ni d'Adam.

 

Je ne sais pas toi, mais moi, j'admire les gens qui sont capable d'aller de l'autre côté du miroir et d'en revenir comme si de rien n'étais, un petit sourire aux lèvres, racontant calmement leur voyage dans « l'au delà »: les plongeurs sous-marins chasseurs d'épaves, les marins hauturiers, les grands reporters et ceux qui font ce que je ne saurais jamais faire: conduire des avions, sauver des vies, surfer des vagues immenses...ou écrire des livres, donc.

 

C'est dire la joie qui était la mienne à la veille de cette rencontre. Même si j'appréhendais de croiser vos deux cent regards sur scène...et d'affronter d'éventuelles véhémences sur mes écrits vains d'écrivant par les écrivains décrivant les écrits nains de mon blog...
Et cette première rencontre avec les écrivains à Paris a radicalement changé mon avis sur les auteurs en général, et sur ceux du Goncourt, en particulier .

 

Oui, ils sont vivants Et bien vivant ! Ils sont finalement beaux, tous, sous les projecteurs, auréolés du mystère de leur capacité à transformer les mots en rêves (ou en cauchemars). Ils disent coquètement qu'ils sont « morts de trouille de venir sur scène» et que « vraiment c'est un exercice difficile » mais franchement, cela ne se voit pas.

 

Bien-sûr, les débats en eux-même ont été très policés, bien réglés, comment dire ? scolaire. Mais mon statut de blogger m'a permis de grapiller quelques moments privilégiés avec les auteurs, comme pendant la descente des auteurs dans la coulisse en attendant de monter sur la scène pour la première partie.

 

Ah la belle brochette d'écrivains dans ce couloir ! mi-anxieux, mi-amusés par ces circonstances. Les regards curieux qui se croisent, s'interrogent, se jugent, les quelques mots échangés. Valentine Goby: « Il y a un blogger qui.... ah, pardon, c'est vous ? » (je ne saurais jamais ce qu'elle allait dire. Force est de constater que je n'ai pas fait longtemps illusion en tant qu'auteur, je n'ai apparemment pas la gueule d'un écrivain...). Catherine Millet « sinon, vous faites quoi d'autre dans la vie ? » (tu veux dire en métier normal ?), Mathieu Belezzi « s'ils ne m'appellent pas, je n'y vais pas !» (pardon Mathieu, je t'ai un peu poussé pour que tu montes finalement sur la scène. Mais ce n'était pas si terrible, hein ?). Je découvre aussi Alain Jaubert, savant cosinus des nuits de Pompéi, Michel Le Bris, l'ogre des aventures romanesques, Catherine Cusset, rieuse ébourrifée et Salim Bachi, un érudit très discret. Je croise enfin l'immense stature d'Atiq Rahimi, magnifique mage afghan, impressionnant de charisme dans son long gilet tissé, drapé dans le mystère de son cheich couleur de désert...

« La traversée du Mozambique par temps calme » ou l’effet Kouign Amann

01/10/2008

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Lire la prose de Patrice Pluyette, c’est un peu comme manger une part de Kouign Amann (ou croquer une bouchée de Loukoum, je ne suis pas sectaire…). Pour ceux qui ne se sont jamais pris les pieds dans les Cornouailles, disons que le Kouign Amann est un gâteau breton diabolique à base essentiellement de beurre, de sucre, de beurre, de sucre, de beurre, de farine, de sucre et de beurre. D’ailleurs, la traduction bretonne de Kouign Amann est  « gâteau de beurre ». Et s’il est couramment admis que les bretons sont têtus, ce ne sont, en revanche, pas des menteurs.

 

Or donc, à la vue d’un Kouign Amann bien doré, à peine sorti du four, les novices sont généralement alléchés par les effluves caramélisées de ce gâteau qu’ils souhaitent alors vivement goûter. Puis, ils sont déçus que la maîtresse de maison ne leur serve qu’une si petite part en regard de la taille de l’appétit qu’a suscité en eux la vue et l’odeur de la préparation…
Dès la première bouchée, pourtant, ils réalisent que finir l’assiette sera pour eux une vraie performance. Gras, sucré, dense, collant aux dents, impossible à mastiquer, le Kouign Amann est une expérience à part entière (ou plus raisonnablement à demi part). Une épreuve, disent certains. Car à 800 calories la bouchée, on s’écoeure vite…ou on adore !

 

De même pour « La traversée du Mozambique par temps calme ».

 

On est d’abord alléché par la perspective d’une belle aventure à l’ancienne. L’épaisseur du livre nous laisse croire qu’on viendra facilement à bout de cette hypothétique bluette aventureuse. Or, une fois démarré, on est assailli par la richesse de l’écriture, la profusion des détails avec plus ou moins d’importance pour la suite, la désinvolture manifeste du récit. On plonge, au propre comme au figuré, dans un délicieux univers baroque et saugrenu qui submerge totalement. Dans le monde de Patrice Pluyette, les héros ont des noms imprononçables, leurs muscles sont « comme l’intérieur des moules après cuisson » et ils ne mangent que des patates ; d’autres s’appellent « Petit Pénis » ou Jean Philippe… Dans ce conte maraboutdeficelledechevaledecourseàpiedetc…, les protagonistes apparaissent aussi vite qu’ils disparaissent. Et les difficultés insurmontables sont franchies en à peine quelques lignes ; ce qui est toujours ça de soucis en moins dans un aventure périlleuse au bout du monde…

 

La musique de l’écriture de Pluyette a quelques accents de celle de Thomas Fersen où les araignées jouent de l’harmonium, les filles ont les cheveux mayonnaises et où l’on vénère les mules en reptile… Il y a du Caro et Jeunet, aussi, dans la description des personnages et des décors de ce livre dont on ne sait s’ils sont d’aujourd’hui, d’hier ou de demain, comme dans « La cité des enfants perdus ».  A moins que ce ne soit du Boris Vian dans sa manière désinvolte de se moquer des mots (Pluyette sais-tu jouer du trombone ?). Mais comparer l’écriture de Patrice Pluyette à quelque chose d’existant est sans doute lui faire injure.

 

Tu l’auras compris, « La traversée du Mozambique par temps calme » est un joyeux bordel bien délirant qui demande toute ton attention pour parvenir à mastiquer l’ensemble, à en apprécier chaque morceau pour digérer convenablement le tout.

 

Une cuisine riche, exubérante, réservée aux amateurs de salé-sucré, aux explorateurs des mots sans suite et autres cadavres exquis. Une aventure fatigante autant que rafraîchissante, exotique et ésotérique.

 

Alphonse Boudabard

 

PS. : Jette un oeil sur l’interview de Patrice Puyette en ligne sur le site du Goncourt des Lycéens.

http://www.fnaclive.com/gdl

Les questions décalées de Gaspard Proust n’ont pas l’air d’interférer le moins du monde avec son propre univers. Je n’aimerais pas être dans la tête de Patrice Pluyette… quoique…

 

 

Appel à témoin sur "Jour de Souffrance" et "Là où les tigres sont chez eux"

29/09/2008

Parmi vos commentaires, une maman de lycéenne m'a écrit sa gêne quant à "l'étude" du livre de Catherine Millet, trop "cru" d'après elle pour être académique.

 

Faute d'avoir pour l'instant de commentaires de votre part (et de n'avoir encore lu le livre moi-même), nous nous demandions, avec Gaspard Proust, ce que vous, les Lycéens, vous pensiez de "Jour de Souffrance".

 

Qui a déjà lu le livre ? Comment appréhendez-vous l'univers de Catherine Millet ? Y-a-t-il des choses qui vous plaisent ou vous déplaisent dans sa façon d'aborder l'amour ?

 

Gaspard Proust interviewera Catherine Millet mardi prochain et lui posera les questions que vous voulez lui poser. Alors n'hésitez pas à me laisser vos questions en commentaires sur le blog ou dans la rubrique du site prévue à cet effet.

 

Même question pour le livre de Jean-Marie Blas de Roblès : "Là où les tigres sont chez eux" :

 

Qui a eu le courage de s'attaquer à cet Everest (en terme de volume) de la sélection ?

 

Qui peut nous faire partager dès maintenant ses impressions de lecture ? ce qu'il adoré et détesté ?

 

Quelles sont les questions qu'il (elle) aimerait poser à Jean-Marie Blas de Roblès ?

 

Vos questions seront posées lors les interviews vidéo de Gaspard Proust... à voir bientôt sur le site du Goncourt des Lycéens !

« Un brillant avenir » de Catherine Cusset : Aimer les aimés de nos aimés…

26/09/2008

Un brillant avenir.JPG 

 

On aspire tous à un brillant avenir.

 

Pour moi, ce serait d’être payé cher (et longtemps) pour passer mon temps à lire et écrire sur ma terrasse ensoleillée avec l’esprit suffisamment libre pour caresser de temps en temps les vagues et voir les êtres qui me sont chers (et l’inverse, aussi, d’ailleurs).

 

Pour toi, avoir un brillant avenir, c’est sûrement de pouvoir sortir quand tu veux, passer ton permis, rouler en scooter, avoir plus d’argent de poche pour te payer ça ou ça, voyager, aller à l’aventure, traîner avec tes potes, bref vivre sans souci au jour le jour…

 

Tes parents aussi, d’ailleurs, te souhaitent un brillant avenir. Mais c’est marrant, leur vision de ton futur n’est pas tout-à-fait celui qui te fait rêver : cadre dans une grande banque située à La Défense (ouais, tu as remarqué aussi, y’a peu de sièges sociaux de banques au bord de la mer…), horaires réguliers, des amis raisonnables qui parlent de choses sérieuses et aussi importantes que l’envolée du prix des matières premières, la crise financière ou la couleur de la robe de Carla Bruni-Sarkozy… « Et d’abord, le scooter, c’est trop dangereux ! ».

 

Un jour, dans quelques temps, tu t’apercevras que, d’une certaine façon, ils avaient (un peu) raison (oui, rouler en scooter est VRAIMENT TRES dangereux !). Et que ce qu’ils envisageaient avec prudence pour ton futur proche était peut être une forme de garantie pour un petit peu moins de galère…

 

Encore plus tard, lorsque parler du prix des matières premières, de la crise financière ou des coloris de la jupe de la nouvelle, nouvelle madame Sarkozy te semblera une activité des plus réjouissantes (et tellement subversive, « ah ah ah ! n’est-ce pas, cher ami ? Quelle belle saison nous avons sur La Défense, cet automne… »), tu penseras finalement qu’ils avaient quand même pas si raison que ça. Tu paieras (cher) un type qui se fera appeler « psy » pour te dire que tu as une belle « névrose familiale ». Ou simplement, ta nana ou le mec avec qui tu partageras alors ta vie se chargera chaque jour de te rappeler que les confortables repères qui t’accompagnaient depuis toutes ces années ne sont que d’abjects défauts. «Tout ta mère !» ou « exactement ton père !», ce sera selon…

 

Oui, la famille est le plus puissant des soutiens, le fameux levier qui donne la force de soulever le monde…mais c’est aussi, parfois, un abominable boulet à traîner toute une vie ! Et c’est un peu le propos de Catherine Cusset dans « Un brillant avenir » : l’évolution superposée de deux couples (celui des parents et celui de leur fils et sa femme) au travers de quarante années d’existence.

 

Si, au départ, ces histoires de famille paraissent dures à digérer  (pourquoi subir celles des autres au travers d’un livre ?), l’argumentation de Catherine Cusset se met petit à petit en place dans notre esprit, au point d’y laisser une empreinte indélébile et l’agréable sensation d’être parvenu, comme ses protagonistes, à une certaine forme de sagesse.

 

Avec subtilité, par petites touches, Catherine Cusset tisse la toile de sa saga familiale. Le récit alterné des deux histoires est parfois agaçant. Cet épileptique procédé de « zapette littéraire » a un nom, me semble-t-il ? (Lequel, les amis ? Que les littéraires me le trouvent ou que les autres demandent à leur prof de français : je n’en ai malheureusement pas moi-même sous la main…). Ici il sert surtout à mettre en parallèle les correspondances des deux vies et à montrer que souvent, entre les générations, l’histoire d’une certaine façon se répète. Ce qui, dans un sens, n’est pas très encourageant. Et pouvoir de côtoyer en quelques pages les même personnages à vingt ans d’écart a quelque chose de positivement troublant.

 

Au final, j’ai aimé le livre de Catherine Cusset. Pour le côté exotique de ce passage Est-Ouest vintage, de Bucarest à New York via Tel Aviv et Paris, pour cette réflexion sur le temps qui passe et qui change les gens, les abîme et à la fois les rend meilleurs. Et pour son point de vue optimiste sur la vie laissant à penser que partager et comprendre les joies et les peines de  ceux qui au départ nous paraissent étrangers nous amène, l’air de rien, à nous y attacher avec tendresse...

 

Un brillant devenir ?

Singué sabour d'Atiq Rahimi ou le choc du silence

22/09/2008

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J’ai choisi de commencer ma lecture avec Syngué sabour d’Atiq Rahimi. Sans doute parce que c’était le livre le plus court de la sélection. Mais aussi parce que dans Syngué sabour – Pierre de Patience, je voyais la promesse d’un gentil conte oriental…

 

Je te le dis tout de suite : Syngué sabour ne pousse pas à la rigolade. Une femme Afghane qui veille son mari plongé dans le coma après avoir pris une balle plus ou moins perdue dans la nuque, c’est pas, a priori, le sujet funky de l’automne.

 

Après quelques pages, j’ai donc lu le récit d’Atiq Rahimi comme tu vas voir certains films, sans les avoir choisi toi-même. Ces films d’art et d’essais que tu regardes, juste parce que la fille qui t’a proposé de l’accompagner est jolie, en pensant surtout au café que  tu vas partager après la séance et peut-être plus si affinité… A bien y réfléchir, ce prix Goncourt des Lycéens aura peut-être pour moi la vertu –hum hum- de ces jolies filles qui poussent à découvrir le beau là où on ne le cherche pas…

 

Pas facile, au départ, de se rentrer la tête dans le livre et de se frayer un chemin dans l’écriture de métronome d’Atiq Rahimi. Une description clinique de la situation, un peu comme celle des pièces de théâtre contemporain où l’on n’appelle pas les protagonistes par leurs noms mais par « l’homme », « la femme », etc. Une vision contemplative, immobile, qui donne l’impression d’avoir l’œil à la place de l’ampoule électrique suspendue au plafond de la pièce, qui regarde et entend tout ce qui se passe.

 

Et il se passe peu de chose dans un village en guerre, déserté par ses habitants. Ou plutôt, ce qu’il s’y passe est si infime, intime, qu’il faut ouvrir tous ses sens pour percevoir l’essentiel. Tout d’abord, un rythme, celui de l’écriture d’Atiq Rahimi, donc, qui oscille au gré des respirations de « l’homme » et des tours de chapelets des prières de « la femme ». Le temps, ici, n’est plus partagé en d’arbitraires minutes ou secondes mais fragmenté en dizaines d’humaines respirations, en centaines de perles de prières égrenées dans l’attente.

 

Puis, on entre dans l’angoisse et la solitude de la femme, victime de la folie des hommes.  Cette angoisse qu’elle finit par raconter à cet homme, son homme, toujours immobile, à la fois geolier et bouée de sauvetage, bourreau et confident libérateur. Une vie passée défile au rythme des respirations, des prières et des bombardements dans ce huit clos pesant. Une vie toute entière dictée par les autres, ces hommes pour qui seuls comptent leurs désirs, de faire la guerre surtout et de tordre les choses à leur bon vouloir.

 

Et l’on pénètre petit à petit mais de plus en plus profondément dans le drame de cette femme, en proie à un affreux destin dont elle se débat comme elle peut. Une descente vertigineuse dont on pense qu’elle en sortira délivrée grâce à la parole, cette intimité verbale, nouvelle, qu’elle impose à son homme, inerte mais conscient… peut-être ?

 

Réalité crue ou fiction, Syngué sabour est un conte. D’ailleurs, il parle d’un vieux conte. Un conte qui n’a pas de fin. Une fin que chacun doit deviner pour en connaître la morale. Et de rêves brisés : « Loin, quelque part  dans la ville, l’explosion d’une bombe. Violente, elle détruit peut-être quelques maisons, quelques rêves. » . C’est ça, pour moi, Syngué sabour : une bombe à laquelle je ne m’attendais pas, confortablement vautré sur mon canapé. A cinq mille kilomètres de ces femmes d’Afghanistan et d’ailleurs, qui vivent comme elles peuvent les conditions difficiles que leurs imposent des hommes. Et qui assument, malgré tout, leur vie de femme. La vie, avant tout. Tic tac, tic tac, tic tac… Boum !

 

Hey, mec ! Le monde est loin d’être un rêve.

 

Alphonse Boudabard

Impressions de déballage

19/09/2008

J’ai posé le colis sur la table. Je voulais savourer l’instant. Quinze livres tout neuf d’un coup ! Déchirer le scotch, ouvrir les rabats. Ils sont tous là, dans le carton, bien rangés. Les sortir un par un. Sentir la couverture lisse, intacte, sous les doigts, les angles vifs, encore frais du massicotage, l’odeur de colle et de papier. C’est émouvant, un livre neuf. C’est un commencement, une promesse. Un billet d’avion à peine imprimé. Une vieille bouteille qu’on ressort de la cave et dont on se demande si le plaisir sera à la hauteur de l’attente…

 

J’ai pris connaissance des couvertures. Certaines, comme des uniformes réglementaires, revêtent les couleurs, quasi-historiques, de leur maison d’édition. Trame du carton reconnaissable entre mille, typo verte sur fond jaune ou rouge sur coquille d’œuf : on ne change pas une étiquette qui gagne. Quoi une étiquette ? Une institution. Certaines couvertures sont plus aguicheuses. Comme cette photo rétro de trophée de chasse de La beauté du monde ou cette nuque en bichro. rouge de Qui touche à mon corps je le tue ou encore cette bayadère camaïeu de beiges du meilleur effet de Là ou les tigres sont chez eux. Ca existe les bayadères camaïeu ?

 

Cosmétique d’éditeur ou coquetterie d’auteur, plusieurs belles sur-couvertures masquent, justement, des couvertures uniformes et institutionnelles… Il semble, par ailleurs, que 2008 soit, pour le Goncourt, l’année des fauves…

 

La traversée du Mozambique par temps calme est ceint d’un très élégant bandeau qui invite à la rêverie : un bateau, une planisphère, des monstres marins, symboles de mystère et d’évasion. D’autres bandeaux nous dévoilent les frimousses de leurs auteurs. Est-il nécessaire de connaître les auteurs pour apprécier leur œuvre ? Vaste question à laquelle nous auront l’occasion de répondre dans un  autre billet. J’ai donc découvert le visage de face et de profil de Catherine Millet. Et moi qui me plaignait dans un billet précédent de ne la connaître que par le petit bout de la lorgnette. Je dois reconnaître que son éditeur a mis le paquet : deux photos sur le bandeau, une sur la quatrième de couverture. Le compte est bon (pardon Gaspard…). Je saurai te reconnaître désormais, Catherine. Même ailleurs qu’au Cap d’Agde.

 

J’ai rencontré également l’air très sérieux de Christophe Bataille, les yeux fixes de Mathieu Belezi et le regard doux et rêveur de la belle Karine Thuil. Ca en dit long, déjà, les yeux d’un auteur. Même si l’on sent que la séance photo n’est pas leur meilleur terrain d’expression.

 

Certains bandeaux m’ont fait sourire.
Ben oui. Il y a trois semaines, je croyais encore que le prix Goncourt des lycéens était un tremplin rock. Alors mettre en bandeau un immense « Catherine Cusset », « Salim Bachi » ou « Atiq Rahimi », ça me parle autant que le code barre du livre en géant : « Wouah !  9 782846 822770, chouette, je vais me régaler ! » . Gageons que dans quelques semaines, il en sera autrement (pardon Atiq, Catherine et Salim mais pour vous aussi, le nom de Boudabard vous est inconnu…).

 

Enfin, si on regarde la sélection du Prix Goncourt en pile, c’est comme dans la vie, quand on regarde une foule de loin. Y’a des gros, des petits, des grands, des larges, des fins, des lourds...bref tous les formats. Reste à savoir ce qu’ils contiennent.

 

Pile.jpg

 

J’ai fini de vider le carton et j’y ai découvert un mot manuscrit de Brigitte, à l’en-tête de la Fnac. Ca fait chaud au cœur, cette humanité palpable, au milieu de ce monticule papetier.

 

En revanche, en dehors de ce témoignage de sympathie, aucune trace de soutien plus terrestre. Tu sais, les choses qu’on envoie aux gens isolés (prisonniers, malades, pensionnaires, bidasses…) qui traversent une épreuve et qu’on veut réconforter avec quelques douceurs. Je ne sais pas, moi. Deux ou trois canettes de Red Bull pour ne pas succomber à la fatigue, des barres de céréales pour m’alimenter pendant la lecture, quelques Snickers pour le glucose nécessaire à l’assimilation par l’esprit de toutes ces belles histoires et des Dragibus pour les moments de découragement…

 

Bon, okay, j’exagère. Bien content, déjà, de pouvoir contempler ces quinze rutilants ouvrages, rien que pour moi. Et qui sait s’ils ne recèlent pas quelques douceurs ?

 

Je n’ai pas encore commencé à lire. Mais devant cette pile de bouquins neufs, alléché par les thèmes des quelques résumés parcourus, je mesure, un peu exalté, la chance que j’ai de vivre l’aventure du prix Goncourt des Lycéens…et la responsabilité qui est la mienne de te la faire partager !
Au milieu de cette euphorie, une angoisse, quand même.

 

Serai-je à la hauteur ?

 

Tu le sauras dans les prochains billets.

 

Alphonse Boudabar

Livres livrés, je suis délivré.

19/09/2008

Ca y est. J’ai été livré. Le colis de dix livres contenant les quinze livres de la sélection m’a enfin délivré de mon abstinence littéraire auto-infligée.

Comme j’ai quitté le lycée depuis un petit moment, je pensais, au départ, que le ministre de l’éducation et le président de la Fnac allaient venir en personne sonner chez moi, entourés d’une meute de journalistes, pour me remettre solennellement l’ensemble des ouvrages sélectionnés pour le prix Goncourt. J’étais inquiet. Ne connaissant pas le protocole mais soucieux de bien faire, j’avais envisagé de recevoir comme il se doit mes invités. J’avais essayé de me renseigner. Ca boit quoi un ministre de l’éducation ? Plutôt thé ou plutôt Kro ? Et un président de la Fnac, ça aime les chocos ? Faudra-t-il leur dire « excellence » ou « monseigneur » ? Bref les questions classiques que tout le monde se pose dans ces cas là…

 

Mais on m’a dit que ce serait plus simple que j’aille directement les récupérer à la Fnac.

 

Trop cool ! Je m’y voyais déjà. Débarquer l’air de rien au rayon des livres. M’approcher discrètement du grand gars au gilet vert. C’est facile. Le matin, ils sont en général à quatre pattes en train d’alimenter les étagères (du bas) en livres frais ou au minimum de dos, les bras chargés de lourdes piles, à marmonner tout seul des onomatopées invraisemblables : « Bé, bé, bé, bého, bého, béhohu, béhohu, béhohudé, ah voilà,… ». J’aurais glissé un « bonjour » un peu appuyé au dessus de son épaule, pour le faire sursauter. Et j’aurais dit : «Heu, je cherche Un brillant avenir » puis « j’aimerais voir La beauté du monde , Avez-vous reçu Une éducation libertine ? Puis-je réserver Une nuit à Pompéi. Que pensez-vous de La Domination ? Faites moi découvrir les Jour de souffrance », etc.
C’était un coup, au mieux, à passer pour un fou, au pire à finir ficelé dans la réserve… Mais pour couper court, j’aurais laissé sous-entendre, avec l’air de ne pas y toucher que j’avais peut-être quelque chose à voir avec le Prix Goncourt des Lycéens. Comme le people qui porte des immenses lunettes noires par temps sombre, pour que tout le monde sache qu’il cherche à être discret, j’aurais laissé filtrer quelques infos d’un air modeste. Et quoi ? Tout le monde n’a pas la chance de passer pour une star à la Fnac !

 

Mais là aussi, ils avaient dû me voir venir… Alors ils m’ont tout envoyé par la Poste.

 

Livraison Livres.jpg

 

C’est donc un beau facteur bleu dans une camionnette jaune qui est venu sonner à ma porte.

 

« Bonjour, c’est pas léger, vot’ truc »

« C’est des livres »

« Y’en a au moins 5 kilos, là non ? »
« Je ne sais pas »

« Bon c’est pas tout ça : vous êtes mon 8ème client et j’en ai encore 6 autres à livrer avant 10h30… ».

 

Plutôt numérique, l’homme de lettres. Comprenant à qui j’avais affaire, j’ai répondu :

«- Zéro problème ! ».

 

Et pour lui faire plaisir, j’ai signé avec mon numéro de sécurité sociale.

En attendant les livres…

16/09/2008

Quatre jours que j’attends les livres. Les quinze. Autant dire mon quota de lecture pour l’année entière. A lire en deux mois. Du coup, je m’économise, en attendant.

 

J’ai décidé de ne plus lire du tout jusqu’à l’arrivée des bouquins. Rien, nada, tchiboul. Pas la plus petite liste de commissions, le moindre panneau publicitaire, la plus obscure marque sur l’objet le plus quelconque. Pour préserver mon instinct de lecture, ne pas fatiguer mes petits yeux qui vont être soumis à rude épreuve très bientôt. Et pour être sûr de tenir la distance avec la fraîcheur voulue. Tel le marathonien qui se met au vert quelques jours avant la course, pour garder du jus, son influx…

 

Quatre jours que je n’ai plus rien lu (à part vos commentaires, bien-sûr, seule entorse à mon régime sans lettre...). Depuis mon dernier bouquin : un pensum sur le débarquement du 6 juin 1944 vu par les allemands. Ouais, je sais. Peut-être que toi, tu te serais méfié. Mais je voulais savoir quel effet pouvait avoir le jour J, vécu du mauvais côté du mur de l’Atlantique. La curiosité est un vilain défaut. Et j’ai souffert autant que les malheureux teutons pris sous le feu nourri des bombardements alliés à l’énumération pointilleuse des différentes tactiques militaires et autres conquêtes et reconquêtes de la côte 622 ou 612, je ne sais déjà plus… « - Quelle connerie, la guerre, Barbara ! ». Surtout quand elle n’est pas racontée par Gérard Oury ou à la rigueur Spielberg… Ca m’a calmé pour un moment. Je parle des livres historiques. Parce qu’au sujet de la guerre, j’avais déjà mon idée…

 

Bref, je me sevre, je m’affame, je frustre mon désir de lire tout et n’importe quoi. Je fais abstinence en attendant l’orgie promise. Mais comme tout excès, mon anorexie littéraire a ses limites. Faute de lire les étiquettes des vêtements, mes lessives rétrécissent à vue d’œil. Ma cuisine est de plus en plus avant-gardiste voire douteuse, ce qui revient au même. A cause de photos d’emballages peu explicites, je cuisine des spaghetti à la crème Mont-Blanc et des ananas à la bolognaise.
Trop cuits, forcément, les spaghettis. Car avais-tu remarqué : souvent temps de cuisson de spaghetti varie ?

 

Pour les mêmes raisons, je me lave les cheveux au gel douche et me rase à la mousse coiffante. Et comme je demande mon chemin plutôt que de lire les panneaux indicateurs, je me retrouve souvent, sans vouloir en tirer de conclusion trop hâtive sur l’honnêteté intellectuelle de mon prochain, bien loin de l’endroit escompté. Impossible de faire marcher le moindre appareil électronique. La notice en vingt-cinq pages et dix-huit langues est interdite à mes yeux. J’ai renoncé à improviser l’ordre de montage des meubles achetés en kit. Les improbables sculptures contemporaines obtenues, peu en rapport avec le mobilier espéré, finissent immanquablement par s’effondrer d’elles-mêmes sur le parquet.

 

Une réflexion, au passage. L’art moderne serait-il mu par l’illettrisme ?

 

Je découvre donc une autre vie, pleine de surprises, jamais vraiment très bonnes. Et c’est fou comme son propre environnement quotidien peut devenir soudainement hostile et compliqué à un détail près. Mais ça me prépare pour le D-day, le débarquement des livres chez moi. Courage, « Les sanglots longs de l’automne… »

 

Je n’aurais jamais cru que la vie sans lecture, aussi, pouvait être une aventure !

Vivement les livres !

 

Alphonse Boudabard

Pour mettre le tout dans des grosses, grosses cases...

13/09/2008

Prenons la sélection par un autre bout : l’angle du mec qui n’y connaît rien. Ce qui, d’une certaine manière, m’arrange. Essayons de deviner les thèmes développés dans chacun des livres, simplement à la lecture de leur titre. Et dégageons des tendances.

 

Une première tendance lourde : l’aventure, le voyage, l’ailleurs, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Des tigres (« Là où les tigres sont chez eux » de Jean-Marie Blas de Roblès), des lions (et un chasseur dans « Un chasseur de lions » d’Olivier Rolin), la traversée d’un état africain (« Une traversée du Mozambique par temps calme » de Patrick Pluyette). « Une nuit à Pompéi » (d’Alain Jaubert) et un secret oriental (« Le silence de Mahomet » de Salim Bachi). Mais aussi un « Syngué Sabour » (d’Atiq Rahimi) qui m’a obligé, malgré ma volonté affichée d’en savoir le moins possible, à aller chercher le sens sur le web car je ne parle pas perse couramment (« Syngué sabour : n.f. -du perse syngue "pierre" , et sabour "patience"-. Pierre de patience soit « pierre magique »). Et pour finir, une large ouverture sur la beauté du monde (« La beauté du monde » de Michel Le Bris)…. On est parti pour un sacré trip !

 

Ensuite, je vois deux autres grandes thématiques dans cette sélection.

 

Celle du sentiment nostalgique, qu’il soit lié à l’enfance (« Où l’on va papa ? » de Jean-Louis Fournier) ou à l’évocation d’une vie (« C’était notre terre » de Matthieu Bellezi, « Un brillant avenir » de Catherine Cusset, « Le rêve de Machiavel » de Christophe Bataille)…

 

Et celle, comment dire ? hum hum, de « l’exploration du corps au singulier et au pluriel ». J’essaie en termes « littéraires » de dire « cul à plusieurs » mais je ne suis qu’Alphonse Boudabard. J’ai mis (si je puis dire) dans ce thème « Une éducation libertine » (de Jean-Baptiste Del Amo), « Jour de souffrance » de Catherine Millet (pardon Catherine pour ce procès d’intention, je n’ai même pas vu la couverture de ton nouvel opus. Peut-être est-ce un traité d’architecture ?) , « La domination » de Karine Tuil (ça n’a peut-être rien à voir non plus, mais puisqu’on est ici dans le jeu de l’imagination…) et « Qui touche à mon corps je le tue » (de Valentine Goby).

 

Au passage, cette affirmation d’auteur est encore moins engageante que l’évocation de la jeunesse de M’sieur Rolin. Fais moi penser à dire à Gaspard de ne pas faire la bise à Valentine quand il l’a rencontrera pour l’interviewer…

 

Et là, je pense qu’on a bien mis tout le monde dans les grosses cases ! C’est pas un peu réducteur, tout ça ? Peut-être. Mais c’est un premier jeu. Un prétexte. On aura l’occasion de savoir plus précisément de quoi il retourne. Et je trouve qu’on a déjà fait un bon petit voyage, en imaginant tout ça.
Mais toi, tu y voyais autre chose dans l’évocation des titres de cette première sélection ?

 

Alphonse Boudabard

Par où commencer ?

15/09/2008

Je dois être franc avec toi. Sur la liste des quinze noms d’auteurs dont l’ouvrage a été sélectionné pour participer au Prix Goncourt, la grande majorité m’est parfaitement inconnue !

 

Bien sûr, je connais Catherine Millet. De vue. Enfin, je veux dire que j’ai déjà aperçu son pubis paysagé sur la couverture de quelques ouvrages aux étals de librairies. Peut-être, même, ai-je alors audacieusement poussé la curiosité jusqu’à entrouvrir l’un d’eux pour voir si, comme dans « Oui-Oui et le cerf-volant » (de Enid Blyton, ouvrage non sélectionné au Goncourt cette année…, le bouquin était abondamment illustré de gravures soutenant le propos. Espoir déçu et première leçon de Littérature en direct: en Littérature, le langage textuel de l’auteur se suffit à lui-même…

 

A part aussi Olivier Rolin. Il est le seul rescapé des mohicans que j’ai pu entre apercevoir dans la boîte à image de mon salon avant la proclamation de la sélection. Et quel sacré coco, celui-là ! C’est le cas de le dire. Je ne vais pas rentrer maintenant dans le détail. Je le ferai certainement plus tard à l’occasion d’un papier consacré à son livre. Mais quel drôle d’auteur : un gars qui a une bibliothèque avec des rayons en bois brut (genre palettes de supermarché), un fusil (chargé ?) au pied de son bureau…et qui prétend qu’en son jeune temps « il aimait bien castagner »…
Bigre ! ça ne donne pas trop envie d’en dire du mal.

 

Fais gaffe à toi, Gaspard, avec ton interview décalée à venir…

 

Il va donc me falloir trouver un autre angle pour appréhender, par l’imaginaire, cette sélection. C’est ce que j’essaierai de faire dans mon prochain billet...

 

Alphonse Boudabard

 

Avant de te parler de la sélection…

11/09/2008

D’habitude, la rentrée, pour moi, est synonyme de
contraintes. Reprendre les sales habitudes civilisées qui étaient les miennes
avant l’été : me peigner ou essayer de remettre un peu parallèle une
tignasse qui ne se nourrit plus depuis des mois que d’eau salée et de
soleil ; enfermer à nouveau mes pieds dans des chaussures trop chaudes,
trop dures, trop étroites, alors qu’ils erraient si joyeusement libres et
sensibles aux moindres contacts ; retrouver la grisaille des villes et la
mine triste des gens qui les habitent…

 

 

Mais cette année, c’est excitant la rentrée. Comme pour les
vraies rentrées scolaires où tu rencontres ce jour-là les 30 autres élèves qui
vont partager ta classe pendant un an, j’ai hâte de connaître les noms des 12
auteurs que je côtoierai avec toi tout au long de ce Prix Goncourt des Lycéens.

 

 

Comme je m’y intéresse cette année, j’ai surveillé les
télés, le web, les magazines afin d’avoir des indications sur les auteurs
« pressentis », les ouvrages envisagés, les « surprises
attendues »… Et le plus marrant, j’avoue : j’ai spéculé. Ai-je envie
de lire celui-là ? Faut-il souhaiter voir cet autre ? Tiens, la
gueule de celle-ci me plaît. Que peut-elle avoir à raconter ?

 

Sans parler des vieux routiers des médias (sympas ou non),
habitués aux prix, abonnés aux « nominations », toujours
sélectionnés, jamais élus…

 

D’abord, ce n’est pas beau de réclamer. Ensuite, un prix,
c’est au talent que cela se gagne, pas à l’ancienneté…

 

 

Et puis maintenant, ça y est : la sélection est tombée.
Et ce n’est pas douze mais pas moins de quinze beaux ouvrages reliés qu’il va
falloir entrouvrir consciencieusement page après page pour juger lequel de ces
auteurs méritera à nos yeux la palme des lycéens.

 

Faut-il se réjouir de cette profusion ou au contraire
stigmatiser les pré-sélectionneurs pour leur manque de jugement, leur
non-choix, leurs hésitations ? Polémique, l’Alphonse, hein ?

 

 

Au contraire. Je trouve que cela donne à trois auteurs une
chance inattendue de « goncourir ». Et puis c’est sympa de la part du
jury de nous confier à nous la responsabilité de trancher, avec un choix plus
large. Et de nous faire découvrir trois auteurs supplémentaires. Reste à lire
trois livres en plus. Sans vouloir compter, (pardon Gaspard), ça doit faire
quand même sept cent cinquante pages à lire en plus.

 

(Un conseil : demande à ta prof de français une
augmentation de trois points sur ta future moyenne du trimestre !)

 

 

Quant à connaître mes premières impressions sur la liste de
sélection…faudra que tu lises le prochain billet.

 

 

Alphonse Boudabard

Des chiffres ou des lettres: pour ou contre la pétition littéraire ?

11/09/2008

L’astéroïde B612.

J’ai tout de suite pensé à l’astéroïde B612, en lisant
l’appel à la pétition littéraire de Gaspard Proust. Soyons clair : seuls
ceux qui ont lu le livre qui évoque l’astéroïde B612 connaissent l’existence de
cet astre de l’univers (poétique) sur lequel pousse une fleur et des volcans.
Et qui a pour habitant un petit homme dont la seule obsession est d’y importer
un mouton.

 

Pas très mystérieux, ce bouquin, d’ailleurs. A mon avis, le
livre d’enfance le plus repris en main tout au long de la vie. Sans doute parce
qu’il a la simplicité géniale de toucher au plus près chacun d’entre nous tout
au long de notre existence… (je te laisse retrouver son titre et son auteur…et
le bonheur de t’en délecter pour la première fois si tu fais parti des rares
qui ne l’ont pas encore lu).

 

L’astéroïde B612, donc, est cité par l’auteur pour évoquer
cette tendance, caractéristique d’après lui, des « grandes
personnes » à vouloir toujours exprimer les choses qui leur tiennent à
cœur au moyen de chiffres.

 

Et c’est vrai, quand on prête l’oreille aux discussions de
terrasses des gens sérieux : un bateau de 12 mètres est joli tandis qu’un
autre de 5 est ringard. Une maison est belle à partir de 200 m2, un job important
à 80 K€, l’essence est chère au dessus de 1,5 €, de gros travaux, c’est 6
semaines de délais, une bonne ristourne 20 %…

 

Et puis y’a les barèmes journalistiques : une grande
catastrophe, c’est X morts, au moins, un vrai scandale financier Y millions d’€
de déficit, une manifestation de gens pas contents, ça doit réunir W personnes
selon la police, Z selon les organisateurs (preuve au passage que le
langage des chiffres des flics ne semble pas le même que celui du reste du
monde…). Il n’y a guère que pour les matchs de l’équipe de France de football
qu’on ne sait pas à partir de combien de buts encaissés on peut le considérer
comme une vraie branlée…

 

Plus proche de nous: une belle journée, pour les gens qui
s'agitent à la TV devant leur carte de France, c’est 1020 millimètres de
mercure soit 20°C le matin, 25° à midi et 20°C le soir. Ca te parle ? Demande à
un golden boy ce qu’est pour lui une belle fille, il te répondra : 90 – 60
– 90. Ca ne t'inquiète pas, toi ?

 

Moi si.

 

Alors parfois, quand on me demande :

 

« - Comment allez vous ? »

 

J’ai envie de répondre.

 

« - 37,2°C et vous ? »

 

Bien sûr, dans le monde de la littérature, tout n’est pas
rose : s’il n’est en général qu’une fois, dans les contes de fées, il ne
faut pas moins de sept nains ou quarante voleurs pour faire une belle histoire
qui finit bien ; avec néanmoins « beaucoup » d’enfants à la fin,
ce qui est déjà un bon départ vers l’idéal inchiffrable de Gaspard…

 

Et les trois mousquetaires sont quatre. Ce qui prouve que
les comptes des contes de la littérature sont toujours plus généreux que ceux
des multinationales (qui les éditent ?). Quatre à la tierce, ça fait seize
à la douzaine, ça, non ? Le conte est bon quand le compte est chiche.

 

« - Arrête de compter et signe ! » me
hurlerait certainement Gaspard. D’accord avec toi, Gaspard : le bonheur,
ça ne se calcule pas.

 

Et toi, t'es plutôt chiffre ou lettre ?

 

 

Alphonse Boudabard

Edito

11/09/2008

Alphonse Boudabard sort de l'eau pour parler bouquins...

 

C’est souvent comme ça que commencent les galères, pas vrai, sans prévenir et toujours par quelqu’un de ton entourage. Il y a quelques jours encore, j’étais en train d’expliquer à l’océan comment peigner ses vagues pour les envoyer directement sous ma planche de surf, avec moi dessus de préférence, lorsque quelqu’un à terre m’a prévenu que mon sac vibrait. C’était mon téléphone portable, évidemment. Mais à ce moment-là, je ne savais plus que cette chose, oubliée là depuis plusieurs marées, existait encore. Magie des vacances, drame de la technologie : les portables captent même au bout du bout du Finistère !


Sur le plancher des vaches, j’écoutais donc cette voix d’outre-périphérique me demander de la rappeler pour me causer du Goncourt des Lycéens. Le Goncourt, tu penses ! J’ai sauté sur l’occasion. Moi qui suis un fan de rock et qui ai toujours rêvé de parler avec Philippe Manoeuvre ou Sinclair… Comment ça ? Non, il ne s’agit pas de rock ? Cela s’adresse bien aux jeunes, n’est-ce-pas ? Oui mais il est question de livres. De livres ?… Attends, ces trucs en papier recouverts de plastique qui servent à décorer les murs sur les étagères ? Je crois que j’ai jeté le dernier chez moi il y a bien longtemps : jaune et moche, il prenait trop de place et la poussière. Il ne servait plus à rien, paraît-il, depuis internet…

 

Je plaisante, bien-sûr, car je sais bien ce qu’est un livre (et un lycéen) ; ce que représente le Goncourt, et pourquoi le Goncourt des lycéens est une si belle idée. Le bandeau rouge du Goncourt est en effet au livre ce que le ruban tricolore est aux grandes godiches de Miss France : l’opportunité de signaler sur la carrosserie que plein de gens vous ont aimé et choisi. Une médaille d’or en quelques sortes.


Pourtant la littérature n’est pas les jeux olympiques. Et un auteur n’est pas un sportif de haut niveau, avide de compétition. Alain Bernard s’en fout de savoir si c’est sa façon de nager que le public préfère. Tandis que Léonora Miano n’a aucune idée du temps (au millième de seconde près) qu’elle met pour écrire une page. Allez dire à Steeve Guenot, médaille d’or olympique de lutte gréco-romaine pour les moins de 66 kg : « J’aime beaucoup ce que vous faites ». Pas sûr que vous en sortiez indemne.


Le plaisir comme seul arbitre. Voilà un point de départ intéressant pour juger ce Goncourt des Lycéens. Rencontrer les auteurs, parler de leurs livres, échanger des impressions entre lecteurs, comprendre les idées, les points de vue, ça c’est un bon trip. Le Goncourt des Lycéens est un lieu d’échange et de partage. J’aime cette idée, alors d’accord pour le blog. Et pour les « free expression sessions » sur le pouvoir et la magie des bouquins d’ici et d’ailleurs, sans forcément de classement ou de grand discours. Mais juste du ressenti et de l’humeur, bonne ou mauvaise, d’ailleurs.

 

Et soyez indulgents, les mecs : ok, je rame moins vite que vous, mais je serai toujours là, au pic, prêt à surfer sur le bon bouquin. Pas de panique les filles, il devrait y avoir aussi des soirs au coin du feu, de l’émotion, du suspens, bref, une grande et belle aventure…comment dire ? romanesque ! Et désolé pour l’anglais. On aura l’occasion de se rattraper dans les colonnes suivantes. Après tout, on va se gaver de bonne langue française, non ?


Alphonse Boudabard

www.fnac.com