La vérité si je m'en...nuie.
21/10/2009
Les titres des livres correspondent la plupart du temps à leur contenu. « Annuaire de la Poste », « Grand dictionnaire de la langue française », «Les meilleures recettes de cuisine à l'ancienne », « Devenez prof de math en 10 leçons »... Même si, bien sûr, le résultat de la promesse faite en couverture n'est jamais garanti, ils évoquent en tous cas clairement le thème qu'ils vont traiter.
Dans la littérature, c'est à peu près pareil. Sauf que parfois, l'auteur ou son éditeur, mu par une pulsion facétieuse, joue avec les mots. Décalé, incompréhensible, contextuellement incorrect, le sens du titre peut paraître complètement hermétique à l'intelligence...jusqu'au moment précis de la lecture où l'on capte l'allusion, la pirouette, le jeu de mot, la révélation qui fait enfin dire, je cite : « ah ben oui, trop fort ! ». Et peut parfois transformer un roman un peu linéaire en ouvrage culte.
Et puis des fois, le livre se termine sans que rien ne nous ait éclairé sur le mystère du titre. De temps en temps, c'est fait exprès. Comme Patrice Pluyette et son livre « La traversée du Mozambique par temps calme » qui s'était amusé, l'an dernier, à brouiller les pistes (pourtant déjà bien sinueuses) de son aventure...qui ne se passait pas en Afrique. Au grand damne, je suppose, de son éditeur :
« Bonjour, madame, auriez-vous « La traversée du Zambèze par beau temps », s'il vous plait ? Non ? « La croisière du Bosphore au mois d'août », peut-être ? C'est pas ça ? « La remontée de l'Oubanguie par Tantale », non plus ? Oh et puis donnez moi « Notre Dame de Paris », ce sera plus simple. » (quoique).
Mais les plus décevants de tous, ce sont justement ces titres « qui ne veulent rien dire du tout ». Même une fois le livre refermé. On comprend vaguement le rapport mais sans plus. Quelque chose nous aurait-il échappé ? Où alors est-ce que ça ne sentirait pas un peu l'arnaque ?
Les auteurs ne sont pas des historiens ni des journalistes ou des juges. Ils ne sont pas tenus de dire la vérité mais « leur vérité » ce qui est différent. Et puis ils ont des éditeurs qui entre deux déjeuners avec des Zauteurs Zusent de psychologie auprès d'eux pour les « induire en marketing » :
« Tu devrais trouver un titre un peu sexy, qui dise des choses sans en dire trop, une brachylogie ou une anaphore, un genre de coquecigrue intrigant (qui s'écrit aussi « coxigrue » mais pas quand on parle à table) pour attirer le lecteur... ». Car les éditeurs aiment bien montrer à leurs auteurs qu'ils connaissent eux aussi des mots compliqués qui veulent quand même dire quelque chose (en principe).
Alors bien sûr, quand dans le titre d'un livre, il y a le mot « vérité », nos récepteurs « véritophiles » se mettent en alerte. Et l'on guette les annoncés moments de vérité.
« La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint m'a laissé sur ma faim ou sur sa fin.
Quand le roman s'ouvre sur le malaise d'un des personnages, on est forcément inquiet pour sa santé. Avec la manie qu'ont les auteurs de la sélection 2009 à faire mourir leurs protagonistes en début de roman (ou à les enterrer), on se fait forcément du souci. Et l'on a raison. Certes, n'étant ni urgentiste, cavalier ou pompier, j'ai appris plein de choses sur la façon de ramener à la vie un homme effondré sur la moquette d'un appartement parisien, capturer un cheval enfui sur un tarmac nippon ou fuir un feu de forêt.
Mais sur Marie ? Rien !
Bon allez, si. Grâce aux longues descriptions méticuleuses de Jean-Philippe Toussaint, on sait que Marie ramenait vingt-trois bagages de Tokyo (contre 140 kilos à l'aller nous dit-il) dont on connaît la forme et la couleur. Elle ne ferme jamais ses sacs et déteste être commandée, y compris dans les moments critiques (genre infarctus, incendie ou pire, évasion d'étalon sur piste d'aéroport japonais). Elle ne sait naturellement pas où elle range ses affaires ou plutôt elle les retrouve toujours dans le dernier endroit où elle les cherche. Bref, que Marie est une emmerdeuse ; en dehors du fait qu'elle aime se baigner nue. Mais pas folle, c'est elle qui garde le masque de plongée. On se demande ce que Jean-Philippe Toussaint peut bien lui trouver pour consacrer cent quatre vingt treize pages à ses retrouvailles avec elle.
Et l'on termine le livre comme on l'a ouvert : à chercher ce que Jean-Philippe Toussaint a bien voulu nous dire ? Pas de révélation sur Marie donc, mais des descriptions pointilleuses de tout ce qui ne bouge pas. Pas de grande histoire d'amour enfiévrée mais des tièdes retrouvailles de circonstance en conclusion de péripéties presque trop folles pour être fausses. C'est peut-être ça, la trouvaille : le récit d'une histoire d'amour molle.
La vérité sur Marie ne serait pas, nous dit l'éditeur au dos du livre, « à proprement parlé une suite mais un prolongement » de « Faire l'amour » (2002) et « Fuir » (2005). Soit. Mais nous, en ouvrant « La Vérité sur Marie », on a déboulé directement au milieu du salon avec le SAMU, sans savoir qu'on avait raté deux épisodes avant. Qu'on était au coeur d'une saga, en somme. Alors, on a fait comme les hommes en blanc : on a écouté ce qu'on avait à nous dire et puis on est sorti. Et on ne saura jamais qui était vraiment cette Marie...
Alphonse Boudabard
P.S.1 : J'ai emprunté et honteusement truqué la couverture du livre « 15 SAMU » de Théo pour les photos et Franck Garden-Brèche, un ouvrage d'auteur et photographe qui met en lumière le travail surhumain des urgentistes.
P.S.2. : Sur la page Facebook consacrée au Prix Goncourt des Lycéens, il y a un quizz amusant pour « savoir quel livre tu es » ? Après tout, pourquoi pas.
(selectiongdl)


Fnac.com
Sympa, merci Céline !
Si on avait mit mon nom en bas de cet article je ne m'en serais même pas apeçu, c'est totalement ça! On nous met l'eau à la bouche, on nous donne de l'action avec le terrible accident, les pompiers et tout ce qui va avec. Et puis pendant 100 pages plus rien, jusqu'à l'incendie à la fin qui appelle à l'émotion et au suspense. Mais sinon honnêtement, de savoir comment le cheval va passer du Japon jusqu'à la France on s'en serait bien passé. Un livre dont on attendait peut être trop? En même temps avec un titre pareil...
c'est vrai que le titre m'avait poussé à emprunter la Vérité sur Marie dans les premiers mais que le récit n'a pas du tout répondu aux attentes que je me faisais grâce au titre. Je n'ai pas trouvé un livre qui nous présentait une femme de long en large mais un narrateur fou amoureux à la plume poétique mais aussi arrogant et qui nous parle d'un certain Jean-Christophe de G. (je déteste ce nom !!!) juste pour le descendre... Et je ne sais toujours pas qui est Marie, je connais juste ses amants.
moi je préfère Marie pleine de grâce, marie-galante ou encore marie popins! Vive les Marie
LA vérité sur Marie, c'est que le narrateur l'aime à la folie.
L'ultime changement de style dans la dernière phrase du livre nous le confirme avec émotion. Et la froide description (d'aucun diront "clinique" ;) ) de tous ces événements auxquels il n'a pas participé et que par conséquent il ne fait que fantasmer est un indice en creux, du sentiment qui l'obsède.
"La vérité sur Marie" est un très beau roman, qui réussi à nous faire croire que son auteur ne peut-être qu'amoureux au moment où il l'écrit.
C'est tellement rare à notre époque, l'impression de la sincérité...
Poster un nouveau commentaire