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Le Prix Alphonse Boudabard - Catégorie "Phrases de début de roman"

09/11/2009


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Les premières lignes d'un livre ne présagent jamais de la qualité intégrale de son contenu.

 

 

Pourtant, comme les premiers mots d'une rencontre, ils sont les signes que l'on guette afin de percevoir des éléments d'atmosphère, les indices d'une promesse. Pas toujours tenue.

 

 

A l'heure où le jury se réunit à Rennes pour élire le Prix Goncourt des Lycéens 2009, je me suis amusé à extraire la première phrase de chaque roman sélectionné cette année. Juste pour voir l'effet qu'elle donne, isolée du reste. Si elle fait sens et si, prise à part, elle nous donne envie de continuer.

 

 

Voici donc mon classement des meilleures premières phrases de la sélection du Goncourt 2009. Le Prix Alphonse Boudabard en quelque sorte. Catégorie « Première phrase de roman ».

 

Cinq ex aequo pour le prix « du livre qui commence par une fin morbide ». Légèreté et joie étaient de rigueur cette année. Une entrée en matière qui fait la part belle, si je puis dire, aux parents des auteurs. Sale temps pour eux.

 

 

« L'homme qui m'aimait tout bas » de Eric Fottorino : « Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle, mon père s'est tué d'un coup de carabine. ». Comme on dit : « ça, c'est fait ! », c'est dit, c'est écrit. La suite n'en sera-t-elle que plus gaie ?

 

 

« Les pieds sales » d' Edem Awumey : «Askia racontait que sa mère, dans son délire final, n'avait cessé d'évoquer des lettres que lui aurait envoyées de Paris son père, Sidi Ben Sylla Mohammed.» C'est vrai qu'une belle agonie pour lancer joyeusement la pelote du souvenir, y'a pas mieux.

 

 

« La légende de nos pères » de Sorj Chalandon : «A l'enterrement de mon père, il y avait neuf personnes et trois drapeaux.» Soit douze raisons de penser qu'on ne va pas faire que rigoler dans ce livre.

 

 

« Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé : « Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna. » Au moins, on sait comment finira le livre.

 

 

 

« Le club des incorrigibles optimistes » de J-M. Guenassia : « Aujourd'hui, on enterre un
écrivain. » Est-ce ce que l'auteur entend par un « optimisme incorrigible » ?

 


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Prix de « la phrase de début qui n'en finit pas »
à Marie NDiaye et ses « Trois femmes puissantes » : « Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable. » Oui, oui, relisez bien, ce n'est qu'une seule et même phrase. Le pitch de cette première nouvelle contenu dans sa seule phrase de début.

 

 

Prix du « livre que l'on ouvre en se demandant si on n'a pas oublié de visionner un supplément DVD peut-être joint par l'éditeur avec le livre » pour « Jan Karski » de Yannick Haenel : « C'est dans Shoah de Claude Lanzmann. ». Non, pourtant, j'ai bien regardé, il n'y avait
rien d'autre avec.

 

 

Prix de « l'entrée en matière chiante, froide comme un état civil ou un portrait sur Wikipédia » pour « Alias Caracalla » de Daniel Cordier : « Je suis né le 10 août 1920, à Bordeaux, dans une famille de négociants : les Gauthier, par ma mère, et les Bouyjou, par mon père. ».

 

 

Prix « Dark Vador au féminin » pour « Mauvaise fille » de Justine Lévy : « Je crois que je suis sa mère. ». A noter que la version féminine de Dark Vador est moins sûre d'elle que celle du papa de Luke Skywalker. Sans sabre laser, aussi.

 


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Prix de « la littérature de gare » pour « La lumière et l'oubli » de Serge Mestre : «  A la gare de France, à Barcelone, sur un quai à l'écart de la foule des voyageurs agglutinés sous les deux monumentales marquises métalliques qui couvrent les voies, le train est de ferraille, de bois. ». C'est juste pour faire un bon mot. Loin de moi l'idée de dévaluer la prose de Serge Mestre. Curieux pourtant cet attrait pour les descriptions de matériaux.

 

 

Prix de « la fripe » à Laurent Mauvignier et « Des hommes » : « Il était plus d'une heure moins le quart de l'après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu'on ne montre pas d'étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu'il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l'une de ces cravates en Skaï comme il s'en faisait il y a vingt ans et qu'on trouve encore dans les solderies. ». Il pouvait lui aussi prétendre à la phrase la plus longue mais il a néanmoins séduit par la qualité de ses fringues « vintage ».

 

 

Prix de « la phrase qui ne veut rien dire quand on l'a lit toute seule » à Delphine de Vigan et « Les heures souterraines » : « La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. ». Ben oui, c'est bizarre, Delphine, une voix qui oscille à la surface, non ? Rassurez vous (ou pas), les autres phrases du roman sont on ne peut
plus concrète.

 

 

Et enfin mes deux phrases de début préférées. Celles que j'ai, paradoxalement, gardées pour la fin :

 

 


Prix « de la trouvaille érotique qui est à elle seule l'intérêt du bouquin »
pour « La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint : « Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. » Si on n'aime ni les chevaux, ni les aéroports, on peut gagner du temps en refermant le bouquin et attendre tranquillement le tome 4.

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Palme des palmes, prix spécial du jury que je compose à moi tout seul pour « La Délicatesse » de David Foenkinos avec : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). » Tout l'univers « délicat » est dans cette phrase improbable. Je cherche partout à définir au travers des visages de femmes que je croise l'archétype d'une
féminité suisse...

 

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Reste à décerner les palmes des meilleures phrases de fin.

 

 

Et vous, les lycéens, vous en êtes où, de vos délibérations ?

 

 

Alphonse Boudabard

(selectiongdl)

Vos commentaires
Alphonse Boudabard | 11/11/2009 à 04:22

Bonne idée...mais je te laisse seul juge.
Pour le reste, le billet sur les phrases de fin est en ligne.
En guise de mot de la fin ?
On ne va quand même pas se quitter comme ça !

Chamolo | 09/11/2009 à 17:17

J'aurai bien aimé élire ce prix avec toi Alphonse !!! Gardons ça pour le Prix de la phrase de fin la plus pourrie...

Qui veut faire parti du jury ????? qui ça, hein ? qui ça ?

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