gdl_2009_700x140.jpg

Bienvenue !

20/10/2009

Lycéen impliqué avec ta classe ou simple visiteur, bienvenue à toi sur le blog du Prix Goncourt des Lycéens 2009 ! N'hésite pas à réagir à mes billets en laissant un commentaire, à nous faire part de tes remarques concernant les livres en lice... et à revenir souvent pour suivre l'évolution de la sélection jusqu'à la proclamation finale du nouveau lauréat.
Alphonse Boudabard

 

Les rubriques :

 

> Alphonse a lu> Alphonse et les Lycéens> Les bonnes vibrations d'Alphonse

Prix Alphonse Boudabard, catégorie "Dernières phrases de roman" : La fin est parfois un bon début

26/11/2009


Fin Les Pieds Sales_0_2.JPG

 

Lire la dernière phrase d'un livre, c'est prendre le risque de se retrouver bientôt seul, abandonné des personnages, du narrateur et du récit qui nous avaient tenu compagnie jusque-là.

 

 

Lire la dernière phrase, c'est prendre connaissance de l'épitaphe qu'a voulu rédiger l'auteur avant d'expirer le point final de son ouvrage. Que nous restera-t-il après ?

 

La dernière phrase de roman est un art littéraire à part entière. Il est donc normal que je profite de la sélection du Goncourt des Lycéens 2009 pour remettre mes Prix Alphonse Boudabard, catégorie « Dernière phrase de roman »,
donc.

 

 

Prix « de la phrase de fin qui casse bien le moral », 2 ex aequo :

 

« Les pieds sales » d' Edem Awumey : «Et les mauvais garnements du dépotoir des Trois-Collines finirent par tuer Pontos, le chien du père Lem, qui n'avait pas le droit de se mêler à leurs jeux.». Sympa, les p'tits chenapans du dépotoir des Trois-Collines...

 

« Des hommes » de Laurent Mauvignier : « Je voudrais voir quelque chose qui n'existe pas et qu'on laisse vivre en soi, comme un rêve, un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas, je n'ai jamais su, ce que je voulais, là, dans la voiture, seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l'odeur d'un corps calciné ni l'odeur de la mort -je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait que c'est trop tard. ». Envisagé sous cet angle, c'est sûr qu'on préfère encore aller tuer des chiens avec les gentils rejetons du dépotoir des Trois-Collines.

 

 

 

Prix « de la phrase de fin qui est un bon début » 2 ex aequo :

 

« La Délicatesse » de David Foenkinos : « Nathalie ouvrit les yeux. ». A noter que le sujet de la phrase de fin est le même que celui de la phrase du début même s'il n'est plus fait mention d'une quelconque beauté helvétique.

 

Fin La délicatesse.JPG 

 

« Jan Karski » de Yannick Haenel : « Les ténèbres ne pouvaient plus rien contre moi, j'ai recommencé à vivre. ». Une fin qui aurait pu prétendre au « Prix du Seigneur des Anneaux ».

 

Fin Ténèbres.JPG 

 

 

Prix « de la véritable phrase de fin qui est vraiment une vraie fin », 2 ex aequo :

 

 

« La légende de nos pères » de Sorj Chalandon : «Et puis nous sommes partis.». En refermant le livre, au moins, on sait qu'on ne ratera rien.

 

Fin La légende de nos pères.JPG

 

 

« L'homme qui m'aimait tout bas » de Eric Fottorino : « Au revoir papa, salut, pas adieu, on risquerait de se manquer. ». Avec ça, on sait que l'auteur ne nous fera pas le coup du tome II sur son père.

 

 

 

 

Prix « de la phrase de fin qui fait de la pub pour les autres publications de l'auteur » : « Alias Caracalla » de Daniel Cordier : « Cela me conduisit à écrire plusieurs ouvrages sur le personnage historique que fut Jean Moulin et à entreprendre la rédaction de ce livre, que j'achève ici et dans lequel je n'ai eu d'autre ambition que celle de révéler l'homme que j'ai connu. ». C'est ce qu'on appelle apporter de l'eau à « son » Moulin.

 

 

Prix « de la phrase de fin qui prouve qu'on peut rester optimiste après 757 pages (et un enterrement -entre autre ») pour forcément « Le club des incorrigibles optimistes » de J-M. Guenassia : « Après l'enterrement de Sacha, le
temps s'est mis au beau et l'été a commencé. »

 

 

Prix « de la phrase de fin dont les métaphores sont un peu tirées par les dread-locks » : « Mauvaise fille » de Justine Lévy : « Aujourd'hui que la colère est passée, et le scandale, et le toboggan des regrets, aujourd'hui qu'il ne reste plus que de la souffrance séchée, voilà ce que je me dis. ». Une fin peu hydratée qui fait glisser dans notre esprit une luge de questions.

 

Fin Mauvaise Fille.JPG 

 

Prix « de la phrase de fin longue comme un quai de train un soir de grève mais qui révèle d'un seul coup la fin de l'histoire » pour « La lumière et l'oubli » de Serge Mestre : « Les yeux clos, il entendait à nouveau la voix de Zacarias, l'ami de son père venu le réconforter à l'hôpital Sant Pau, murmurer à son oreille : Tu comprends, Emmanuel, à son nouveau poste du comité local, juste en face de l'hôtel Falcon, ton père rencontrait constamment du monde ; les camarades étaient prévenants; il ne se sentait pas seul, il discutait avec Pierroupaul, fréquentait les filles du Parti qui travaillaient avec lui ; il me semble que, avant la débâcle, avec l'une d'entre elles ; je ne suis sûr de rien ; c'est ce qu'on disait ; le 26 janvier 1939, ton père avait rendez-vous avec elle, dans l'entrée de l'hôtel Falcon ; elle n'y était pas ; un gars nous avait expliqué qu'elle était certainement déjà partie pour la frontière. ». Ou bien c'est une vrai fin « révélation fatale», ou bien c'est le début du Tome II (mais dans ce cas, je dois la mettre ex aequo avec celle de Daniel Cordier).

 

 

Prix « de la phrase qui pourrait paraître joyeuse et pleine d'espoir si l'on n'avait pas lu tout le livre » pour « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye : « Et quand, à certaines heures ensoleillées, il levait son visage, l'offrait à
la chaleur, il n'était pas rare qu'un demi-jour tombât soudain inexplicable, et alors il parlait à la fille et doucement lui racontait ce qu'il advenait de lui, il lui rendait grâce, un oiseau disparaissait au loin. ». Lisez, vous comprendrez...

 

 

Prix « de la phrase de fin qui ferme le livre autrement que ne l'avait laissé supposer la phrase de début » pour « Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé : « Elle n'en veut pas, elle les refuse, elle ne veut rien de ce qui vient de Vatapuna, cette pensée le soulage, et, à un moment, alors qu'elle est assise sur le lit à regarder de vieilles photos dans un album et qu'il est en train de plier ses chemises, Itxaga dit quelque chose de drôle et de triste et ils se surprennent à rire ensemble. ». D'accord mais cela ne nous dit pas ce qu'Itxaga avait dit de si drôle (et de si triste).

 

Fin Vera.JPG 

 

Prix « de la phrase de fin du mec qui raconte sa vie pour dire à ses potes que, finalement, il a fini par choper » à « La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint : « Le jour était à peine levé sur la Rivercina, et nous nous serrions l'un contre l'autre dans le lit, nous nous enlacions dans la pénombre pour apaiser nos tensions, l'ultime distance qui séparait nos corps était en train de se combler, et nous avons fait l'amour, nous faisions doucement l'amour dans la grisaille matinale de la chambre – et sur ta peau et tes cheveux, mon amour, subsistait encore une forte odeur de feu. ». Mais c'est vrai que sans l'aéroport, l'incendie et les chevaux, ça rend pas.

 

 

Prix « de la phrase de fin qui résume le livre » pour « Les heures souterraines » de Delphine de Vigan : « Emporté par le flot dense et désordonné, il a pensé que la ville toujours imposerait sa cadence, son empressement et ses heures d'affluence, qu'elle continuerait d'ignorer ces millions de trajectoires solitaires, à l'intersection desquelles il n'y a rien, rien d'autre que le vide ou bien une étincelle, aussitôt dissipée. ». Les heures souterraines, c'est bien aussi quand ça s'arrête.

 

 

Alphonse Boudabard

(selectiongdl)

"Le club des incorrigibles optimistes " de Jean-Michel Guenassia, Prix Goncourt des Lycéens 2009.

09/11/2009

Prix Goncourt des Lycéens 2009.jpg

 

Ca y est, les lycéens ont parlé et ot désigné "Le club des incorrigibles optimistes " de Jean-Michel Guenassia pour le Prix Goncourt des Lycéens 2009.

 

Pour un premier roman, Jean-Michel Guenassia fait mouche.

 

Félicitation donc à Jean-Michel Guenassia pour son livre dont le titre est à lui seul toute une promesse !

 

L'annonce du prix dans la presse 

 

Alphonse Boudabard
(selectiongdl)

 


 

Le Prix Alphonse Boudabard - Catégorie "Phrases de début de roman"

09/11/2009


A l'enterrement.jpg

 

Les premières lignes d'un livre ne présagent jamais de la qualité intégrale de son contenu.

 

 

Pourtant, comme les premiers mots d'une rencontre, ils sont les signes que l'on guette afin de percevoir des éléments d'atmosphère, les indices d'une promesse. Pas toujours tenue.

 

 

A l'heure où le jury se réunit à Rennes pour élire le Prix Goncourt des Lycéens 2009, je me suis amusé à extraire la première phrase de chaque roman sélectionné cette année. Juste pour voir l'effet qu'elle donne, isolée du reste. Si elle fait sens et si, prise à part, elle nous donne envie de continuer.

 

 

Voici donc mon classement des meilleures premières phrases de la sélection du Goncourt 2009. Le Prix Alphonse Boudabard en quelque sorte. Catégorie « Première phrase de roman ».

 

Cinq ex aequo pour le prix « du livre qui commence par une fin morbide ». Légèreté et joie étaient de rigueur cette année. Une entrée en matière qui fait la part belle, si je puis dire, aux parents des auteurs. Sale temps pour eux.

 

 

« L'homme qui m'aimait tout bas » de Eric Fottorino : « Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle, mon père s'est tué d'un coup de carabine. ». Comme on dit : « ça, c'est fait ! », c'est dit, c'est écrit. La suite n'en sera-t-elle que plus gaie ?

 

 

« Les pieds sales » d' Edem Awumey : «Askia racontait que sa mère, dans son délire final, n'avait cessé d'évoquer des lettres que lui aurait envoyées de Paris son père, Sidi Ben Sylla Mohammed.» C'est vrai qu'une belle agonie pour lancer joyeusement la pelote du souvenir, y'a pas mieux.

 

 

« La légende de nos pères » de Sorj Chalandon : «A l'enterrement de mon père, il y avait neuf personnes et trois drapeaux.» Soit douze raisons de penser qu'on ne va pas faire que rigoler dans ce livre.

 

 

« Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé : « Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna. » Au moins, on sait comment finira le livre.

 

 

 

« Le club des incorrigibles optimistes » de J-M. Guenassia : « Aujourd'hui, on enterre un
écrivain. » Est-ce ce que l'auteur entend par un « optimisme incorrigible » ?

 


Aujourd'hui.jpg

 


Prix de « la phrase de début qui n'en finit pas »
à Marie NDiaye et ses « Trois femmes puissantes » : « Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable. » Oui, oui, relisez bien, ce n'est qu'une seule et même phrase. Le pitch de cette première nouvelle contenu dans sa seule phrase de début.

 

 

Prix du « livre que l'on ouvre en se demandant si on n'a pas oublié de visionner un supplément DVD peut-être joint par l'éditeur avec le livre » pour « Jan Karski » de Yannick Haenel : « C'est dans Shoah de Claude Lanzmann. ». Non, pourtant, j'ai bien regardé, il n'y avait
rien d'autre avec.

 

 

Prix de « l'entrée en matière chiante, froide comme un état civil ou un portrait sur Wikipédia » pour « Alias Caracalla » de Daniel Cordier : « Je suis né le 10 août 1920, à Bordeaux, dans une famille de négociants : les Gauthier, par ma mère, et les Bouyjou, par mon père. ».

 

 

Prix « Dark Vador au féminin » pour « Mauvaise fille » de Justine Lévy : « Je crois que je suis sa mère. ». A noter que la version féminine de Dark Vador est moins sûre d'elle que celle du papa de Luke Skywalker. Sans sabre laser, aussi.

 


Elle croit.jpg

 

Prix de « la littérature de gare » pour « La lumière et l'oubli » de Serge Mestre : «  A la gare de France, à Barcelone, sur un quai à l'écart de la foule des voyageurs agglutinés sous les deux monumentales marquises métalliques qui couvrent les voies, le train est de ferraille, de bois. ». C'est juste pour faire un bon mot. Loin de moi l'idée de dévaluer la prose de Serge Mestre. Curieux pourtant cet attrait pour les descriptions de matériaux.

 

 

Prix de « la fripe » à Laurent Mauvignier et « Des hommes » : « Il était plus d'une heure moins le quart de l'après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu'on ne montre pas d'étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu'il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l'une de ces cravates en Skaï comme il s'en faisait il y a vingt ans et qu'on trouve encore dans les solderies. ». Il pouvait lui aussi prétendre à la phrase la plus longue mais il a néanmoins séduit par la qualité de ses fringues « vintage ».

 

 

Prix de « la phrase qui ne veut rien dire quand on l'a lit toute seule » à Delphine de Vigan et « Les heures souterraines » : « La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. ». Ben oui, c'est bizarre, Delphine, une voix qui oscille à la surface, non ? Rassurez vous (ou pas), les autres phrases du roman sont on ne peut
plus concrète.

 

 

Et enfin mes deux phrases de début préférées. Celles que j'ai, paradoxalement, gardées pour la fin :

 

 


Prix « de la trouvaille érotique qui est à elle seule l'intérêt du bouquin »
pour « La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint : « Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. » Si on n'aime ni les chevaux, ni les aéroports, on peut gagner du temps en refermant le bouquin et attendre tranquillement le tome 4.

Plus tard.jpg 

 

Palme des palmes, prix spécial du jury que je compose à moi tout seul pour « La Délicatesse » de David Foenkinos avec : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). » Tout l'univers « délicat » est dans cette phrase improbable. Je cherche partout à définir au travers des visages de femmes que je croise l'archétype d'une
féminité suisse...

 

Nathalie.jpg 

 

Reste à décerner les palmes des meilleures phrases de fin.

 

 

Et vous, les lycéens, vous en êtes où, de vos délibérations ?

 

 

Alphonse Boudabard

(selectiongdl)

« Les heures souterraines » de Delphine de Vigan : « une vue imprenable sur l'ampleur du désastre »

09/11/2009

Les heures souterraines.JPG 

 

Je ne crois pas aux voyantes. Pourtant, si leur pouvoir était réel, quel serait l'intérêt de savoir à l'avance ce qui de toute façon va nous arriver, si l'on ne peut rien changer à une fatalité si fatale ? Pourtant, quand on a l'impression de ne plus avoir prise sur rien, on veut croire aux miracles qui changent la vie : gagner au loto, rencontrer le prince charmant ou s'en remettre aux pouvoirs présumés protecteurs d'une carte de jeu de Warcraft...

 

 

J'aime bien l'idée de décréter un jour donné (le 20 mai) comme point de départ d'un peut-être tournant de l'existence. Cette prise de conscience du fameux « premier jour du reste de ta vie » si chère aux hippies ou aux apprentis prophètes « new age » de tout poil.

 

 

Pour Mathilde, ce serait plutôt le coup de talon dans la vase qui lui redonnerait le chemin de la surface alors même qu'elle a l'impression que sa descente aux enfers ne s'arrêtera jamais. Aujourd'hui sera peut-être différent puisqu'aujourd'hui elle pense différemment. Et qu'elle y croit...

Thibault, quant à lui, a choisi au contraire de fuir ses fractures intérieures en se noyant dans la ville. Alors qu'il met fin à une relation passionnelle sans amour véritable, il se retrouve à son tour happé par le tourbillon de la grande cité. Comme deux échantillons de vie, deux cobayes de laboratoire, Delphine de Vigan nous donne a observer ces deux êtres qui se débattent dans leur vie quotidienne en plein Paris.

 

Hamster dans roue.jpg 

 

« Les heures souterraines » est un livre que l'on lit avec un sourire crispé aux lèvres si on a fait le choix d'habiter loin des villes. C'est en revanche un bouquin qui pèse sur l'estomac quand on sait qu'il faudra, dès le lendemain, reprendre la ligne 9 ou 1 ou A pour retourner travailler. Quel que soit l'endroit où l'on vit, on compatit à la situation extrême que vit Mathilde confrontée à la toute puissance d'un supérieur qui veut sa perte. Ce que décrit Delphine de Vigan nous touche droit au coeur. Et fait écho à l'actualité. Nous aussi nous avons un jour connu ce traumatisme d'une incompréhensible exclusion. Quelqu'un de notre entourage a déjà subit ces terribles pressions au travail ou ce quotidien compliqué que la ville n'arrange pas. Cet univers effrayant dont parle Delphine de Vigan avec la précision d'une ethnologue, aussi cruel et caricatural qu'il puisse paraître, reflète une réalité loin d'être exception.

 

 

Pour cela, « Les heures souterraines » est salutaire. Ironique juste ce qu'il faut pour nous donner le recul nécessaire. La petite touche de décalage pour transformer un drame existentiel (finalement si « banal ») en récit onirique à valeur d'exemple. Un phrasé nerveux qui mets le pouls au diapason de celui de ses personnages.

 

 

« Les heures souterraines » est un concentré du malaise urbain. Sa difficulté de se déplacer décemment, sa pression au travail amplifiée par la peur et la frustration, ses faux semblants dictés par les contraintes d'une vie qui laisse finalement peu de place à la personne. Et toutes ces heures gâchées à subir au lieu de vivre. Le triomphe d'un individualisme quasi criminel qui s'exacerbe dans un collectivisme effréné mais refusé. Lorsqu'ils sont trop nombreux à tourner dans la roue, les hamsters ne finissent-ils pas par se mordre entre eux ?

 

Quai de métro.jpg 

 

Faut-il affronter en bloc cette somme de contrariétés devenues insupportables ? La fuir ? La transformer ? Faut-il se battre ou au contraire négocier ? Faut-il subir ou se cabrer ? Comment reconnaître et différencier le salutaire signal du rejet à la manifestation de la folie ? Notre inaptitude supposée à vivre ce genre de situation nous désigne-t-elle comme victimes ou est-ce au contraire l'expression de notre éclatante humanité ? Et les sous-sols du métro parisien et les couloirs de l'entreprise se font terres de croisade, champs de bataille entre le bien et le mal, chemin de reconquête de la dignité humaine.

 

 

Une fois refermé, on a envie de brûler le livre de Delphine de Vigan pour exorciser cette somme de douleurs, ces plaies que l'on avait enfouies au fond de nous et qui se retrouvent, par sa faute, à vif. Puis l'on se demande ce que Mathilde et Thibault ont fait le 21 mai au matin. On a envie d'avoir de leurs nouvelles...

 

 

La ville est une grande roue qui carbure à l'énergie humaine et broie aveuglément dans sa course tout ceux qui n'ont plus la force de l'alimenter ou de la suivre. En surface comme en sous-sol.

 

 

Alphonse Boudabard

 

 

 

(selectiongdl)

"Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye : trois flammes insolentes

08/11/2009

Trois femmes puissantes.jpg

 

 

Pas facile de donner son avis sur un livre qui vient d'avoir le Prix Goncourt 2009. D'abord parce que face au prestige des membres de l'académie Goncourt, on se sent un peu petit et seul dans ses baskets. Ensuite parce qu'on a beau vouloir juger par ce qui nous fait vibrer au plus profond de nous-mêmes, on ne peut s'empêcher de se demander, en parcourant les lignes du roman, quelles sont les raisons qui ont poussé le jury à élire ce livre. Son sujet ? La façon dont il est écrit ? Ses personnages ? Les lieux de l'intrigue ?

 

 

Non. Pouf ! Pouf ! Revenons à nos moutons ! Après tout, j'ai commencé « Trois femmes puissantes » comme tout livre de la sélection 2009. Ce n'est pas de ma faute si entretemps il est devenu Ze « prix Goncourt 2009 ». Et puis ce qui nous intéresse, nous, c'est le Goncourt des Lycéens. Et notre propre jugement. Alors restons nous-mêmes...

 

 

« Trois femmes puissantes » n'est pas un roman mais un recueil de trois nouvelles. A priori sans lien entre elles. A priori car c'est à se demander s'il n'y a pas de correspondance entre ces trois histoires, une proximité géographique (entre France et Afrique), un voisinage physique des personnages, un croisement de destins, un même élan de vie ou plutôt de survie qui ne seraient pas anodins. Il n'y a pas de hasard, en littérature.

 

 

Marie Ndiaye évoque le destin successif de trois personnages ou plutôt de quatre. Après tout, les trois mousquetaires n'étaient ils pas quatre ? Norah, la sceptique avocate née en France qui retourne voir son père en Afrique et renouer avec ses souvenirs, Rudy homme perdu et éperdu de sa femme, la belle et douce Fanta et enfin Khady Demba, la fière, résolue à changer de vie quel qu'en soit le prix à payer. Leur point commun ? Opposer à l'adversité une inflexibilité propre à chacune.

 

 

Ainsi, « Trois femmes puissantes » raconte finalement la vie de trois femmes et d'un homme. C'est à la fois simple et compliqué. Comme la prose de Marie Ndiaye, en fait. De jolis mots dans des phrases qui n'en finissent pas. Des idées qui se laissent deviner au fil des phrases, écrites avec une encre qui, au lieu de disparaître comme sous l'effet de l'encre sympathique, deviennent au contraire de plus en plus visibles. Un fait est suggéré en début de page, comme une pointe de plume posée sur un coin de buvard. Est-ce un fait avéré, une pensée, un fantasme ou une supputation ? Au fil du récit, ce fait se précise, se concrétise. Comme la tâche qui imprègne petit à petit le papier au point d'envahir la page, le fait prend sa place dans le récit. Mais l'on garde quand même un doute : est-il réel ou rêvé ? Est-il possible qu'une buse attaque un homme (même très las) ? Certains hommes dorment-ils vraiment dans des flamboyants odorants ? Peut-on rentrer chez un architecte à la mode comme dans un moulin ? Ce flou assumé entre rêve et réalité nous plonge dans la fragilité des jugements humains, oscillant entre interprétation de la réalité et contradictions intérieures.

 

flamboyant.jpg 

 

Tout est dans l'interprétation des situations. Où finit la magie, où commence la folie ? Et si les gens n'étaient pas fous ou méchants mais qu'ils avaient une façon différente de percevoir « la » réalité ? Selon les choix qu'il fera, Rudy peut demeurer un brave type et regagner l'estime de Fanta ou devenir un assassin. Norah ne sera-t'elle pas plus forte à l'avenir en acceptant son passé ? Et quels choix auraient pu changer le destin terrible de la pauvre mais si entêtée Khady Demba ?

 

 

Marie Ndiaye nous plonge dans la pensée embrouillée de ses personnages. Comme eux, on retrouve la mémoire au fil du récit. Comme eux, on s'interroge et l'on suit les ressorts des décisions qui pèsent ou pèseront sur leur existence. Même les souvenirs deviennent à leur tour sujets à caution. Selon leur interprétation, ils seront gages de force et de confiance en l'avenir ou la pire des prisons intérieures. Et si l'on pouvait aussi tordre positivement les souvenirs pour en faire des armes de bonheur ?

 

 

Pour Marie Ndiaye, la folie et l'horreur sont si proches de l'amour et de la beauté que cela en est presque effrayant. Une évolution sur le fil dont chaque erreur de jugement peut nous précipiter du mauvais côté. Comme les fleurs du flamboyant que l'on peut imaginer éclatantes dans les cimes de l'arbre...ou pourrissant en de fétides effluves à son pied... Une simple façon de voir les choses, en somme.

 

Alphonse Boudabard

 

(selectiongdl)

Des franges et des livres...

06/11/2009

 

Céline et et ses copines du Lycée Professionnel Sonia Delaunay de Lomme (région Lilloise) nous font partager leur interview réalisée par Jean-Michel Lobry et ses journalistes pour l'émission « Ca Nous Parle » de la chaîne de TV WEO, « la télé Nord-Pas-de-Calais ».

 

CNP Prof_ Céline2.jpg

 

Comme de vrais pros, ils ont connu l'ambiance d'un plateau télé, les lumières qui éblouissent et chauffent la tête...et la boule dans le ventre au moment de monter sur le plateau... « Faut y aller ? C'est sûr, là ? »

 

Arrivée sur le plateau de CNP.jpg

 

Lycéennes LP Delaunay.jpg 

 

Une seule question me taraude depuis ces images : "la frange est-elle obligatoire pour être admise au LP Sonia Delaunay ?"

 

 

La séquence étant assez longue, vous pouvez zapper les sujets précédents en allant directement à la 24ème minute pour voir le début de l'interview...)

http://www.weo.fr/fr/Emissions/Ca-nous-parle/CNP-du-14-10-09

 

Comme quoi, il n'y a pas que les écrivains à passer sur le grill des journalistes.

 

 

Toutes les images de ce billet (rencontre des écrivains à la Fnac de Lille et interview plateau du Lycée Professionnel Sonia Delaunay) ainsi que celles du précédent sont extraites du reportage réalisé par WEO pour le magazine « Ca
Nous Parle » diffusé le 14 octobre 2009 sur le Goncourt des Lycéens, visibles à partir du lien précédent.

 

de vigan et Foenkinos.jpg 

On a pu ainsi croire que Ramzy était devenu écrivain. En fait, non, il s'agissait de ce coquin de David Foenkinos qui est quand même drôle, lui aussi...

 

Rencontre des Ecrivains Lille - Scène et lycéens.jpg 

Ambiance chaleureuse et proximité avec les auteurs pour cette rencontre du Nord...

 

 

Lycées assis Rencontre Lille.jpg

...même si certains ont regretté de ne pas être venus avec leurs piles de bouquins afin d'être mieux assis.

 

Et le goûter ? il était comment, le goûter ?

 

 

(lyceensgdl)

Dernière(s) ligne(s) (droites) pour le Goncourt des Lycéens 2009...

06/11/2009

 

Au moment où les choix se resserrent sur les écrivains pour la dernière ligne droite de ce Goncourt des Lycéens 2009 avec, en point d'orgue, la proclamation des résultats lundi 9 novembre prochain, il nous vient à l'âme un sentiment qui ressemble déjà un peu à de la nostalgie.

 

 

Bien sûr, il y a encore les débats, passionnants et passionnés sur les livres que l'on a aimés et que l'on souhaite défendre bec et ongle (et voix !) lors des derniers « rounds » de sélection.

 

Bien sûr certains, comme moi, profitent des derniers moments avant le grand jour pour finir la lecture des deux trois livres qu'ils avaient prévus vaille que vaille de lire pour se faire un avis...« avant ».

 

Pile livres.jpg

 

Mais la joyeuse magie de la lecture qui semblait sans fin, comme un début de vacances, a laissé place à une agitation frénétique d'échanges d'idées pour certains, à un vide étrange pour d'autres, moins concernés par ces discussions enfiévrées. 

 

Rencontre des Ecrivains Lille - Scène et lycéens.jpg

 

Loin aussi ces rencontres inespérées avec les écrivains, ces gentillesses d'auteurs à l'égard d'un public qu'ils savent spontané mais exigeant, ces délicieux goûters qui clotûraient chaque rencontre et que beaucoup ont apprécié (« il n'y a pas que la culture, dans la vie... »).

 

Rencontre des Ecrivains Lille - Scène et lycéens 2.jpg

 

S'éloigne aussi peu à peu ce sentiment d'être au coeur d'un événement qui touche la France entière (et le reste du monde francophone, aussi). Cette impression renforcée par l'intérêt que les journalistes des différents médias portent au « sujet » du Goncourt des Lycéens 2009. 

 

Plateau CNP.jpg

 

Après avoir soumis les écrivains à la question, certains d'entre vous ont ainsi, à leur tour, retenu l'attention des médias. Invités sur les plateaux de télévision, dans les studios de radio, interrogés pour la presse écrite ou électronique, vous avez joué le rôle éminent de témoin de la vie du Prix Goncourt des Lycéens 2009, mais aussi (et surtout) de critique littéraire. Car telle est bien en réalité votre grande mission dans cette exceptionnelle aventure. Etonnant, ce passage de l'autre côté du miroir, non ?

 

Arrivée sur le plateau de CNP.jpg

 

A se demander si, au Goncourt des Lycéens, au lieu des écrivains, ce ne seraient pas les lycéens les vraies stars ?

 

Alphonse Boudabard

 

 

(lyceensgdl)

Le prix des "grands" pour "Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye

02/11/2009

Les "grands" du Goncourt ont élu le livre de Marie Ndiaye "Trois femmes puissantes" pour le prix Goncourt 2009.

http://www.academie-goncourt.fr/

Un livre que j'ai commencé ce week-end. Difficile donc d'avoir encore un avis même si je peux dire que j'apprécie le style de Marie Ndiaye. Je vous donnerai mon point de vue très bientôt.

Bravo dans tous les cas à Marie NDiaye.

Et vivement lundi prochain pour la proclamation du 22ème Prix Goncourt des Lycéens !!

Vite, vite, le temps de lire encore quelques livres avant cette date.

 

La vérité si je m'en...nuie.

21/10/2009

Urgence et vérité.jpg 

 

Les titres des livres correspondent la plupart du temps à leur contenu. « Annuaire de la Poste », « Grand dictionnaire de la langue française », «Les meilleures recettes de cuisine à l'ancienne », « Devenez prof de math en 10 leçons »...  Même si, bien sûr, le résultat de la promesse faite en couverture n'est jamais garanti, ils évoquent en tous cas clairement le thème qu'ils vont traiter.

 

Dans la littérature, c'est à peu près pareil. Sauf que parfois, l'auteur ou son éditeur, mu par une pulsion facétieuse, joue avec les mots. Décalé, incompréhensible, contextuellement incorrect, le sens du titre peut paraître complètement hermétique à l'intelligence...jusqu'au moment précis de la lecture où l'on capte l'allusion, la pirouette, le jeu de mot, la révélation qui fait enfin dire, je cite : « ah ben oui, trop fort ! ». Et peut parfois transformer un roman un peu linéaire en ouvrage culte.

 

Et puis des fois, le livre se termine sans que rien ne nous ait éclairé sur le mystère du titre. De temps en temps, c'est fait exprès. Comme Patrice Pluyette et son livre « La traversée du Mozambique par temps calme » qui s'était amusé, l'an dernier, à brouiller les pistes (pourtant déjà bien sinueuses) de son aventure...qui ne se passait pas en Afrique. Au grand damne, je suppose, de son éditeur :
« Bonjour, madame, auriez-vous « La traversée du Zambèze par beau temps », s'il vous plait ? Non ? « La croisière du Bosphore au mois d'août », peut-être ? C'est pas ça ? « La remontée de l'Oubanguie par Tantale », non plus ? Oh et puis donnez moi « Notre Dame de Paris », ce sera plus simple. » (quoique).

 

Mais les plus décevants de tous, ce sont justement ces titres « qui ne veulent rien dire du tout ». Même une fois le livre refermé. On comprend vaguement le rapport mais sans plus. Quelque chose nous aurait-il échappé ? Où alors est-ce que ça ne sentirait pas un peu l'arnaque ?

 

Les auteurs ne sont pas des historiens ni des journalistes ou des juges. Ils ne sont pas tenus de dire la vérité mais « leur vérité » ce qui est différent. Et puis ils ont des éditeurs qui entre deux déjeuners avec des Zauteurs Zusent de psychologie auprès d'eux pour les « induire en marketing » :
« Tu devrais trouver un titre un peu sexy, qui dise des choses sans en dire trop, une brachylogie ou une anaphore, un genre de coquecigrue intrigant (qui s'écrit aussi « coxigrue » mais pas quand on parle à table) pour attirer le lecteur... ». Car les éditeurs aiment bien montrer à leurs auteurs qu'ils connaissent eux aussi des mots compliqués qui veulent quand même dire quelque chose (en principe).

 

Alors bien sûr, quand dans le titre d'un livre, il y a le mot « vérité », nos récepteurs « véritophiles » se mettent en alerte. Et l'on guette les annoncés moments de vérité.

 

« La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint m'a laissé sur ma faim ou sur sa fin.

 

Quand le roman s'ouvre sur le malaise d'un des personnages, on est forcément inquiet pour sa santé. Avec la manie qu'ont les auteurs de la sélection 2009 à faire mourir leurs protagonistes en début de roman (ou à les enterrer), on se fait forcément du souci. Et l'on a raison. Certes, n'étant ni urgentiste, cavalier ou pompier, j'ai appris plein de choses sur la façon de ramener à la vie un homme effondré sur la moquette d'un appartement parisien, capturer un cheval enfui sur un tarmac nippon ou fuir un feu de forêt.

 

Mais sur Marie ? Rien !

 

Bon allez, si. Grâce aux longues descriptions méticuleuses de Jean-Philippe Toussaint, on sait que Marie ramenait vingt-trois bagages de Tokyo (contre 140 kilos à l'aller nous dit-il) dont on connaît la forme et la couleur. Elle ne ferme jamais ses sacs et déteste être commandée, y compris dans les moments critiques (genre infarctus, incendie ou pire, évasion d'étalon sur piste d'aéroport japonais). Elle ne sait naturellement pas où elle range ses affaires ou plutôt elle les retrouve toujours dans le dernier endroit où elle les cherche. Bref, que Marie est une emmerdeuse ; en dehors du fait qu'elle aime se baigner nue. Mais pas folle, c'est elle qui garde le masque de plongée. On se demande ce que Jean-Philippe Toussaint peut bien lui trouver pour consacrer cent quatre vingt treize pages à ses retrouvailles avec elle.

 

Et l'on termine le livre comme on l'a ouvert : à chercher ce que Jean-Philippe Toussaint a bien voulu nous dire ? Pas de révélation sur Marie donc, mais des descriptions pointilleuses de tout ce qui ne bouge pas. Pas de grande histoire d'amour enfiévrée mais des tièdes retrouvailles de circonstance en conclusion de péripéties presque trop folles pour être fausses. C'est peut-être ça, la trouvaille : le récit d'une histoire d'amour molle.

 

La vérité sur Marie ne serait pas, nous dit l'éditeur au dos du livre,  « à proprement parlé une suite mais un prolongement » de « Faire l'amour » (2002) et « Fuir » (2005). Soit. Mais nous, en ouvrant « La Vérité sur Marie », on a déboulé directement au milieu du salon avec le SAMU, sans savoir qu'on avait raté deux épisodes avant. Qu'on était au coeur d'une saga, en somme. Alors, on a fait comme les hommes en blanc : on a écouté ce qu'on avait à nous dire et puis on est sorti. Et on ne saura jamais qui était vraiment cette Marie...

 

Alphonse Boudabard

 

 

P.S.1 : J'ai emprunté et honteusement truqué la couverture du livre « 15 SAMU » de Théo pour les photos et Franck Garden-Brèche, un ouvrage d'auteur et photographe qui met en lumière le travail surhumain des urgentistes.

 

 

P.S.2. : Sur la page Facebook consacrée au Prix Goncourt des Lycéens, il y a un quizz amusant pour « savoir quel livre tu es » ? Après tout, pourquoi pas.

 

(selectiongdl)

Quelques mots sur vos commentaires...

20/10/2009

 Ecran blog des lycéens.JPG

 

Vos commentaires tombent en cascade et sont une belle expression de ce que vous vivez dans ce Prix Goncourt des Lycéens 2009. Après tout, on est là pour ça : se faire plaisir et le dire...ou ne pas apprécier...et le dire aussi, d'ailleurs !

 

Quelques remarques quand même :

 

1) ABANDONNEZ LA RUBRIQUE « SUJET » quand vous postez. NE METTEZ RIEN DEDANS et surtout pas le titre du livre dont vous voulez parler car il n'apparaîtra pas dans votre message. On ne saura donc jamais de quel livre il s'agissait. Mettez donc le titre du livre dans votre commentaire.

 

2) NE RACONTEZ PAS L'HISTOIRE !!!! A bas les résumés qui vous sont peut-être demandés en classe mais gâche le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu le livre en question et veulent découvrir l'intrigue en le lisant. Dites ce que vous aimez ou n'aimez pas. Expliquez pourquoi mais ne résumez pas le livre. Faites comme pour les films que vous racontez aux copains : vous dites ce qui était bien, vous racontez quelques scènes « mythiques » mais vous ne racontez pas la fin, si ? Ce serait trop dommage ! Faites en sorte de donner aux autres l'envie de lire les livres qui vous ont plus...où d'expliquer le mieux possible pourquoi vous les déconseillez.

 

3) Evitez le style télégraphique : trois mots du style « trop long, chiant, inutile ». On a plus de place que sur un SMS, profitez en !
 

 

Sinon, je vois que ça bouge bien aussi du côté des rencontres avec les écrivains. Et c'est bien. Profitez de ces moments uniques. C'est pas tous les jours qu'on a des auteurs en chair et en os rien que pour nous à cuisiner !

 

Et c'est vrai que c'est quand même mieux d'avoir lu leurs livres avant. Ca permet de poser des questions et/ou de comprendre les réponses à celles posées par les autres. D'un autre côté, certains écrivains donnent parfois envie de lire leurs livres après qu'on les ait entendu en parler. Les caractères des écrivains que l'on apprécie sur scène se retrouvent quelquefois dans leur écriture. Mais pas toujours : un auteur très sympathique et vivant en public peut se révéler d'un ennui mortel dans sa prose. Et inversement. Car écrire et parler en public n'est pas le même exercice. Et la timidité nuit gravement à l'image des écrivains...

 

Mais c'est aussi ce décalage qu'il est intéressant d'apprécier à l'occasion de ces réunions. Moi qui ait tendance à idéaliser les auteurs, ces esprits qui transforment les mots en histoires, en blocs de papiers voire en rangées de bibliothèque, j'aime bien découvrir leur parcelle d'humanité. Quand je les vois, je ne peux m'empêcher de me dire : « Alors c'est de cette tête là qu'est sortie telle ou telle histoire ? ».

 

Et j'adore la question « Mais comment vous est venue cette histoire ? ». Qui répondra « sous ma douche », « dans le bus » ou « chez le boucher » ? C'est toujours à la suite d'une « réflexion profonde », d'une « rencontre fantasmatique », d'un « voyage quasiment parfait ». Car la fabrication du rêve aussi doit faire rêver.

 

La question qu'ils n'aiment pas, en général, c'est : « c'est autobiographique, votre histoire ? ». Parce que ça supposerait qu'ils ont « juste recopié » leur propre vie au lieu d'inventer complètement une histoire originale. Un affront pour un « imagineur d'histoires professionnel ». Où alors ne veulent-ils pas que leur mère sache qu'ils ont vraiment fait des choses pareilles ?

 

Bref, l'écrivain est une créature mi-homme mi-roman qu'il convient de ménager sur scène afin qu'il vous livre le meilleur de lui-même. Car une foule de lycéens curieux est plus impressionnante qu'un ordinateur.

 

Et je sais de quoi je parle ! Continuez à nous faire partager vos expériences de lecture et vos rencontres avec les écrivains. Car nous n'aurons pas tous la chance d'entendre leur voix.

(lyceensgdl)

L'amour, c'est comme une étagère IKEA

18/10/2009

Millefeuille et clés ikéa.JPG 
 
D'abord il y a ces grandes histoires d'amour, les belles, les romantiques, celles des contes, des films et des chansons. Des gens beaux rencontrent d'autres gens beaux. Ils se plaisent tout de suite ou pas (tout de suite). Ils ont des petits soucis dans leurs jolies vies quotidiennes qui les amènent à se (re)trouver pour toujours et à s'aimer toute la vie. Avant ça finissait par « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Dans les histoires modernes, c'est plutôt « ils vécurent longtemps heureux, comme ça, libres de se dire oui chaque matin».
 
Et puis il y a nos histoires d'amour à nous, celles de la vraie vie. Elles commencent devant des machines à café, chez des amis ou à des fêtes. Leurs protagonistes (nous !) y sont moins apprêtés, moins bien coiffés. Les décors sont moins parfaits, les histoires un peu plus terre à terre. Pas de quête chevaleresque ou de gentilles tracasseries qui finissent bien, ni d'attendrissants emmerdeurs qui deviennent de charmants amis. On a beau être emportés par la magie de l'amour, on doit quand même descendre les poubelles, faire la queue à la Poste, passer à la pharmacie et surtout ne pas oublier de prendre du pain. Le bon « happy end » au générique de la vraie vie (qui est le plus souvent provisoire ou « to be continued »), c'est plutôt « Ils se pacsèrent et essayèrent de faire un enfant ».
 
Entre la vision idéalisée des romans et notre réalité vécue, il faudra désormais compter sur un troisième type de rencontres amoureuses : celles de « La délicatesse » de
David Foenkinos. Des histoires à la fois romantiques, concrètes et loufoques qui ne marchent pas à tous les coups. Lui dirait : polonaises, suédoises et un peu roumaines. Car il aime, dans son livre, classer les gens et les situations selon les stéréotypes supposés des ressortissants des pays européens. Et l'amour, pour lui est comme une étagère IKEA, à géométrie variable : elle se monte, se démonte, peut retourner dans son carton le temps d'un déménagement puis recommencer une nouvelle vie, dans un autre salon, sous une nouvelle forme, grâce à celui qui aura trouvé la petite clé pour tout ré-assembler à sa façon... Un amour recyclable, en quelque sorte, à la mode suédoise. Et un peu suisse, aussi.
 
Comme la sensation d'une bouchée de mille-feuille alterne légèreté croustillante et crème pâtissière fondante, David Foenkinos entrecoupe son récit de courts chapitres censés traduire l'ambiance ou l'état d'esprit du moment : résultats d'une journée de championnat de France de football,  dialogues de films, paroles de chansons, recette du risotto et même posologie du Guronsan... Tels les objets du quotidien que l'on insère et oublie dans les pages d'un livre et qui datent sa lecture (billet de transport, fleur séchée, carte postale, coupure de presse...), ces signets rédactionnels un peu absurdes laissés à loisir par David Foenkinos plongent le lecteur dans l'atmosphère millésimée des événements qu'il décrit...ou dans une certaine perplexité. Une illustration parfaite en tout cas du « style Foenkinos » qui entremêle avec entrain fiction romanesque, tranches de vie ordinaires et surréalité.
 
D'ailleurs David Foenkinos est un drôle de bonhomme. Sous des airs de ne pas y toucher, il nous livre avec « La Délicatesse » un roman certes amusant, mais aussi plus profond qu'il n'y paraît sur la quête de l'amour et les différentes voies que l'on emprunte pour le trouver. Avec Monsieur Foenkinos, la mort peut faucher à la 321ème page d'un livre en cours de lecture (à la page 35 du sien) , comme ça, sans prévenir, en laissant une dernière image ridicule à l'être aimé survivant. La délicatesse, pour lui, c'est quand les (jolies) filles embrassent sans crier gare leur collègue de bureau « au physique désagréable » (à la page 72) qui, eux, doivent leur demander la permission (page ? ). La délicatesse, c'est un poing dans la gueule du patron pour fuir les ragots de bureau et se réfugier...à Lisieux (cette belle commune du Calvados dont la patronne Sainte Thérèse est la si joyeuse représentante). La délicatesse, c'est une « féminité suisse » qui rencontre la « langueur suédoise »... Mais un auteur qui se plaît à écrire « mais bon » peut-il vraiment avoir mauvais fond ? Non, bien sûr.
 
« La délicatesse » a la légèreté des comédies romantiques qui font s'aimer deux protagonistes au gré de la fantaisie de l'auteur. Mais sous le prétexte goguenard de capter un peu l'air du temps, David Foenkinos dévoile avec justesse comment l'amour, cette énergie humaine vitale que l'on croit parfois tarie par l'absence et la douleur, peut rejaillir d'une vigueur retrouvée. Une démonstration tout en finesse au milieu d'un monde volontairement absurde. Une belle forme de délicatesse.
 
Alphonse Boudabard

(selectiongdl)

L'ombre d'un père ou la mémoire qui résiste

15/10/2009

Monument aux morts.jpg

 

Quand un livre commence par un enterrement, on sent tout de suite que l'atmosphère qui est posée en même temps que le décor ne sera pas folichonne. Surtout lorsqu'elle s'imprime sur fond de ciel plombé et de pluies incessantes. Alors, quand Sorj Chalandon évoque la mémoire de son père dans ses premières lignes, avec des phrases courtes et épurées comme il les aime, on a la gorge qui se noue, la boule de granit qui bloque dans un coin du ventre, les yeux qui s'enbrument. Car les mots de Sorj Chalandon nous parlent directement au dedans. A nous qui sommes aussi des fils ou des filles, avec des bouts d'enfance qui collent à nos coeurs comme des sucettes au fond des poches. Notre père, qu'il soit aux cieux ou pas, est toujours le héros des moments que l'on a partagés avec lui jusqu'à devenir l'homme ou la femme que nous sommes. Nous, c'est un peu lui. Et pour tout cela, il est et restera pour toujours « l'homme le plus fort du monde ».

 

La chance de ma génération est de n'avoir toujours vu la guerre qu'à la télé. De pouvoir s'émouvoir à grands cris de la laideur du monde et de ses responsables sans avoir à prendre le risque de tout perdre. Sans avoir à « résister » vraiment; de cette résistance qui fait boire la tasse dans des baignoires ou parfois perdre la vie un matin blême de Mont Valérien. Cette Résistance avec un « R » majuscule.

 

Parce qu'on est en paix, on peut trouver moches les monuments aux morts. Ridicules les vieux tremblants et médaillés qui s'y raccrochent les jours de commémoration. Tristes les « compagnons du souvenir », seuls survivants d'un passé dont on voudrait se passer.
Parce qu'on est nés libre, on peut oublier les gens ordinaires qui ont été, le temps d'une vie, moins égoïstes et plus courageux que nous. Ces anonymes qui ont combattu dans l'ombre afin que tous les crétins de notre espèce « puissent s'amuser sur tous les monuments aux morts » comme le dit si bien Sorj Chalandon. Nous avons été préservés aussi  de ces après guerres de règlements de comptes et de ces partages nets du monde en deux camps opposés apparemment hermétiques, celui des héros et celui des misérables. Sorj Chalandon nous rappelle avec émotion que des pères sont revenu de ces temps gris.

 

Alors que doit-on retenir de son père ? La mémoire du père doit-elle vivre au travers de sa propre histoire ou de celle de ses enfants ? Qu'est-ce que finalement le véritable héroïsme ? Doit-on être à l'origine d'actes exceptionnels pour mériter de figurer dans la mémoire de ses proches ?

 

A petits pas, à petits mots, Sorj Chalandon tisse les palmes de la gloire de son père avec la trame du récit de celle d'un autre. Dans les tourments d'un fils à la recherche de la mémoire de son père, il nous entraîne dans une quête où le mythe côtoie l'Histoire et les tréfonds de l'âme humaine. « La légende de nos pères » célèbre l'amour filiale et dévoile le véritable héroïsme, celui qui sublime les heures sombres des gens ordinaires. Il interroge sur la place du souvenir et de sa transmission dans la vie et l'histoire des hommes.

 

Un bouleversant hommage au difficile mais essentiel travail de mémoire, que chaque héritier de la vie de son père devra faire un jour pour mériter à son tour le nom d'homme.

 

Alphonse Boudabard

 

 

 

(selectiongdl) 

Vous reprendrez bien un peu de livre...

13/10/2009

Boite de chocolats rose et jaune.jpg

 

Je relis certains de vos commentaires et notamment celui de Cindy du Lycée Professionnel Sonia Delaunay.

 

Pour paraphraser Forrest Gump qui citait lui-même sa maman, je répondrais :
"La sélection du Prix Goncourt des Lycéens, c'est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber..."

 

C'est vrai que la fin d'un roman qu'on a aimé gâche parfois le début du suivant tant elle est encore présente dans notre esprit.

 

Une image qui reste quelques fractions de seconde sur un écran après extinction ou dans le fond de l'oeil après éblouissement s'appelle "rémanence". Une sensation très semblable à celle que l'on éprouve une fois le livre refermé. La mémoire garde encore un peu en réserve les personnages, le style de l'auteur, un dénouement surprenant, l'histoire achevée qui nous laisse seul...

 

Comme un plat trop savoureux affadirait le goût du suivant, on peine à entrer dans l'histoire de « l'autre » livre, à percevoir la subtilité stylistique de son auteur, à s'attacher à ces inconnus dont on nous parle. Puis peu à peu, l'histoire d'avant s'estompe. Et l'on succombe aux charmes de ces visiteurs inattendus qui s'imposent finalement.

 

A moins de regretter quand même le précédent. Ce qui arrive aussi.

 

Alphonse Boudabard

 

 

 

(lyceensgdl)

 

 

Dominique A se livre...

13/10/2009

doma.jpg

 

Le Prix Goncourt des Lycéens est l’occasion de te frotter à l’écriture d’auteurs dont tu n’aurais peut-être jamais entrouvert les pages ni peut-être entendu le nom sinon. C’est aussi le moyen de faire des rencontres autour des livres et d’entendre d’autres gens te parler de leur rapport à la littérature.

 

Sur le site consacré au Goncourt des Lycéens 2009, tu as peut-être déjà vu quelques vidéos de personnalités du monde artistique et des media comme Mickey 3D, Christian Olivier des Têtes Raides, le D.J. Wax Tailor ou le journaliste Ali Baddou. Je te laisse découvrir les autres au fur et à mesure de l’aventure.

 

Certains artistes, trop loin pour être « capturés » par la vidéo, nous enverront leurs réponses par écrit que je vous retranscrirai dans mes billets.

 

Aujourd’hui, c’est Dominique A qui inaugure la formule. Une belle première, non ?

 


1- Quel est votre rapport à la littérature aujourd'hui ?

Un rapport toujours rapproché: je me rends régulièrement en librairie pour découvrir ce qui sort, et j'achète toujours beaucoup de bouquins "à l'aveugle" si j'ose dire; en lisant les premières lignes d'un livre pris au hasard, je vois tout de suite si je "bute" ou pas dans la lecture, si le rythme des phrases me plait ou me rebute. Je lis essentiellement des contemporains, de tous pays. C'est le domaine artistique qui me nourrit le plus, au delà même de la musique, qui m'apporte les émotions les plus fortes.

 

2- Quels souvenirs de lectures gardez-vous de vos années lycée ?
Très très vague en littérature; je lisais à cette époque essentiellement des bandes dessinées, dans des revues come Métal Hurlant et A suivre. Je me souviens davantage de deux romans lus au collège: "93" de Hugo, parce que je ne crois pas avoir le souvenir d'un livre plus emmerdant, plus à même de dissuader un gamin de lire, et "Le Grand Meaulnes", qui, par contre, m'avait complètement embarqué: j'adorais et j'adore toujours la brume qui enveloppe le récit.



3- Si vous deviez recommander un livre aux jurés du Goncourt des lycéens, lequel serait-il ?

Si c'est un livre sans rapport avec la production de cette année, je dirais "Gioconda" de Nikos Kokantzis, un livre autobiographque écrit dans les années 70, et qui raconte l'histoire d'amour de deux adolescents pendant la seconde guerre mondiale: une histoire hantée par la prescience de sa brièveté, et qui a hanté le narrateur toute sa vie, un livre d'une grâce absolue, sans doute le plus bouleversant que j'ai lu. Plus récent, "Les Onze" de Pierre Michon, qui a fait à juste titre l'unanimité, et qui est d'une exigence d'écriture assez phénoménale.


4- Qu’auriez-vous envie de dire aux jeunes jurés du Goncourt des lycéens ?

Hormis bon courage, seulement citer une des mes phrases favorites, de l'artiste Robert Fillioud: "L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art".

 

 

(positifgdl)

 

Les lycées dans le Goncourt 2009, c'est la grande classe !

07/10/2009

IMGP6848bis.jpg

 

Les classes se mobilisent pour vivre à leur façon ce Prix Goncourt des Lycéens 2009.
Dans les commentaires, le Lycée Vauvenargues (la 2nde4, hein ?), Benjamin Franklin ou encore Georges Brassens (la 2nde7, n'est-ce pas ?) ont pris les choses en main. Sans oublier le Lycée Sonia Delaunay qui a été parmi les premiers à poster (merci Aurélie et Céline !).


Un autre lycée, qui porte bien son nom, a carrément décidé de mettre son savoir-faire (et son enthousiasme !) au service de la promotion de l'évènement : Le Lycée Professionnel L'Initiative.

 

LP L'initiative - Bibliothèque.jpg

La première Bac Pro Commerce A a mis les bouchées doubles pour recevoir les livres de la sélection 2009. Dessins thématiques inspirés des titres, journal éphémère, interview des élèves, que de créativité...et d'initiative, donc. Bravo à tous !

 

Oui, les amis, les livres sont de magnifiques sources d'inspiration lorsqu'ils sortent de la bibliothèque ; même si, bien sûr, vous êtes tous beaux, très sages sur la photo de la bibliothèque de votre lycée (au passage, l'ami assis à la table au deuxième rang va très certainement maudire celui qui, debout, tient son livre ouvert : malgré tes efforts, il t'aura fait rater ton quart d'heure de gloire...La prochaine fois, prend la place de « James Bond » au premier rang !).

 

J'aime bien aussi le personnage dessiné. Il est un peu mon portrait robot en pleine lecture  pour le Prix Goncourt des Lycéens... C'est un scoop. Comment avez vous fait ?

 

Bonhomme GDL2009 Lycée Initiaive.jpg

 

Quoi qu'il en soit, cette initiative du Lycée (héhéhé) méritait d'être saluée.

 

Je publie ci-dessous le premier billet de leur journal spécial consacré au Prix Goncourt des Lycéens 2009 ainsi que l'interview qu'ils ont réalisée.

 

« Bonjour à tous et bienvenue dans la bibliothèque privée du lycée L'Initiative. La section commerce vous propose un assortiment large et profond d'ouvrages qui plairont à tous petits et grands. Il y en a pour tous les goûts : ceux qui aiment l'histoire seront heureux de parcourir « Des hommes », « les pieds sales » et « Alias Caracalla » Pour les plus sensibles nous avons de quoi vous faire plonger dans un océan d'émotion avec « 3 femmes puissantes », « Mauvaise fille » et de nombreux titres qui attendent de vous faire vibrer...

 

Vous aimez vous identifier aux personnages de vos lectures ? « Les heures souterraines », « La vérité sur Marie » ou encore « La délicatesse » seront tels un miroir dans lequel vous verrez votre reflet. Pour Rose, Violette et Vera, la famille c'est sacrée et l'histoire qu'elles vont vivre apportera sans doute beaucoup de réponses, de réconfort, de larmes et de joie aux chanceux lecteurs qui feuillèteront leur surprenante et singulière aventure. Alors surtout ne vous battez pas, il y en aura pour tout le monde.


Et puis bonne lecture... »

Les vendeurs du prix Goncourt
Lycée L'Initiative
Première bac pro Commerce A

 


L'interview des Lycéens de L'Initiative par les lycéens de L'Initiative :

Avant la remise des livres par la Fnac, le groupe de journalistes en herbe interroge la classe, les élèves et les professeurs présents.

 

Quel effet cela vous fait-il de participer à ce concours ?
C'est un grand sentiment d'honneur, de reconnaissance et de fierté car tout le monde n'a pas la chance de participer à ce concours.

 

Êtes-vous satisfait des différents livres proposés ?
Bien sûr, dans l'ensemble nous avons tous trouvé un livre qui nous plaît, bien que beaucoup soient centrés sur le thème de la guerre et de l'histoire.

 

Y a-t-il un titre de livre qui vous attire ?
Les livres qui ont plus attiré les élèves sont : « Mauvaise fille », « La vérité sur Marie », « Trois femmes puissantes » et « Les heures souterraines ».

 

C'est la première fois que vous participez à un concours avec une classe, qu'est-ce que cela vous fait ?
C'est la toute première fois que l'on participe à un tel concours et c'est un immense plaisir.

 

Pensez-vous que cela est bénéfique pour votre apport culturel ?
Absolument. Cela nous permet de lire des livres choisis en fonction de nos goûts, ce qui permet de nous instruire, de nous cultiver, de connaître des auteurs contemporains que nous n'aurions peut-être pas lus.

 

Les élèves de Première Bac Pro Commerce, Lycée l'Initiative, Paris.

 

Merci encore les amis (et merci aussi à vos enseignants qui sont « sans doute un peu » pour quelque chose dans la réussite de ces beaux projets). Continuez. Les autres, n'hésitez pas à me faire part des actions que vous menez à l'occasion de ce Prix Goncourt des Lycéens 2009...ou tout simplement la façon dont vous le vivez dans votre lycée.

 

Bon, si je comprends bien, il ne me reste plus qu'à retourner au lycée passer un bac pro...

 

Alphonse Boudabard

 

(lyceensgdl)

 

 

Juste avant le grand plouf...

04/10/2009

Livraison livres Goncourt 2009.JPG

 

Le deuxième emballement du coeur, après la publication de la liste de la sélection, se produit à la réception des livres. Le moment où ton GDL à toi commence vraiment.

 

Ca y est, les quatorze fascicules de cette année sont sur ma table.
Je les regarde, je les touche, je les respire.

 

Au-delà des modes et des avancées technologiques, un livre neuf reste un incomparable objet de convoitise et de fascination : la texture de sa couverture qui crisse sous les doigts, ses flancs blancs aux pages massicotées de frais* et cet indescriptible mélange odorant d'encre et de papier...

 

Certes, après lecture, chaque exemplaire aura perdu un peu de cette enivrante fraîcheur. Mais comme un vieux jean porte dans son usure le souvenir des bons moments passés, les rides particulières de chaque livre témoigneront de notre rencontre. Un pli sur la couverture, un peu de sable, un marque-page improvisé perdu au milieu des pages, une fleur ramassée quelque part, un ticket de train ou de métro, un cheveu ou un insecte coincé là, une tâche de vin ou de café, le froissement d'une feuille trahiront des instants de lecture, leurs lieux ou l'état d'esprit du moment.

 

J'aime retrouver dans mes livres ces petits indices de vie qui rendent unique chaque tome de ma bibliothèque. J'aime aussi découvrir dans les livres achetés d'occasion ces traces indiscrètes de la vie de leurs lecteurs. Quelques lignes naïves griffonnées sur un coin de journal, le bordereau d'une livraison effectuée en 1973, une publicité kitsch pour une bibliothèque « révolutionnaire » ou une auto déjà disparue, la photo cornée d'un chien (si si !), des étiquettes de produits divers, de bonbons, des images désuètes de tablettes de chocolat collées sur un bristol et toujours ces tickets de transport, signes de voyages... Le livre devient messager du temps, substrat presque archéologique retenant dans ses strates numérotées les témoignages de ses alternatifs visiteurs...

 

Dans la poudreuse immaculée de ces livres tout neufs, à moi de faire ma propre trace.
Suffit la contemplation, place à l'action !
Voyons maintenant ce que ces bouquins ont dans le ventre...

 

 

 

*A bien y (re)réfléchir, Jipéhu, je reste un puissant fanatique de cette coupe franche. A la française dirais-je même, pour reprendre un terme jardinier, par opposition à cette impression de jardin « à l'anglaise » que pouvaient laisser les flancs irréguliers des livres brochés d'antan découpés au coupe papier par le lecteur (cf. notre échange de commentaires du billet « début »). Et pourtant, il est rare que je trouve dans les innovations de notre présent des sources d'amélioration de notre art de vivre. Comme quoi...

 

 

 

Alphonse Boudabard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(positifgdl)

 

 

 

 

 

 

 

Sans vouloir tirer la couverture à moi...

01/10/2009

... je suis ce qu'on appelle un « mec bourré de préjugés ».

 

Sans doute parce que mon imaginaire ne s'arrête jamais. Et qu'il se plaît à anticiper ce qui va se passer, tente de déceler les parcelles de magie que le futur me réserve. Une façon agréable de se réjouir des événement à venir et de vivre plusieurs fois les moments importants. Une fois en rêve, une deuxième fois « pour de vrai » et une troisième fois en comparant jugement a priori et réalité vécue. Loin de fermer hermétiquement l'esprit à la nouveauté comme pourrait le faire le « mauvais préjugé », cet état d'esprit aiguise au contraire la perception de la réalité et l'attention aux détails. Une vision « extralucide » qui pousse parfois à des voyages un peu surréalistes, lorsque, par exemple, fiction et réalité se côtoient. Mais qui, toujours, garantit de belles surprises par delà les sentiers battus. Les plus belles rencontres sont celles qui m'ont permis, justement, de modifier mon jugement initial pour une réalité encore plus belle. Car je suis un mec bourré de préjugés qui adore changer d'avis.

 

Je n'ai pas encore reçu les précieux livres de la sélection 2009. Et je ne souhaite pas, pour l'instant, approfondir davantage ma connaissance de ceux-ci afin de ne pas orienter mon jugement. Faute de mieux, je relis donc les titres des livres de la sélection pour essayer de découvrir ce qu'ils cachent. Ils sont un voyage à eux tout seul.

 

J'aime bien « Les pieds sales » d'Edem Awumey. Un clin d'oeil plein d'humour, sans doute, au livre de Jean-Paul Sartre dont le titre évoquait d'autres extrémités avec « Les mains sales » certes moins odorantes.

Plusieurs couvertures citent de façon générique l'homme, la femme ou leur pluriel. Une façon de se caler dans l'absolu ? « La légende de nos pères » de Sorj Chalandon, « L'homme qui m'aimait tout bas » de Eric Fottorino , « Mauvaise fille » de Justine Lévy, « Des hommes » de Laurent Mauvignier, « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye. Ce dernier titre me fait un peu peur...

 

D'autres sont remplis de la promesse d''une révélation sur quelqu'un clairement nommé : « La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint ou « Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé. On peut aussi mettre dans ce classement à l'emporte-pièce « Alias Caracalla » de Daniel Cordier et « Jan Karski » de Yannick Haenel. La blogosphère a bruissé quelques instants de l'interrogation essentielle : le titre du roman de Yannick Haenel : « Jan Karski » s'écrit-il « Karski » ou « Karsky » ? Grave affaire ! Serait-ce un truc d'agent littéraire pour faire parler un peu de son livre avant tout le monde ? (c'est un livre du Seuil, l'année dernière qui avait fait le coup du lapsus avec « Patrick » Pluyette prénommé en fait Patrice. Quand on connait le personnage, on a du mal à croîre à la préméditation ...). Nous, on voudrait plutôt savoir : « La vérité sur Marie », d'accord. Mais Marie qui ?

 

Deux titres évoquent le clair obscur : « La lumière et l'oubli » de Serge Mestre et « Les heures souterraines » de Delphine de Vigan. Je suis d'accord avec Noémie dans son commentaire précédent : ces titres ne respirent pas foncièrement la joie de vivre. A nous de découvrir quel éblouissement cachent les couvertures...

 

Restent deux livres dont les titres m'inspirent justement par la promesse positive qu'ils semblent véhiculer :

 

« La Délicatesse » de David Foenkinos et « Le club des incorrigibles optimistes » de J.M. Guenassia. Des tonalités douces amères qui, à bien y réfléchir, cachent peut-être un propos pas forcément débordant de gaieté (mais on a l'habitude des contrepieds des écrivains). Qui lira saura...

 

Voilà pour ce premier aperçu inutile de la sélection 2009. Dès réception des ouvrages, nous les pèserons afin d'avoir un avis plus juste de leur contenu.

 

Non, je plaisante.

(on se contentera de les mesurer)

 

* Oui, c'est bien un « i » pour « Jan Karski ». Même Le Point et Le Monde se seraient trompés. A se demander ce que font les journalistes littéraires qui sont pourtant des hommes...de lettres.

 

(positifgdl)

La bibliothèque inattendue

30/09/2009

 

Il y a des endroits, comme ça, où tu te retrouves à lire des livres que tu n'aurais jamais ouverts si tu n'étais pas passé par là. Un refuge de haute montagne où tu restes bloqué à cause du mauvais temps, le voilier sur lequel tu effectues une gentille croisière, le gîte pittoresque où tu séjournes pour visiter la région, la chambre d'un ami que tu squattes pour la semaine. Des lieux dans lesquels tu as trouvé une étagère sommairement garnie, un bout de bibliothèque qui t'a permis de trouver la compagnie d'un livre le temps de ton séjour. Une bibliothèque pleine des goûts littéraires de son propriétaire ou imprégnée de l'endroit où elle réside. Il est très rare, l'as tu remarqué, de trouver dans un bateau des livres sur la chasse à cour. Peu d'étagères de refuges de montagne proposent des guides sur la pêche au gros. Dans les gîtes de Provence, je n'ai jamais lu d'ouvrages sur l'histoire illustrée de la coiffe bretonne ni feuilleté de manuel sur les techniques ancestrales de marche en raquette dans des bibliothèques vendéennes (quoique...).

 

L'envie de se plonger dans un livre pour un peu de détente est souvent plus forte que tous les a priori que l'on peut avoir sur des livres « qu'on ne connaît pas ». Et c'est un sentiment délicieux que de se pencher sur une bibliothèque pleine de livres que tu n'as pas choisis et -peut-être- pas encore lus. Ben oui : à moins d'être un acheteur compulsif à lecture velléïtaire, ta bibliothèque est le plus souvent pleine de livres...que tu as déjà lus. Impossible donc de connaître, chez toi, le plaisir de piocher « à l'aveugle » dans une bibliothèque pour y découvrir un livre, sans préjugé.

 

Le Goncourt des Lycéens est un peu cette improbable bibliothèque que l'on trouve sur sa route. Une bibliothèque pleine de livres que d'autres auraient choisi à ta place et dans laquelle tu vas joyeusement te servir.

 

Un titre, une couverture, une photo, le dos du livre, un bandeau ? Quel détail de cet objet (pour l'instant) sans vie emportera ton choix ? C'est l'amorce d'une rencontre où, comme dans la vie, le premier avis superficiel n'est rien mais conditionne la suite. La suite, ce sera cette âme trouvée (ou pas) au fil des pages, cette émotion, ce plaisir qui nous ferons dire, une fois le livre posé : oui j'ai aimé ou non, je n'ai rien vécu...

 

La première sélection du Prix Goncourt des Lycéens 2009 par le jury du Goncourt 2009 est la suivante :

 

« Les pieds sales » d' Edem Awumey (Seuil)

 

« La légende de nos pères » de Sorj Chalandon (Grasset)

 

« Alias Caracalla » de Daniel Cordier (Gallimard)

 

« La Délicatesse » de David Foenkinos (Gallimard)

 

« L'homme qui m'aimait tout bas » de Eric Fottorino (Gallimard)

 

« Le club des incorrigibles optimistes » de J-M. Guenassia (Albin Michel)

 

« Jan Karski » de Yannick Haenel (Gallimard)

 

« Mauvaise fille » de Justine Lévy (Stock)

 

« Des hommes » de Laurent Mauvignier (Minuit)

 

« La lumière et l'oubli » de Serge Mestre (Denoël)

 

« Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye (Gallimard)

 

« Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé (L'Olivier)

 

« La vérité sur Marie » de Jean-Philippe Toussaint (Minuit)

 

« Les heures souterraines » de Delphine de Vigan (JC Lattès)

Début

24/09/2009

A l'heure du (presque) tout électronique, du monde (quasi) totalement virtuel, des autoroutes (à peu près) vertigineuses de l'information et de la convergence numérique (tous azimuts), tu dois te demander quel intérêt on peut encore trouver à ce sandwich néanderthalien de papier, d'encre et de carton, lourd comme cinq tablettes de chocolat et plus encombrant que trois téléphones portables: je veux parler du livre. Comment trouver sympathique ce truc silencieux, terne et déconnecté du net ? Cet objet inerte où « il faut tout faire soi-même » : le maintenir bien ouvert (à la bonne page) et faire l'effort de lire, ligne après ligne, de haut en bas et de gauche à droite...


Et pourtant, un livre, ça reste une valeur sûre d'aujourd'hui. Avec pleins d'avantages sur les gadgets modernes. Presqu'un truc « bio ». Ca fait pas mal aux oreilles. Ca commence et ça s'arrête quand on veut. Ca dérange pas le voisin (sauf si on lui lance dessus). Ca n'use pas de piles ni d'électricité (sauf quand il fait nuit). Et on peut l'utiliser partout (où il fait jour). Un livre, ça dure plus longtemps, ça marche plusieurs fois et ça peut se prêter (légalement) à un ami.


Et puis surtout, un livre, c'est quelqu'un qui parle pour te dire quelque chose. Mais directement, dans ta tête. C'est un grand auteur qui se confie rien qu'à toi, un gentil écrivain qui te murmure des choses que personne ne t'a jamais dites. Ou qui peut t'emmener loin, là où tu n'es jamais allé... Un livre, c'est du bonheur, non ?


Justement, le Prix Goncourt des Lycéens n'est pas une affaire de littérature mais de livres. Découvrir parmi la prestigieuse sélection du Prix Goncourt le bouquin qui est le plus proche de toi, voilà l'affaire. Pas de courbettes, de mots convenus, de phrases ampoulées. Ici, seul le plaisir de la lecture compte.


Parler des auteurs qu'on a rencontrés, de leurs livres, échanger des impressions de lectures, comprendre et commenter des idées, des points de vue, ça, c'est l'expérience du Blog du Prix Goncourt des Lycéens. Et c'est moi, Alphonse Boudabard, le capitaine au long cours de ce bateau-livre. Le blog du GDL 2009 est un lieu d’échange et de partage, de ressentis et d’humeurs, bonnes ou mauvaises, d’ailleurs.


Lycéen impliqué avec ta classe ou simple visiteur, bienvenue à toi sur le blog du Prix Goncourt des Lycéens 2009 ! N'hésite pas à réagir à mes billets en laissant un commentaire, à nous faire part de tes remarques concernant les livres en lice...et à revenir souvent pour suivre l'évolution de la sélection jusqu'à la proclamation finale du nouveau lauréat.

www.fnac.com