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Ma fille veut refaire Mai 68

17/05/2008


Que reste-t-il des évènements de mai 68 selon les générations? Réponse avec notre chroniqueuse spécialiste des relations mère-fille Sonia Feertchak, et avec Evelyne Pisier, Professeur émérite  de Droit public et Sciences Politiques à l'Université de Paris-I, romancière et scénariste, auteur  de « Le Droit des
Femmes » publié en 2007 aux éditions Dalloz.

 

 

Bien sûr, les événements de Mai 68 ont été le point de départ d'un déverouillage massif de la société. Mais, durant le fameux printemps, les révendications féministes, genre « Mon corps est à moi, j'en fais ce que je veux. », avoisinaient d'autres slogans, nettement moins égalitaires, dont l'appel « à la gratuité des filles » des situationnistes (un certain Guy Debord à leur tête). Donc, les filles, à l'été 1968, ça n'était encore pas gagné !

 

C'est dans la décennie qui a suivi 68 que des avancées féministes concrètes ont eu lieu. Voici un aperçu de ce que les femmes ont obtenu :

- La pilule : inventée en 1956 aux Etats-Unis, sa vente n'est autorisée en France qu'en 1967... mais pas pour les mineures. C'est seulement à partir de 1975, date de la célébrissime loi Veil, que la vente du contraceptif oral s'est libéralisée. Le moins qu'on puisse dire est que ce riquiqui comprimé secoua la société : avec l'annulation du risque de « tomber » enceinte, la libération sexuelle a soufflé sous la couette, puis le bouleversement des rapports hommes-femmes, l'émancipation de ces dernières, le choix du nombre d'enfants, etc. Merci à Gregory Pincus et John Rock, ses inventeurs  !

- La loi Veil : promulguée le 17 janvier 1975, le texte autorisant l'avortement fut voté dans un climat d'extrême violence. On se souvient de la pugnacité de Simone Veil, de son courage, et de sa larme au perchoir de l'Assemblée. La loi fit suite au très médiatique Procès Bobigny.

- La fin du chef de famille... entendez par là le père, bien sûr ! Le 7 juin 1970 le père et la mère sont enfin placés sur un pied d'égalité : la loi votée ce jour-là précise que l'autorité parentale « appartient aux père et mère jusqu'à la majorité ou l'émancipation (...) » de leur progéniture.

- Le principe de mixité à l'école : le 11 juillet 1975, la loi Haby réaffine la notion même de ce principe en stipulant que « tout enfant a droit à une formation scolaire » ; on ne parle donc plus, d'un côté des garçons, de l'autre des filles... Victoire !

 


Sonia Feertchak

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Vous pouvez également retrouver la vidéo associée à cet article sur le site de Terrafemina avec le
lien suivant :

Mai 68 : vers l’égalité femmes/hommes, bilan, acquis et perspectives.

21/04/2008

En tant qu’étudiantes, nous nous devons de nous interroger de connaître ce combat mené par nos grands-mères ou mères afin de créer une réelle transmission et continuer la lutte pour l’égalité femmes/hommes.   

 

Notre histoire est marquée par le combat des femmes qui se sont révoltées, insurgées questionnées concernant leur rôle ainsi que leur place dans la société. Cette société qui les a trop longtemps laissées dans l’invisibilité.

 

Rappelons que les femmes en France obtiennent le droit de vote en 1944 qui sera réellement effectif en 1945 avec le vote aux municipales. En 1965, les femmes ont le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari. Un tournant a lieu en 1967. Avec la loi Neuwirth,  la pilule est autorisée. Celle-ci n’est pourtant pas remboursée par la sécurité sociale et elle n’est pas facilement prescrite. Cette avancée permet tout de même aux femmes de partir à la découverte de leur corps comme à la conquête de leurs droits. On prône l’amour libre, on lit Sade, des AG de femmes où la parole se libère ont lieu.

 

De nombreux droits restent encore à obtenir comme le salaire- les femmes gagnent en moyenne 1/3 de moins que les hommes à travail égal, le droit à l’avortement.  C’est aussi et surtout la nécessité de faire changer un modèle sociétal patriarcal.

En mai 68, les femmes se mobilisent, elles crient des slogans de liberté, et certaines d’entre elles organisent des débats sur la condition des femmes. Mais dans le tourbillon de la révolution, ce discours minoritaire est généralement considéré comme futile. Reste que Mai 68 est un moment décisif pour la conscientisation.

 

De nombreuses actions vont ensuite se succéder. En Août 1970, un petit groupe de femmes dépose une gerbe sous l’Arc de triomphe, en hommage symbolique à la femme du soldat inconnu. Les banderoles et les tracts proclament : « Il y a encore plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme », « Un homme sur deux est une femme », « Travailleurs du monde entier, qui lavent vos chaussettes ? ».

 

Elles y gagnent une forte médiatisation. De là, le Mouvement pour la Libération des Femmes se crée. Contestant au mâle, la prétention à être l’universel, elles veulent devenir les égales de l’homme. Leurs aspirations sont donc dirigées vers l’égalité des droits. Le rapport entre les sexes est bouleversé par l’accès à la maîtrise du corps avec  la loi Veil légalise l’avortement en 1975. Dans « Le manifeste des 343 salopes », paru dans Le Nouvel Observateur  le 5 avril 1971 des personnalités telles que Simone De Beauvoir, Françoise Sagan, Marguerite Duras, Jeanne Moreau et  Catherine Deneuve déclarent avoir avorté et réclament l’avortement libre et gratuit.

 

Mais focalisées sur la libre disposition du corps les femmes ne font plus des droits politiques ou du travail des priorités.

 

 

Certes, on peut noter de réelles avancées qui apparaissent aujourd’hui comme normal. Mais, le cloisonnement des genres, l’institutionnalisation d’un langage sexiste, le développement de l’image d’objet des femmes par les médias, l’invisibilité dans les sphères politiques et dans les entreprises aux hauts postes de décision, un salaire moindre à compétences égales, la précarité : tout cela, nous amène à questionner un modèle sociétale bien ancré. La libération sexuelle ne peut seulement être effective qu’au travers de lois mais d’une réelle éducation à la sexualité au travers d’ouvrages et de questionnements.

 

L’égalité femmes/hommes passe surtout par l’émancipation intellectuelle et économique.   

 

 

A nous maintenant de nous mobiliser, en tant qu’étudiantes, sur ces questions et empêcher les inégalités et l’autocensure des femmes. Les nouvelles pensées féministes ont pour enjeu d’inscrire une nouvelle vision du rôle et de la place des individus dans la société et de déconstruire l’ensemble des mécanismes sociétaux.

 

 

 

 

Gwendoline Lafarge

Présidente de l’UNEF Sciences Po

Le débat continue sur RSP.fm, La radio des étudiants de Sciences Po 

www.fnac.com