Les slogans de 68 - entretien avec R. Glucksmann et A. de Voogd
05/06/2008
L'imagination sur les murs, décryptage des slogans de mai 68 en compagnie de deux spécialistes !
L’imagination prend le pouvoir et nous prenons l’antenne pour dire à bas la société de consommation mais surtout pour discuter et explorer le hasard avec Raphaël Glucksmann et Christophe de Voogd des mots taggés sur les murs de la capitale.

Puisque l’art est mort et que nous devons libérer notre vie quotidienne, baisons-nous les uns les autres sinon ils nous baiseront car le bâton éduque l’indifférence et parce qu’on a quelque chose à dire mais qu’on ne sait pas (encore) quoi.
Chassez le flic de votre tête, mangez vos professeurs, écoutez RSP.
Etes-vous des consommateurs ou des participants ?
La réponse s'écoute là, sur RSP => http://www.rsp.fm/public/index.php?option=com_content&task=view&id=453&Itemid=46
Margaux & Jean-Michel
Rien de nouveau sous les pavés ?
01/06/2008
Nouvelle Donne n’était pas encore née en Mai 68, pourtant nos idées de changement étaient déjà là. Mai 68 a permis le développement de la démocratie étudiante et l’essor des syndicats. Bref, sans Mai 68, point de Nouvelle Donne (et certains doivent alors penser que Mai 68 fut, décidément, une très mauvaise idée…).
Démocratie étudiante, législation sur l’avortement, divorce par consentement mutuel, il faut croire qu’à coup de slogans et de cailloux on parvient à faire évoluer la situation !
Mai 68, qu’on aime cette date ou qu’on s’en méfie, soulève un certain nombre d’interrogations.
Fut-ce une Révolution bis ? Des émeutes causées par des hordes de cocos-bourgeois shootés au marxisme ? Un phénomène social inéluctable résultant du rejet des lourdeurs d’une société de patriarches, le premier d’entre eux étant De Gaulle ? Le « soixante-huitardisme » ne fut pas exclusivement français : les sociétés occidentales ont également connu des remises en cause de l’ordre établi. Idéologiquement, Mai 68 voulait libérer la jeunesse, d’où une compatibilité assez difficile avec le dirigisme communiste. Car l’affrontement n’a pas véritablement eu lieu entre le capitalisme et la gauche,
mais entre une droite antilibérale et une jeunesse peut-être trop « libérale », presque anarchiste.
Le débat actuel semble étrangement faussé. Les liquidateurs, menés par le Président de la République disent s’attaquer à l’héritage de Mai 68. Les promoteurs insistent davantage sur le moment Mai 68 et son caractère exceptionnel. De quoi brouiller les débats puisque les opposants ne parlent pas de la même chose. La droite défend des valeurs de droite, s’en prend au relativisme moral et à la formule « il est interdit d’interdire » qui constituerait en fait le pire des interdits. La gauche promeut l’élan général né en Mai 68, le choix largement partagé de quitter le conservatisme et d’avancer vers plus d’égalité. En fait, ni la droite ni la gauche ne remettent véritablement en cause la position de l’autre : c’est le centre-droit qui a commencé à mettre en œuvre les exigences de Mai 68 ; et la gauche au pouvoir n’a pas tout autorisé à tout va…
Aujourd’hui, que faire de ce sujet de discorde ? Si être l’héritier de Mai 68 c’est privilégier la rue aux urnes, autant s’en tenir tout de suite à un constat : en quarante ans, l’équipement des CRS s’est amélioré, pas les performances du cocktail Molotov. Mais si être l’héritier de Mai 68 c’est savoir remettre en cause les aberrations – parfois invisibles aux yeux des « moins jeunes » – et agir pour « changer les choses », notre époque offre de nombreux défis à relever.
D’où l’importance de l’engagement dont Mai 68 a montré qu’il était indispensable, et la vie courante montre qu’il est loin d’être vain. 1968-2008, tout a changé sauf un état d’esprit qu’il faut préserver : se bouger !
Nicolas Pothier
Nouvelle Donne
Et si la révolution était à portée de main ? (2/2)
31/05/2008
En effet notre avenir réside dans la plus belle utopie existante : l’Europe fédéraliste.
Quoi de plus novateur, quoi de plus révolutionnaire et rebelle ? Les sacro-saints états dépassés ! Une véritable gouvernance européenne qui imposerait à ces états aux tendances nationalistes un dialogue permanent pour agir de la façon la plus efficace au niveau le plus pertinent ! A bas le schéma réducteur étatique!
Déjà le succès de l’Union Européenne, bâtisseuse de paix, est évident. Nos arrières grands-parents complotaient pour se tuer, tandis qu’aujourd’hui nous faisons l’amour dans l’auberge espagnole. C’est ça l’Europe : une union des peuples pour la paix, la prospérité mondiale : la preuve vivante de l’adage que l’union fait la force ! Et une union fédéraliste nous permettrait enfin d’insuffler une nouvelle énergie sur la scène mondiale. Je rêve de voir enfinles barricades de ces frontières et classifications artificielles abattues. Alors unissons-nous ! Et ensemble nous pourrions dépasser les divisions internationales, nous pourrions enfin avoir l’influence nécessaire pour transfigurer le monde !
L’Europe est en effet au carrefour du monde, des mondes. C’est la porte d’entrée à la résolution d’un grand nombre de conflits. Nos forces combinées, nos idées et expériences partagées nous permettent de progresser, de mettre en place de réels projets innovants. De plus le fédéralisme est la réponse aux détracteurs de l’Europe. Au contraire de traités successifs pataugeant dans l’incomplétude, c’est dans le fédéralisme que résident les solutions à toutes les critiques qu’on peut adresser à l’Union Européenne !
Une union fédéraliste c’est une union réellement démocratique, représentative et forte, l’union des citoyens. Le fédéralisme rapprocherait l’Union Européenne des souhaits de chacun, et notamment des jeunes, pour que l’Union Européenne prenne la forme et la direction que les européens souhaitent, au contraire d’une dictature bruxelloise.
Une union fédéraliste c’est la convergence des économies et une prospérité partagée. Des politiques communes permettraient la réalité d’un marché commun, des rapprochements économiques qui permettrait une gestion plus réaliste et un coût moins élevé de l’euro.
C’est la mutualisation des ressources pour permettre la mise en place de mesures sociales et le développement des régions les plus pauvres. La coordination de l’aide au développement est nécessaire et permettrait d’enfin atteindre les objectifs de santé, d’éducation, d’égalité et de réduction de pauvreté du Millénaire.
C’est la force de négociation inimaginable du premier marché mondial, pour défendre et imposer les droits de l’homme. L’Union Européenne gouvernée aurait une véritable aura sur la scène internationale. L’union de peuples autour de valeurs démocratiques lui permettrait de conditionner des aides et accords commerciaux au respect de valeurs fondamentales, pour promouvoir ses idéaux dans le monde.
C’est la capacité d’apaiser des conflits au moyend’une diplomatie active et de forces militaires de maintien de la paix. L’Europe peut et se doit de dépasser le revers yougoslave et d’assurer la paix dans le monde par son exemple et ses moyens d’action.
C’est la possibilité d’agir contre le réchauffement climatique et de répondre au défi environnemental. La recherche combinée des pays européens permettrait l’élaboration de réelles politiques ambitieuses de développement, et d’un exemple fort d’engagement.
Mais c’est également un mélange de cultures, une diversité qui nous permet de promouvoir la toléranceet le respect mutuel. C’est enfin la redéfinition même de la notion d’identités, au-delà des différences !
J’imagine déjà des sourires railleurs qui accueilleront des propos si « naïfs » ! Mais l’idéalisme a du sens. Le « réalisme » embourbé dans des intérêts égoïstes et dans le quotidien n’est qu’une paresse intellectuelle suprême ! C’est ce que nous a enseigné mai 68 : la force et la fraicheur de la jeunesse, la capacité à se soulever et l’impact de l’idéalisme.
C’est en cela que contre l’illusion de nations repliées et enflées, notre espoir futur, ma révolte, et mon combat, c’est aujourd’hui l’insolence du fédéralisme !
Clara SOMMIER
pour les Jeunes Européens SciencesPo.
(texte rédigé à l'occasion du concours d'éloquence "Que reste-t-il sous les pavés ?" organisé à SciencesPo. le 14 mai 2008)
Et si la révolution était à portée de main ? (1/2)
31/05/2008
Mai 68, une image usée et reprise, éculée et puissante, celle d’une révolte spontanée contre un ordre établi, dominant et suffocateur. Un Fantôme-fantasme de la force d’une jeune génération, prête à s’engager et à se battre pour ses idées, à ne laisser personne lui imposer un monde préconçu.
Mai 68 en est devenu un concept, à l’aune duquel ses acteurs, aujourd’hui journalistes, politiques, chercheurs, essaient de comparer tout mouvement protestataire. L’évocation de mai 68 s’accompagne toujours de soupirs. Age d’or, symbole dont la portée s’apparente à la révolution française, qui contraste avec une génération molle, flasque, désintéressée de la politique, formatée, et américanisée, nous.
Oui, nous avons toutes les raisons de nous révolter ! Nous aussi, d’hurler, de crier, de nous envoyer en l’air et de repeindre les murs de slogans shootés et décalés !
Dans quelle société vivons-nous ? Chômage, précarité, intolérance, on dirait une litanie de comptineq que nous assènent les médias et la réalité quotidienne ! Nous sommes enfermés dans un carcan de fer, un monde anxiogène sans possibilité de seconde chance. Chaque battement de cil, chaque geste semble déterminer notre avenir, sans perspective de retour...Ce monde dual nous frappe en plein visage : les outsiders, les loosers, subis ton camps !
Et si c’était tout ? Mais cette société qui devrait nous porter en son sein, ne s’assume pas. Nous vivons dans une société artificielle, qui rejette les greffons nécessaires à sa survie. Des citoyens français se voient exclus, relégués dans des ghettos tabous, qu’on ignore et dont on refuse d’assumer la vérité ! Leurs revendications sont ignorées et assimilées à un gazouillement débile de jeunes délinquants dérangés ! Le racisme, la discrimination se superposent pour assombrir l’idéal républicain !
Et c’est encore sans parle rde l’inégalité de fait ! Les femmes traînent la maternité comme un boulet à leur pied. Le fait de potentiellement souffrir de nausées, gonfler, vomir, être dilatée, bref de donner la vie, les relègue aux taches domestiques, à des statuts sociaux et revenus inférieurs.
C’est l’avenir qui s’offre à nous, jeunesse « désabusée », ou plutôt abusée par notre incapacité à se faire entendre. Le monde est gouverné par des vieillards séniles, qui protègent leurs positions par orgueil et avidité de pouvoir ! Les cinquantenaires nous dominent et nous façonnent un futur où nous travaillerons toujours plus pour payer des retraites à ceux, qui ont bénéficié de conditions plus favorables que celles que nous ne connaitrons jamais… Douloureux paradoxe! Belle promesse d’incertitude !
Ce monde de réseaux nous écrase et tractopelle nos idéaux et espoirs. Une personne sincère, honnête est réduite à l’impuissance. Le courage politique fait perdre les élections ! De même l’idéal pur de l’amour qui peut animer la jeunesse est laminé et déchiqueté par les tromperies mutuelles et les divorces. Nous ne sommes plus libres de rêver…
Et si seulement cette longue liste s’arrêtaitlà ? Mais cette vision européano-centrée n’est rien en comparaison à la souffrance accumulée par les pays les moins développés. Le globe terrestre n’est plus qu’une tache de sang quis’étend pendant que notre incapacité à se mettre d’accord menace la survie même du globe terrestre
Comment accepter que 20% de nos semblables dépensent ¾ de leurs revenus pour se nourrir mais n’arrivent qu’à peine à survivre, tandis que notre souci principal est d’éliminer les masses graisseuses difformes de notre corps repu?
Comment accepter les violences épileptiques qui saccadent et saccagent le globe terrestre ?
Comment accepter ces épanchements d’hémoglobine, ces tortures et souffrances inexprimables, ces viols répétés?
Comment accepter l’exploitation d’enfants, le commerce du plaisir et de jouissance qui profitent aux puissants frustrés ?
Comment accepter l’impossibilité d’un grand nombr ed’êtres humains d’accéder au minimum de soins médicaux, et les morts sauvages causées par les pandémies ?
Comment accepter la destruction systématique de l’écosystème, le réchauffement climatique, et la disparition d’îles entières du Pacifique ?
Comment accepter l’affrontement de cultures, religions différentes, l’intolérance et l’incompréhension bercés par l’histoire ?
Tout simplement en le refusant! Alors oui, il reste quelque chose sous les pavés. Oui, une véritable révolution peut avoir lieu, et doit se produire. Oui, nous aussi nous rêvons, et refusons ce monde, cet avenir qu’on cherche à nous imposer. Je réfute ce monde, et à la manière de Daniel Cohn-Bendit je clame haut et fort : mêmesi on nous promettait ce monde nous le refuserions, car nous voulons leprendre. [1]Ce monde n’est simplement pas celui dans lequel nous voulons vivre ! En cela nous avons besoin d’un souffle puissant, pour faire éclater le corset qui nous enserre et nous étouffe ! Cette énergie du désespoir nous conduit à un idéalisme étoilé.
Clara SOMMIER
pour les Jeunes Européens SciencesPo.
(texte rédigé à l'occasion du concours d'éloquence "Que reste-t-il sous les pavés ?" organisé à SciencesPo. le 14 mai 2008)
Mai 68 au jour le jour avec Le Figaro - du 27 au 31 mai 1968
28/05/2008
Pour les derniers jours de ce mois qui aura marqué l'histoire en France, Max Bouchet nous offre un panorama "vu dans le Figaro" des événements finaux de Mai 1968 :
Lundi 27 mai :
- premières négociations rue de Grenelle
Mardi 28 Mai :
- rejet des grévistes : ouvertures de nouvelles discussions
- Meeting de l’UNEF stade Charléty : 3000 personnes
- La marine militaire américaine égare un sous-marin nucléaire dans l’atlantique avec 99 hommes à son bord
- Robert Kennedy en passe de s’imposer comme le candidat démocrate suite à son succès en Oregon
Mercredi 29 mai :
- 14ème jour de grève. Nouvel appel aux manifestations par la CGT pour faire pression sur les négociations
- Embouteillages monstres place des Champs-Elysées
- Cohn-Bendit s’est teint les cheveux en noir et a passé la frontière clandestinement.
- Les professeurs appellent à la révolution par la loi et non par la rue
- Johnson ordonne de nouveaux bombardements au nord du 17e parallèle qui permettent selon lui de « détruire un peu plus de 20% des hommes et du matériel »
Jeudi 30 mai :
- 300 000 manifestants à Paris scandant « gouvernement populaire ! »
- Pierre Mendès-France déclare : « je ne refuserai pas les responsabilités qui pourraient m’être confiées par l’ensemble
de la gauche »
- De Gaulle : « je ne me retirerai pas (…) J’ai un mandat du peuple, je le remplirai ». « Etant détenteur de la légitimité républicaine, j’ai pris mes résolution. (…) Je dissous l’Assemblée Nationale (…) je diffère la date du référendum ».
- Alors que le Franc est incertain, premier article faisant allusion au coût de Mai 68 pour la société française : « Que
pourrait être la première facture »
- Eugène McCarthy repasse devant Bob Kennedy aux primaires démocrates
Vendredi 31 mai :
- De la Concorde à l’Etoile, 600.000 manifestants soutiennent de Gaulle. « Un flot de drapeaux tricolores », des cris « de Gaulle n’est pas seul », « non au désordre », « le communisme ne passera pas ».
- Retour de la paix sociale. Information spéciale sur les inhumations : « en raison de la fin d’occupation des cimetières, les inhumation sont assurées au fur et à mesure de l’arrivée des convois. Si les parisiens rencontrent des difficultés, ils peuvent appeler au… » etc. etc.
Mai 68 est fini. Ce mois terrible aura un autre hoquet à Paris le 11 juin avec une dernière nuit agitée. Les manifestants sont rapidement dispersés ; chacun rentre, fatigué, chez soi.
Max Bouchet
"Que reste-t-il sous les pavés ?" - concours d'éloquence à SciencesPo.
26/05/2008
Thème porteur, élèves inspirés : les candidats étaient nombreux et pourtant, il n'y eut qu'un seul lauréat.
Le discours de Vincent Villette (1ère année !) en son et en images :
Le débat continue sur RSP.fm !!!
A. Finkielkraut en conférence à Sciences Po (3/3)
26/05/2008
Et si quand les étudiants parisiens inventaient la contre-culture, la vraie défense de la culture ne se passait pas à Prague ?
Et si mai 68 n'était pas finalement le "mépris de la culture" ?
A. Finkielkraut en conférence à Sciences Po (2/3)
25/05/2008
Suite de la conférence donnée par Alain Finkielkraut à SciencesPo. le 14 mai dernier, quarante ans après mai '68 :
Mai '68 : mouvement fondateur comme on le présente souvent ou événement mimétique, écrasé par les références (guerre d'Espagne, Résistance...) ?
L'occasion de revenir sur la place de l'égalité et de l'égalitarisme dans nos sociétés, avant et après '68.
A. Finkielkraut en conférence à Sciences Po (1/3)
24/05/2008
Le philosophe, auteur de "La défaite de la pensée" était le 14 mai dernier l'invité exceptionnel de la "Journée de l'engagement politique de la jeunesse" à SciencesPo.
Quelques secondes après son commencement, la conférence est interrompue par les étudiants des associations de gauche de l'école, qui montent sur scène et entonnent des chants révolutionnaires soixante-huitards, en protestation contre la venue du philosophe souvent controversé.
Alain Finkielkraut quitte l'estrade et fait mine de vouloir partir. Finalement convaincu de reste, il revient sur l'événement qui vient de se produire, visibiement inspiré.
Le modèle de la guerre civile, les fondements de la liberté d'expression, la nécessaire sortie du politique du "manichéisme" dans lequel elle lui semble être tombée introduisent une condamnation du "caractère narcissique" de Mai 68 et par là-même des célébrations de l'anniversaire de cet événement : "en 68, le centre du monde, c'était Prague."
Quel héritage de mai 68 pour une vraie politique engagée aujourd'hui?
24/05/2008
Pierre Sauvetre, étudiant en thèse à Sciences Po sur "Amitié et politique" et membre du rassemblement des collectifs des ouvriers sans papiers des foyers nous propose sa vision de l'héritage de mai 68.
Pourquoi le discours commémoratif masque-t-il le vrai sens de Mai 68 ? Comment Mai 68 a-t-il fondé une nouvelle manière de faire et de penser la politique ? Et surtout, comment faire de la politique aujourd'hui en tirant des conclusions de ce qu'a pu proposé Mai 68 ?
Grégoire
Découvrez l'émission sur le site de RSP¨:
Téléchargez une version texte :
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Sous les Pavés, la Fête
22/05/2008
Une soirée, il fallait bien ça pour commémorer les quarante ans des "événements". Mais surtout pour mesurer les effets sur les jeunes d'aujourd'hui de la "révolution sexuelle" soixante-huitarde.
Profitant d'une soirée du BDE de SciencesPo., Alexis, reporter spécial pour RSP au Madeleine Plaza, a mené son enquête parmi les fêtards d'aujourd'hui pour savoir ce que leur ont légué leurs aînés.
Un bar en guise de barricade, les meilleurs slogans électro du moment donnent l'ambiance. Tentons de nous frayer un passage entre les shots Molotov...
Pour écouter le reportage, c'est LA : http://www.rsp.fm/public/index.php?option=com_content&task=view&id=429&Itemid=47
Mai 68 au jour le jour avec Le Figaro - du 20 au 26 mai 1968
21/05/2008
Lundi 20 mai :
- Le Figaro annonce que les « circonstances actuelles ne nous permettent pas actuellement de faire parvenir le Figaro à nos abonnés et d’assurer normalement la vente. »
- Une :« Paralysie progressive de la vie du pays ». « Arrêt total des services publics »
- La gauche revendique la direction de l’Etat. PMF déclare que « le pouvoir doit se retirer »
- Le comte de Paris (prétendant à la couronne) : « il faut rechercher les valeursréelles qui doivent orienter le pays »
- Drame de la misère à Lyon : « la mère de Viviane –morte de faim dans un taudis- toujours entendue par la police »
- Au Nigéria : Port-Harcours est tombé. Les sécessionnistes du Biafra perdent la dernière grande ville biafraise. Massacres dans la ville.
- « Nouvelle tentative de greffe du cœur : état satisfaisant de M. Boulogne »
Mardi 21 mai :
- « Débat de censure engagé aujourd’hui »
- « Confusion nervosité inquiétude : la grève gagne l’essentiel des activités »
- L’armée va assurer le contrôle de la circulation aérienne.
- « Production alimentaire et essence : stock insuffisants à tous niveaux. »
- Embouteillages monstres à Paris, les ordures s’entassent dans la rue, les éboueurs étant en grève sur ordre des syndicats.
- « Navarro sauve sa tête » : le criminel échappe à la guillotine et est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
- Congrès des anciens déportés : 500 anciens déportés se réunissent à Lannion.
- « La Maréchale Leclercq a présidé le Congrès national des veuves de guerre ».
Mercredi 22 mai :
- 4 titres en noir barrent la page : « la France tout entière paralysée », « CGT : pas de reprise du travail avant satisfaction totale de nos revendications » « un salariés sur deux en grève », « sept million de grévistes »
- Des déclarations. Robert Poujade : « cette grève pourrait déboucher sur une crise économique sans précédent ».Guy Mollet : « Le ministère actuel n’est plus un interlocuteur valable pour la classe ouvrière ». Et enfin, Pompidou : « je suis plus réformateur que vous tous »
- Le Conseil des Ministres adopte le projet d’amnistie des étudiants : toute trace de condamnation ou de sanction sera effacée.
Et ailleurs…
Le Washington Post « témoigne sa sympathie à une nation secoué par de profonds troubles »
A Pékin : Grandes manifestations de soutien à « la juste lutte des étudiants et ouvriers français »: « vive la tradition révolutionnaire de Paris » « à bas les réactionnaires français qui oppriment les étudiants et les ouvriers »
Jeudi 23 mai :
- La motion de censure contre le gouvernement est repoussée à 233 voix au lieu de 244
- Mitterrand aux ministres: « vous n’avez plus de métro, plus de trains, plus d’usines, et vous êtes encore là ! »
- Cohn-Bendit en voyage à Berlin se voit refuser l’entrée sur le territoire français.
- Echec des négociations entre les Etats-Unis et le nord-Viêtnam
- Le roi Hussein de Jordanie est à l’Elysée : « nous sommes fiers de l’amitié qui nous lit au général de Gaulle »
- Dans les couloirs de l’Assemblée Nationale on murmure : « tout dépend du général »
- Les lycéens parisiens demandent que le bac soit délivré par les conseils de classe
- Les étudiants manifestant veulent que la commission paritaire « devienne constituante »
Vendredi 24 mai :
- Une : « le chef de l’Etat annoncerait (à 20 h) un référendum en juin. »
- Chaussées défoncées et poubelles en feu place Saint-André-des-arts. Des monceaux de détritus laissés par les éboueurs brûlent.
- Avertissement du Président Johnson à Hanoi : « nous ne serons pas battu militairement ». Avec 1111 morts, les troupes américaines ont subis les plus lourdes pertes depuis le début de la guerre du Viêtnam.
- Les pompes funèbres annoncent que la mise en bière et le transport des morts sont assuré à Paris sans problème, mais qu’en raison des troubles, c’est moins sûr pour l’inhumation. Elles ajoutent que si la grève persiste, les concours de la police et de l’armée sont possibles.
- Le navire Rummel est arrivé en Corse avec une cargaison de médicaments et de lait pour ravitailler les habitants de l’île.
Samedi 25 / Dimanche 26 mai :
- De Gaulle confirme : référendum en Juin. Il démissionne en cas de réponse négative : « je suis prêt unefois de plus à amener le pays à assumer son destin »
- Recrudescence des violences : un officier de police tué à Lyon.
- Réseau de trafiquant de haschisch démantelé à Athènes. 100 kilos sont saisis.
- « A Fréjus, un camion militaire heurte un arbre : 18 blessés »
- A Sciences Po, les examens du diplôme sont annulés. Ceux-ci seront décernés sur dossier
Max Bouchet
Mais que sont donc devenus les soixante huitards ?
20/05/2008
Mais que sont devenus ces joyeux drilles qui criaient à tue tête « CRS,SS ! » devant leurs aînés qui n’avaient connu que la Guerre ?
Les pauvres vieux, ils ne comprenaient pas que le grand soir était enfin arrivé ? Ah souffrance indiscriptible et terrible destin que celui de la jeunesse dorée des Trente Glorieuses, empêchée de jouir sans entraves de tous les bienfaits de la société de consommation ! Il était temps qu’elle fasse la révolution pour bannir la société capitaliste à papa aux enfers et pour accéder à toute heure aux dortoirs des filles ! Il était tant que les jeunes puissent enfin donner libre cours à leurs pulsions. Merci Dr. Spook !Vive la Révolution Camarade ! Vive les capotes Anglaises et le Libre Marché ! (Eh oui on obtient pas l’un sans l’autre) Mais le temps passe, les cris se sont à présents perdus dans les méandres du Temps. Mais quelques uns n’ont pas abandonné la lutte voici un echantillon du destin de deux de ces hérauts de la Révolution qui envahissent les ondes cathodiques .
Robert Ménard , ancien maoïste qui prônait la Révolution Culturelle et ses millions de
morts, et qui défend maintenant, au nom des Droits de l’Homme, une Théocratie et participe au concours de celui qui s’apitoira le plus sur la souffrance humaine. Oh sublime et terrible Ironie du sort quand tu nous tiens les tripes à les foutre par terre et à les piétiner en t’esclaffant devant tant de malhonnêté et d’hypocrisie de ton rire gras. Président de Raporteurs sans frontiéres, voici un slogan qui irait bien avec son association Droit de l’Hommiste: « Créateurs d’ hystérie collective». Et dire que notre Ancien Président de la République Bananiére Française, l’inestimable mais néanmoins sympathique Monsieur Chirac, lui a collé une légion d’honneur sur son plastron de médiocrité.
Daniel Cohn-Bendit, le sombre Cohn mena la révolution en 1968, alla uriner sur la tombe du Soldat Inconnu, puis s’exila en Allemagne ; prôna la Révolution au mois de Mai 68 puis alla travailler dans des crèches allemandes dans les années 70 . Il écrivit d’ailleurs un ouvrage prônant l’amour libre avec les enfants du Kindergarden, ce qui lui valut d’ailleurs de petits ennuis avec la justice pour ses dignes et nobles écrits. Suite logique, il rejoint le parti des Verts ceux-ci étant si impréssionnés devant les frasques de ce faquin. Monsieur Cohn-Bendit à présent soutient que la majorité sexuelle doit être abaissé à 12 ans, et que la légalisation de divers drogues est indispensable à la jeunesse . Il s’est maintenant trouvé un petit CDD renouvelable au Parlement Européen prônant la construction Européenne a tout va.
Les soixante-huitards sont, attention camarade étudiant prolétaire habitant Saint Germain des Prés et portant un smic à chaque pied, ce que la civilisation Occidentale, plusieurs fois millénaires, à produit de plus abouti . « Il est interdit d’interdire » 2000 de civilisation pour en arriver là, on en a fait du chemin. Les soixante-huitards, sans trahir leurs honorables convictions, sont passés de la critique primaire de la société de consommation à la glorification du marché et de la mondialisation. Prophètes de la religion de l’Humanité, dont les commandements sont les droits de l’Homme et toutes ses interprétations pittoresques (entre autres celle de l’Iran ou de la Chine), ils sont pour toutes les libertés et contre toute morale collective mais non contre leur propre morale personnelle, une morale universaliste et relativiste, quand ils ne la font pas disparaître purement et simplement selon les événements.
En effet, quoi d’autre qu’une société ultra-libérale permet de jouir sans entraves et sans limites ? Ils ne furent jamais des révolutionnaires, ils sont devenus notaires, fonctionnaires ou publicitaires, ce qui ne constitue pas, au final, une trahison de leurs idéaux. Après tout, maintenant qu’ils ont réussi à changer la société, ils faut bien qu’ils en profitent ! Malheureusement avec les progrès de la Médecine et leurs portefeuils bien garnis ils vont encore tenir des années, à écumer les plataux de télévision et les chaînes de radio mais fort heureusement la Nature accomplira son oeuvre tôt ou tard, ce n’est qu’une question de temps. Et hop ! Adieu 68 ! A la trappe ! . Et
enfin notre génération va pouvoir cesser d’affronter les névroses et perversions de l’ancienne et se tourner vers des défis collectifs.
Vladimir Aptekman,
Cyril Malerba
pour l'UNI-SCIENCES-PO
Audience 68 : le mix commémoratif
19/05/2008
Audience : Musique moderne 4 étoiles même en 68
L'émision historique de RSP reprend du service en vous livrant un mix incroyable et décomplexé. Les DJ de la radio vous en donneront toujours plus dans ce mix commémoratif de l'année 68.
Véritable anthologie de la vie décomplexée, Gaetan et Thomas vous font voyager dans le temps dans ce mix spécial 68.
Pour l'édition spéciale d'Audience en mémoire de 1968, c'est là :
==> http://www.rsp.fm/public/index.php?option=com_content&task=view&id=417&Itemid=47
Ma fille veut refaire Mai 68
17/05/2008
Que reste-t-il des évènements de mai 68 selon les générations? Réponse avec notre chroniqueuse spécialiste des relations mère-fille Sonia Feertchak, et avec Evelyne Pisier, Professeur émérite de Droit public et Sciences Politiques à l'Université de Paris-I, romancière et scénariste, auteur de « Le Droit des
Femmes » publié en 2007 aux éditions Dalloz.
Bien sûr, les événements de Mai 68 ont été le point de départ d'un déverouillage massif de la société. Mais, durant le fameux printemps, les révendications féministes, genre « Mon corps est à moi, j'en fais ce que je veux. », avoisinaient d'autres slogans, nettement moins égalitaires, dont l'appel « à la gratuité des filles » des situationnistes (un certain Guy Debord à leur tête). Donc, les filles, à l'été 1968, ça n'était encore pas gagné !
C'est dans la décennie qui a suivi 68 que des avancées féministes concrètes ont eu lieu. Voici un aperçu de ce que les femmes ont obtenu :
- La pilule : inventée en 1956 aux Etats-Unis, sa vente n'est autorisée en France qu'en 1967... mais pas pour les mineures. C'est seulement à partir de 1975, date de la célébrissime loi Veil, que la vente du contraceptif oral s'est libéralisée. Le moins qu'on puisse dire est que ce riquiqui comprimé secoua la société : avec l'annulation du risque de « tomber » enceinte, la libération sexuelle a soufflé sous la couette, puis le bouleversement des rapports hommes-femmes, l'émancipation de ces dernières, le choix du nombre d'enfants, etc. Merci à Gregory Pincus et John Rock, ses inventeurs !
- La loi Veil : promulguée le 17 janvier 1975, le texte autorisant l'avortement fut voté dans un climat d'extrême violence. On se souvient de la pugnacité de Simone Veil, de son courage, et de sa larme au perchoir de l'Assemblée. La loi fit suite au très médiatique Procès Bobigny.
- La fin du chef de famille... entendez par là le père, bien sûr ! Le 7 juin 1970 le père et la mère sont enfin placés sur un pied d'égalité : la loi votée ce jour-là précise que l'autorité parentale « appartient aux père et mère jusqu'à la majorité ou l'émancipation (...) » de leur progéniture.
- Le principe de mixité à l'école : le 11 juillet 1975, la loi Haby réaffine la notion même de ce principe en stipulant que « tout enfant a droit à une formation scolaire » ; on ne parle donc plus, d'un côté des garçons, de l'autre des filles... Victoire !
Sonia Feertchak
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Vous pouvez également retrouver la vidéo associée à cet article sur le site de Terrafemina avec le
lien suivant :
Rencontre avec Jean-Marie Le Guen (II)
17/05/2008
A partir des plus grands slogans de '68 choisis par les reporters d'RSP, Jean-Marie Le Guen nous livre son analyse du mouvement soixante-huitard.
"A bas la société spectaculaire-marchande" (slogan de l'Internationale situationniste)
"Elections piège à cons"
Le débat continue sur RSP.fm !!
Rencontre avec Jean-Marie Le Guen (I)
17/05/2008
L'équipe RSP du blog '68 continue pour vous son enquête dans le monde politique, afin de vous faire partager les opinions et expériences des acteurs d'hier et d'aujourd'hui sur Mai '68.
Aujourd'hui, rencontre avec le député socialiste de Paris et vice-président de l'Assemblée Nationale.
Mai '68 comme un "basculement".
Le "ressac de la génération d'après-guerre" comme source de la révolte politique.
Retour sur son engagement en politique dans les années 70, et sa prise de distance avec le communisme.
Le débat continue sur RSP.fm !!
Deux Glucksmann pour le prix d’une bière
15/05/2008
Une bière fraîche en ce doux mercredi 7 mai 2008, rien de tel pour encore mieux apprécier le dialogue qui s’établit au Boudubar (Vème arrondissement) entre André (le père) et Raphaël (le fils) Glucksmann (le Saint- Esprit ?) et les jeunes de l’UMP Grandes Ecoles.

Le bouquin de famille
Dans cette ambiance cosy, je m’amuse à observer la relation entre les deux principaux protagonistes. Une véritable complicité intellectuelle : les idées fusent, se complètent et parfois se contestent. Les « deux mille huitards » apprennent en l’espace du temps qu’il faut pour boire l’apéro ce que fut mai 68 en France.
Première surprise, j’apprends que mai 68 était anti-communiste (vous pardonnerez mon inculture ici) : André nous raconte que Daniel Cohn-Bendit, Dany pour les intimes, lui avait dit après une grande manifestation qu’il avait défilé « entre deux crapules staliniennes ». Je paye un verre à celui qui les retrouve. La gauche étudiante opère un travail anti-soviétique après la guerre d’Algérie et Budapest : en août, on se mobilise pour soutenir le Printemps de Prague. Première rupture donc avec les équilibres hérités de la seconde Guerre Mondiale. Mai 68 est ici la conséquence directe de la modernisation du monde liée aux Trente Glorieuses. Le paradigme révolutionnaire marxiste, une révolution est sérieuse que si elle est sanglante, s’effondre à ce moment-là: le mythe d’une classe
ouvrière porteuse de l’avenir de l’humanité et guidée par des Lénine, Robespierre ou encore Che Guevara s’efface, la violence autrefois nécessaire pour une révolution réussie passe dans la sphère symbolique du discours.
La parole se libère et l’on ne s’attaque plus aux être humains mais aux choses.
Ainsi, l’idée principale que l’on retient de ces échanges est le caractère d’exception du mouvement en France. C’est vrai que l’exception, ça nous connaît. Le peu de terrorisme chez nous découle de ce changement de paradigme. Pendant que l’Italie était secouée par les Brigades Rouges et le Japon par « L’Armée Rouge Révolutionnaire », nous sirotions notre Ricard (plus ou moins) tranquillement. Alors la parole se libère et la violence est transférée dans le champ du discours et des slogans comme « CRS SS ».
Qui plus est, l’échec politique de mai 68 est paradoxal avec l’ampleur que le mouvement a eu en France et en Navarre. Le pays connaît une des plus grande grève de l’Europe et le plus massif soulèvement étudiant. Or, 40 ans plus tard, pour Raphaël, nous vivons dans la société la moins héritière de 68 : nous sommes restés avec « les mêmes mythes et les mêmes institutions », à droite comme à gauche, « inattaqués et inattaquables ». « Une société schizophrénique » dans une France en voie de muséification … il y a de quoi boire pour oublier. Or, mai 68 vit une formidable envie d’ouverture, de rupture avec un pays fermé sur lui-même : « nous sommes tous des juifs allemands ». Mais aujourd’hui, quand l’Allemagne a réussi à intégrer 17 millions d’Allemands de l’Est, nous avons parqué 6 à 7 millions de nos concitoyens dans des banlieues. Les barres des cités ou le symbole de cet échec. Finalement, le mouvement étudiant fut quelque peu fragile ; s’il y eut des avancées suite au mouvement social, les accords de Grenelle, la mobilisation estudiantine n’eut pas de répercussions politiques. Beaucoup se retirèrent en effet du monde politique. Mais les autorités en place, démythifiées par le mouvement, demeurèrent.
Au final, « tout le monde peut être l’héritier de mai 68 » : le mouvement n’appartient à personne. J’en veux pour preuve que nous autres utilisateurs d’Internet nous inscrivons dans ce bouleversement des hiérarchies traditionnelles de transmission du savoir. On retrouve ce foisonnement d’idées, ce flot de parole
et de création sur le web que l’on trouvait dans les rues de Paris. Vous êtes en effet sur ce blog…
Margaux Bergey
A propos de ces hommes « de l’autre côté des barricades »
13/05/2008
« La prise de la 1ère barricade a été longue et à certain moment dramatique (…) je dois signaler qu’il s’agit à partir de ce moment de l’engagement le plus dur face à des adversaires totalement déchaînés ».
Commissaire principal du 1er arrondissement, à Monsieur le Directeur Général de la Police Municipale, Paris, 7 mai 1968[1]
Le boulevard.
Le boulevard Saint-Germain.
Mai 1968.
Les barricades !
La FNAC nous propose, à nous, étudiants de Sciences Po, de nous « attaquer au mythe de Mai 68 ». Qu’attend-on de nous ? Qu’on le célèbre ? « Mais oui, mai 68, la voix aux étudiants ! Les vieux ont fait leur temps ! Couchez-vous ! ». Qu’on le dénonce ? « Les réactionnaires, ce sont les gauchistes ! La jeunesse qui bougeait, elle était gaulliste ! ».
Résumons : la révolte étudiante de mai 68, pour reprendre les mots de Raymond Aron, c’est le « carnaval»[2]. N’en
parlons plus.
Alors je réfléchis, je marche sur le Boulevard Saint-Michel, descends la rue Gay-Lussac.
Les barricades. Des jeunes à franges et lunettes rondes. Et des banderoles surtout. « CRS SS ».
En face, les boucliers. La Police !
Voilà, parlons-en !
Assez de nostalgie ! On a assez vendu sur la fureur estudiantine ! 48 bouquins ! Les étalages de la Fnac couverts !
Mais la police ? Les petits pamphlétaires, nostalgiques ou anciens-combattants, savent s’affairer autour de l’héritage de mai 68, mais bien peu se soucient de ces fonctionnaires qui étaient en première ligne. Dans ce texte qui ne se veut pas exhaustif, j’ai voulu tracer brièvement le parcours des ces hommes qui portaient l’uniforme dans ce mois de Mai 1968.
Désordre public.
Pour Bittner, la Police n’est rien d’autre qu’ « un mécanisme de distribution dans la société d’une force justifiée par une situation ». Définition très « Sciences Po ».
Application de la violence légitime. Weber. Tout ça.
En mai 68, l’emploi de la force par la Police est justifiée : en face des forces de l’ordre, la guérilla urbaine. Une première -avec les manifestations de Détroit en 1967. Mais à Détroit, les réservistes de la Garde Nationale tirent : 40 tués.
En mai 1968, dans l’imaginaire des manifestants, l’uniforme, c’est la Réaction, c’est l’Ancien-Régime. C’est l’arbitraire et le fascisme, c’est l’Etat totalitaire. Tout ça à la fois. Cette représentation les mène aux références les plus effrayantes. Les cartons des archives de la Préfecture regorgent de ces pancartes saisies à la Sorbonne, aux Beaux-arts : « CRS SS », des croix gammées dessinées sur les banderoles, des têtes de morts casquées. Dernier tableau : des étudiants qui paradent devant les boucliers, le bras droit tendu en avant.
En fait, l’ultime barrière qui se dresse entre eux et l’ordre à abattre porte un visage : celui des fonctionnaires de Police. Les manifestants cristallisent ainsi toute leur violence, toute leur haine contre le pouvoir en place sur ces hommes. Ainsi, le « mouvement du 22 mars », pacifique, entend « répondre aux
provocations policières » et à la « répression violente des mouvements progressistes » par les jets de pavés pacificateurs et les coups de barres de fer progressistes.
Face à l’intensité de cette violence, les policiers sont fermes. Les charges sont dures, et la violence légitime d’Etat est appliquée avec soin sur les manifestants. Evidemment, il y a eu des dérapages : quelques charges non autorisées, des tirs tendus de grenade alors que seuls les tirs courbes sont réglementaires, des retours de projectiles, strictement prohibés.
Pourtant, aussi difficile que cela puisse paraître, le pire est évité. Et il faut reconnaître le rôle-clef du préfet de Police, Monsieur Maurice Grimaud.
Il a rapidement su discerner l’ampleur du mouvement. Plusieurs nuits, il est sorti en civil, au volant d’une voiture cabossée pour prendre la température des barricades et proportionner en connaissance de cause la réaction policière.
Sur ces mêmes barricades, combien rêvait de voir ce « sanguinaire » pendu à la lanterne, place de la Sorbonne ?
Le 29 mai, il envoie une lettre à tous ses hommes: « je veux parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force. (…) Nous gagnerions peut-être la bataille de la rue, mais nous perdrions quelque chose de beaucoup plus précieux : notre réputation. (…) Frapper un manifestant à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. (…) Nous nous souviendrons pour terminer qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on a accepté les plus dures exigences, mais aussi la
grandeur »[3].
Le manque de préparation et le traumatisme
En mai 68, la Police parisienne représente 30% des effectifs du service d’ordre déployé dans les rues. Les CRS et les gardes mobiles étaient spécialistes des violences de rue car ils avaient déjà eu l’occasion de se frotter à la rugosité des manifestations ouvrières. Mais le rôle des policiers se limitaient généralement à la « gestion urbaine ». Les barricades et les ruelles étroites du quartier latin sont un cauchemar où l’on est rapidement isolé. Ainsi, le matériel n’était pas adapté : uniforme avec cravate, casque, lunettes de protection, bâtons de défense en caoutchouc et seulement après la nuit du 10 mai, le bouclier rond plastique. Les rapports soulignent par ailleurs que ce sont surtout les lances à incendie et les milliers de litres d’eau qui ont été utiles.
Ensuite, il ressort des rapports une grande désorganisation des forces de police. La Préfecture n’est pas préparée à ce type de manifestations où les intervenants sont en petits groupes très mobiles et opérant rapidement sur plusieurs points. Les ordres sont contradictoires et la coordination des brigades est mauvaise. Par exemple, pendant l’après-midi du 10 mai, les policiers assistent sans broncher à la construction de barricades dans le Quartier Latin. Il n’y a pas d’autorisation d’intervention, ils ne peuvent donc pas interrompre ce qui préparait la résistance de la fameuse « nuit des barricades » du 10 au 11 mai.
Enfin, c’est le traumatisme. Des blessés d’abord. Les statistiques sont consternantes et expriment de la violence des affrontements. Entre le 3 mai et le 12 juin, 779 blessés au sein de la Police Municipale dont 456 par les fameux pavés parisiens. « L’escadron, dont les jeunes éléments conduits par des gradés courageux ont attaqué avec courage et sang froid les manifestants dans des conditions très dangereuses ; le nombre de blessés faisant foi »[4].
Mais la blessure n’est pas seulement là. Ce mois fut un mois d’amertume et d’exaspération pour la Police parisienne. Cible des campagnes de haine et de calomnie, les policiers furent impliqués à leur dépend dans la querelle politique de mai 68. Les familles sont également touchées, les « familles de flic »[5] :
une déposition mentionne par exemple un enfant âgé de 13 ans, frappé par ses camarades et insulté « fils de flic ! fils de SS ! fils d’assassins ! »
L’élément de trop fut l’occupation de la Sorbonne : après ça, la violence se concentre sur eux tandis que le gouvernement se déresponsabilise. Dans le Figaro du 13 mai 1968, l’Union Interfédérale des Syndicats de Police se plaint du « désaveu absolu de l’action des forces de polices par Pompidou » lors de son discours à l’Assemblée. Le syndicat indique que « les forces de l’ordre ont investi l’université sur ordre expresse du recteur et du gouvernement et dégage ainsi la responsabilité des forces de l’ordre sur cette occupation qui semble être à l’origine des évènements. Elle affirme que les policiers ont agi sans haine à l’égard des manifestants, déplore la montée des violences et l’absence de dialogue ».
S’il faut conclure, citons encore Raymond Aron, gaulliste pour l’occasion et qui fut l’un des intellectuels les plus durs face à la révolte des étudiants
lorsqu’il dénonce la « lâcheté du terrorisme ». Sans complaisance, reconnaissons le rôle et le courage des policiers qui ont mis fin à ce carnaval.
MAX BOUCHET
Remerciements :
§
G. Bordelais, de l’Université Evry-Val d’Essonne, dont le mémoire de thèse (2005-2006) m’a offert de passionnants moments de lecture. Vous pouvez consulter le texte au Musée de la Préfecture de Police de Paris.
§
Merci aux Archives de la Préfecture de Police, et tout spécialement à Madame Françoise Gicquel, Commissaire divisionnaire et Monsieur Acciari, pour leur accueil et leurs précieuses indications.
[1] cité par G. Bordelais, Université Evry Val d’Essonne, 2005-2006
[2] Interview de Raymond Aron sur INA.fr http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=Mai+68&cs_page=1&cs_order=0&num_notice=9&total_notices=933
[3] GRIMAUD Maurice, En mai, fais ce qu’il te plaît,
Ed. Stock, 1977
[4] Commissaire principal du XVèùe arr. à M. Le sous directeur, chef du 5ème
district, cité par G.Bordelais.
[5] Cité par G.Bordelais
Mai 68 au jour le jour avec Le Figaro - du 13 au 19 mai 1968
13/05/2008
Au fil des jours, l'actualité s'accélère. Une semaine très chargée en mai '68.
Lundi 13 mai 1968:
- « A Prague, l’inquiétude grandit ».
- « Amitié franco-allemande sous le signe du Bourgogne » : Willy Brandt et Couve de Murville se rencontrent.
- Mitterrand veut « aider et orienter les étudiants manifestants»
- Les syndicats organisent la plus grande manifestation depuis la Libération. La Sorbonne est rouverte.
- L’agence officielle Chine Nouvelle traite les communistes français d’«odieux renégats et de canailles ». Elle dénonce ceux qui « critiquaient hier la juste lutte des étudiants et qui commencent à les cajoler dans le but de masquer ses traits »
- Le groupe Occident (mouvement politique d’extrême-droite) parle « d’émeutes inutiles » ; il dénonce "le rôle provocateur d’une poignée d’agitateurs communistes commandés par l’anarcho-communiste Cohn-Bendit qui a détourné la révolte des étudiants contre le régime vers une émeute inutile, éprouvante et sans lendemain »
Mercredi 15 mai :
- Raymond Aron écrit une tribune « Réflexion d’un universitaire » , extrait : « Le gouvernement a multiplié les défauts mais M. Cohn-Bendit que la presse et la radios transfigurent en personnage historique ne me parait pas pour autant un rénovateur de l’Université française. (…) Les profs, rajeunis ou indignés, éprouvent une émotion commune et reprennent les mêmes mots d’ordre [ceux des étudiants]. Ils se retrouvent avec joie aux côtés des étudiants (qui les chahutaient la veille) pour dénoncer le Pouvoir. »
- Accueil triomphal de De Gaulle à Bucarest : « Bienvenue mon Général ! ». Il déclare « les Français et Roumains partage la même conception de l’indépendance et de la dignité de chaque nation »
- Réponse de Ceausescu à de Gaulle : « nos deux peuples se sont toujours compris quant à leur aspiration à la liberté nationale et sociale, aux idéaux de progrès et de dignité, à la paix et à l’amitié entre nations »
- Cohn-Bendit à propos de François Mitterrand : il « n’est pas un allié, mais il peut à la rigueur nous servir »
- Sur le boulevard Magenta, une dizaine de personnes sortent sur le balcon du siège de la SFIO et, encouragés par le chant de l’Internationale, crient au passage des manifestants : « De Gaulle Assassin ! Fouchet démission ! Unité ! Unité ! ». A quoi les manifestants leur répondent : « Bu-reau-crates ! dans la rue ! Bu-reau-crates ! dans la rues ! »
- Pompidou à l’Assemblée : <« Sans doutes ces étudiants se croient-ils novateurs ! Et cela n’est pas nouveau ! »
- Pour réparer l’outrage du 7 mai, les anciens combattants se sont rendus à leur tour sur la tombe du Soldat Inconnu et lui ont rendu hommage.
- Une contre-manifestation : un millier d’étudiants place de l’étoile: «Unité nationale ! Cohn-Bendit à Moscou ! La Sorbonne aux français ! L’UNEF à Moscou ! Allons à Assas déloger les bolchos ! »
Jeudi 16 mai :
- Discours de De Gaulle devant l’assemblée : « la Russie invitée à devenir un pilier du continent »
- Négociations américaines avec le Nord-Vietnam
- Première victoire de Robert Kennedy aux élections primaires démocrates au Nebraska : Kennedy 53%, Eugene McCarthy 31%
- Les étudiants investissement le théâtre de l’Odéon : l’Odéon fermé aux spectateurs bourgeois ! » . Un tract est imprimé : « l’imagination prend le pouvoir »
- A l’Odéon, le comédien Jean-Louis Barrault monte sur la scène : « je m’associe à votre mouvement mais il prend un caractère plus anarchique que positif et…l’Odéon est un théâtre (…) il eut mieux fallu se rendre aux Folies-Bergères » . Cette dernière phrase soulève un tonnerre d’applaudissement et le millier de manifestants présents reprend la phrase d’un seul souffle : « Oui ! aux Folies Bergères ! aux Folies Bergères ! » .
- Prévision météo pour le 16 mai 16h : « le soleil reste avec nous : ensoleillement important avec hausse lente des températures »
- Sondage sur l’opinion des Parisiens quant à la rénovation du quartier des Halles : « le quartier des Halles doit conserver son caractère »
Vendredi 17 mai :
- nouveau bain de foule pour De Gaulle en Roumanie : « Tapis de fleur et orphéon de village pour le Président de la République »
- « Opération : stabilisation et reprise en main soviétique en Tchécoslovaquie »
- Trois catastrophes dans le monde : tornades sur le centre des USA : 60 morts. Effondrement d’immeuble à Londres : 3 morts et 7 disparus. Tremblement de terre et raz de marée au nord du Japon : 31 morts 197 blessés.
- Site d’Abou-Simbel sauvé des eaux : 22 temples sont démontés et remontés ailleurs
Samedi 18 /Dimanche 19 Mai :
- « Le mouvement ouvrier prend le pas sur l’agitation estudiantine »
- « Cohn Bendit ? Connais pas ! » déclare Georges Séguy, avant d’ajouter : « la CGT ne permettra à personne de s’immiscer dans le mouvement des ouvriers » .
- Sciences Po : Les élèves transforment les oraux de juin.
Les étudiants ont adopté par 1400 voix contre 1020 à l’issue d’une AG une motion présentée par l’UNEF qui préconise :
- Surpression des examens oraux de juin
- Ouverture d’une session de septembre pour tous les étudiants recalés
- Création d’un conseil étudiant élu et chargé du dialogue avec les professeurs
- Poursuite de la grève et de l’occupation des locaux de l’institut
…et d’autres refusent l’extrémisme.
Un groupe d’étudiants souligne que plus de 1000 étudiant sur les 3000 de Sciences-Po n’ont pas été prévenu à temps de cette AG. Ils estiment que la majorité des étudiants a été une fois de plus jouée par 150 extrémistes. « C’est une minorité qui décide, estiment-ils, il devient absolument nécessaire que la majorité des étudiants puissent s’exprimer. (…) Il y aura une réorganisation rationnelle si la majorité des étudiants de l’IEP peut s’exprimer et si les professeurs ne sont pas tenus à l’écart comme pour l’instant par des extrémistes qui ne représentent qu’eux-mêmes. (…) Cette attitude arbitraire porte atteinte aux libertés individuelles les plus élémentaires. »
Max Bouchet
Dance - édition mai 68
09/05/2008
Dance, l'émission qui vous accueille après les vacances et qui marque le début du printemps.
Voici une playlist pour accompagner vos études et pour vous transmettre l'esprit de Mai 68 à l'international.
Et c'est ici ==> http://www.rsp.fm/public/index.php?option=com_content&task=view&id=398&Itemid=47
Dans cette émission vous retrouverez :
Beatles - Revolution
Otis Redding - (Sittin' On) The Dock of the Bay
Sergio Mendes & Brasil 66 - The Look of Love
The Temptations - Cloud Nine
Yves Montand - La Bicyclette
Cream - Sunshine of Your Love
Johnny Cash - Folsom Prison Blues (Live)
Claude François - Comme D'Habitude
Creedence Clearwater Revival - Susie Q
Louis Armstrong - What a Wonderful World
Beatles - Hey Jude
Greg - votre International DJ pour RSP
Mai 68 au jour le jour avec Le Figaro - du 6 au 12 mai 1968
08/05/2008
Lundi 6 mai 1968 :
- à côté de la Une qui titre sur la reprise de l’offensive nord-vietnamienne sur Saigon, un petit encadré : « Manifestation devant la Sorbonne interdite »
Mardi 7 mai :
- à 22h, les étudiants vont défendre leurs libertés universitaires en allant s’asseoir et chanter l’Internationale autour de la tombe du soldat inconnu.
- Notez la réaction des « Fils des Tués » (aujourd’hui « Orphelins de guerre »): ils considèrent que « les faits qui se sont déroulés à l’Arc de Triomphe sur la tombe du soldat inconnu constituent une profanation et une atteinte à la mémoire d’un mort et une offense à la conscience nationale ». Ils s’indignent que ce haut lieu du souvenir ait été choisi pour accomplir des gestes obscènes, entonner des chants révolutionnaires et déployer d’autres emblèmes que le drapeau national.
Samedi 11 mai :
- Premier article sur les violences dans les rues : la nuit entre les 10 et 11 mai a vu se dresser les premières barricades.
- « Nouvelle tentative de greffe du cœur » par le docteur Christian Bernard au Cap, le patient décédera quelques jours après.
Max Bouchet,
en direct pour vous depuis les archives du Figaro
Mai 68 : un mois qui commence le 1er jour.
06/05/2008
Qu'il y ait eu un 1er mai 1968? Et alors ? Des 1ers mai, et bien, il y en a tous les ans. Vraiment ?
Le 1er mai 1968, à l'appel de la CGT, plusieurs centaines d'ouvriers se réunissent afin de participer au défilé qui les mènera de la République à la Bastille. Les manifestants se retrouvent à 15 heures à République afin de se rendre à Bastille, ce qui leur prit deux heures, tout cela dans le plus grand calme. A sa tête, M. Seguy secrétaire général et M. Waldek Rochet représentant le Parti Communiste Français. De nombreuses déléguations étrangères sont présentes comme la déléguation du Nord Vietnam brandissant des drapeaux rouges et une délégation du FLN.
C'est un premier mai comme les enfats de l'après guerre froide en connaissent tous les ans.
Pour nous, cela peut paraître banal, après tout, tous les premiers mai, les contestataires les plus diverses descendent dans la rue et se font entendre (...ou pas).
Le 1er mai 2008, les cortèges s'étendaient sur plusieurs milliers de personnes à travers toute la France. L'on trouvait dans le cortège des sans-papiers, des anarchistes, des socialistes, des communistes, des pro-palestiniens... toutes les revendications les plus diverses se trouvaient entre la République et la Nation à Paris jeudi dernier. Et bien, c'est un premier mai. C'est le jour de la fête du travail, c'est surtout un jour symbolique pour « descendre » revendiquer, revendiquer son existence, ses convictions, rappeler au pouvoir – quelqu'il soit- que ce n'est pas parce que l'on est en démocratie représentative que l'on ne s'exprime qu'une fois tous les cinq ans. Lorsqu'il a fallut revendiquer son attachement à la démocratie et à la République en 2002, des millions de personnes ont choisit la date symbolique du 1er mai pour le rappeler.
Tous les 1er mai ai-je donc dit. Vraiment ? A vrai dire si cela peut nous parraitre évident de célébrer le 1er mai en profitant d'une journée de congé à s'échanger du muguet et à descendre affirmer ses revendications les plus diverses dans la rue, ce ne fut pas aussi évident pour nos parents, et en particulier pour ceux qui à notre âge ne voyaient personne descendre dans la rue le 1er mai. Ce 1er mai, nous le devons en partie à mai 68.
Evidemment, mai 68 n'est pas aux origines du 1er mai : celles ci remontent bien plus loin. En 1886, aux Etats-Unis, à Chicago, des émeutes éclatèrent car les ouvriers ne voulaient plus travailler plus de 8 heures par jour. En 1889, le Congrès international socialiste de Paris adopte le premier mai comme jour de revendication des travailleurs. Sur proposition de Raymond Lavigne (né 17-2-1851), le Congrès décide d'organiser une manifestation internationale à date fixe pour que le même jour les ouvriers demandent la journée de 8 h. Le premier mai est choisi, l'American Federation of Labor l'ayant déjà adopté. Le premier mai est alors célébré annuellement dans les deux pays. Mais c'est le 29 avril 1947 que le 1er Mai est déclaré jour chômé et payé (mais légalement il n'existe pas de fête du Travail en France, seulement un jour férié).
Le premier mai est fêté presque tous les ans, mais pas obligatoirement par un défilé. Ce 1er mai 1968, les ouvriers qui répondent à l'appel de la CGT repprennent un défilé traditionnel qui n'a pas eu lieu depuis 14 ans. Il eut lieu sans encombres, et depuis les travailleurs ainsi que tous ceux qui se retrouvent sous l'égide du premier mai peuvent défiler chaque année de la République à la Nation. Et c'est grâce à ce 1er mai 1968 que cette tradition est entrée une fois pour toute dans les moeurs.
Lucile Chneiweiss
1er mai 2008.
Mai 68 au jour le jour avec Le Figaro - du 1er au 5 mai 1968
05/05/2008
Que fut mai 1968 ? Pour faire un petit historique des évènements de Mai 1968, je me suis rendu dans les archives de la Préfecture de Police de Paris où j’ai épluché les numéros du Figaro de l’époque. Un volume énorme, poussiéreux, sur ces jours qui nous paraissent aujourd’hui assez anecdotiques.

En lisant le Figaro de mai 1968, on se rend compte que l’Histoire fut partout dans le monde, et un peu sur les barricades.
Je me suis amusé à sélectionner ici des titres, des anecdotes et des extraits d’article sur ce qui s’est passé, en France et dans le monde en mai 1968.
Le choix est donc totalement subjectif : d’abord parce que ces lignes proviennent du Figaro et ensuite parce que je n’ai pas cherché à hiérarchiser ou à analyser quoi que ce soit. Ces évènements, petits et grands, ne se réfèrent pas forcément aux troubles parisiens. Justement, ils ont tous leur importance car ils concernent, chacun à leur manière, le vécu des hommes de l’époque.
Chaque semaine seront donc postées sur le blog quelques lignes tirées des pages du Figaro de l'époque.
Mercredi 1er mai :
- La CGT renoue avec la « tradition du 1er mai ». Défilé de la CGT à Paris.
- Défilé militaire à Jérusalem : le butin militaire récupéré au Sinaï dans les rues de la ville, dont « les fusées que Nasser n’a pas eu le temps de pointer vers Israël ».
Jeudi 2 mai :
- la police informe « les mauvais plaisantins qui signalent des feux imaginaires par téléphone aux pompiers » qu’ils encourent 8 jours à 1 an de prison et 720 à 7200F d’amende
Ailleurs
- « Le Vietminh accentue sa pression autour de Saigon ».
- « L’Indonésie propose d’envoyer un de ses navires dans le golfe du Tonkin pour supporter les Américains ».
- « Pompidou part pour l’Afghanistan »
- Il est décidé que le Concorde, fruit de la coopération franco britannique, s’écrira sans « e » et qu’il y aura du retard.
Vendredi 3 mai :
- page 12 : premières violences à Nanterre. L’UNEF, aux côtés de la Fédération Nationale des Etudiants Révolutionnaires et de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire organise un 1er meeting. Les premiers braillards de 1968 interrompent le cours de René Rémond.
Pour la petite histoire (résumé d’un encadré page 12 de ce 3 mai) :
A 15h, René Rémond doit donner à Nanterre son cours d’histoire en amphi B2.
Mais à 14h30, l’amphi est envahi par des étudiants qui veulent lancer « les journée révolutionnaires anti-impérialistes» en y projetant un film sur le Viêtnam. En entrant à 15h, pour y faire son cours, René Rémond manque de se recevoir un banc, lancé depuis les gradins. Les étudiants chantent l’Internationale. Refusant de se soumettre à un tel spectacle, René Rémond, grand esprit libre, annonce qu’ « [il] refuse de faire cours ailleurs » . Notre regretté Président de la FNSP aura finalement été le premier professeur confronté à la révolte des étudiants.
Samedi 4 - Dimanche 5 mai :
« Sorbonne évacuée ! »
MAX BOUCHET
Une droite qui ment
04/05/2008
En France, nous fêtons cette année le quarantième anniversaire de Mai 68. Mais attention aux récupérations politiques !
Celles-ci s’annoncent en effet nombreuses, d’ailleurs le site Internet de l’UMP Grandes Ecoles consacré aux quarante ans de Mai 68 est l’exemple le plus probant… Et dire que certains de leurs militants se revendiquent de l’héritage historiographique de René Rémond ! Le vénérable historien doit se retourner dans sa tombe, hélas.
Le PS veut lui aussi fêter les quarante ans de Mai 68 ? Pourquoi pas. Mais il faut le faire alors différemment de la droite. Le PS ne doit pas faire de Mai 1968 son héritage particulier, mais doit expliquer clairement en quoi 1968 est l’héritage de tous les Français et que, sans 1968, la France du XXIe siècle n’en serait sûrement pas là aujourd’hui.
Ce travail d’explication ne peut être réussi qu’en rétablissant un certain nombre de vérités et en déconstruisant le discours de droite, volontairement mensonger sur l’année 1968, et le Mai français en particulier.
En tant qu’internationalistes convaincus, nous devons avant tout rappeler que l’année 1968 ne s’est pas arrêté aux portes du quartier latin. Non, 1968 est une « révolution mondiale » dont les mouvements sociaux du Mai français ne sont qu’une petite partie.
Ce Mai français a-t-il été réussi ? A-t-il laissé un héritage dont nous pouvons nous enorgueillir aujourd’hui ?
La droite semble tenir un double discours lorsqu’il s’agit de répondre concrètement à ces deux questions. D’une part Mai 68 aura été un échec et son héritage une catastrophe. D’autre part, les jeunes de 1968, en particulier, auraient quand même permis à la jeunesse de se libérer , mais le flambeau devrait être repris par les jeunes populaires et par les étudiants de l’UNI. Bref, par les jeunes de droite…
Le premier discours est déjà une belle erreur d’appréciation et pourtant c’est le discours du Président de la République, Nicolas Sarkozy ! En effet, selon un sondage réalisé auprès des Français, en novembre 1998, « les mouvements étudiants de Mai 68 » arrivaient en seconde position, juste derrière la Seconde guerre mondiale, en tant qu’événement marquant du XXe siècle, confirmant ainsi l’intuition légitime que 1968 marque une étape essentielle dans l’histoire de France . Mais rappelons nous pourtant le discours de Bercy, le 29 avril 2007, dans lequel le futur Président de la République déclarait alors : «L'héritage de Mai 68 doit être liquidé une bonne fois pour toutes.»
Des paroles en l’air : Nicolas Sarkozy faisait de Bernard Kouchner, un des acteurs de Mai 68, son ministre des Affaires étrangères.
Néanmoins, lorsque la droite se résigne à accepter l’héritage de Mai 68, c’est au prix d’ amalgames nauséabonds . La droite d’aujourd’hui n’est en rien héritière POLITIQUEMENT des mouvements sociaux de Mai 68, mais au contraire de la réaction gaulliste du 30 mai et de juin 1968. Qu’est-ce que l’UNI ? Une association étudiante créée à partir des SAC, les Sections d’Actions Civiques, réputés pour leur extrémisme. Qui était responsable du SAC en 1968 ? Charles Pasqua. Avec qui Nicolas Sarkozy a fait ses premières classes politiques ? Charles Pasqua. De qui s’est entouré Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir ? D’anciens membres d’Occident (groupe d’extrême droite) comme Patrick Devedjian qui répandaient la violence dans le mouvement social. On comprend que Nicolas Sarkozy veuille liquider l’héritage de ce Mai 68-là…
Le premier mensonge de la droite concerne le mouvement social de 1968 en lui-même . C’est en fait toujours la même argumentation propre à la droite. De Mai 68 au mouvement contre le CPE de 2006 : les mouvements sociaux seraient le fait d’une minorité contre une majorité silencieuse . Hélas pour la droite, en ce qui concerne Mai 68, les faits sont là : l’opinion publique était favorable au mouvement étudiant à ses débuts, c’est l’absence d’issue politique immédiate qui conduira l’opinion publique à se retourner. En outre, le 22 mai, on décompte plus de 8 millions de grévistes : il est donc absurde de parler de majorité silencieuse. Enfin, n’oublions pas que, même après la manifestation du 30 mai, de Gaulle est de moins en moins populaire chez les Français. Il démissionne d’ailleurs en avril 1969.
Le second grand mensonge de la droite est de faire croire que Mai 68 aurait ouvert l’ère du laxisme généralisé . Cette thèse résume toute la pensée politique d’un « philosophe » comme Luc Ferry. Il est navrant de voir ici se confondre laxisme et liberté. Mai 68, c’est en effet d’abord la libération de la parole. La libéralisation de l’ORTF est probablement la conséquence la plus palpable de Mai 68. Libération de la parole donc et contestation de l’autoritarisme, de l’impérialisme et du totalitarisme ; les cibles sont claires : le PCF et le pouvoir gaulliste. Sans cette libération de la parole qui s’est exercée de manière non-violente, un certain nombre de droits aujourd’hui acceptés par tous n’auraient pu être conquis. C’est après Mai 68, durant les années 1970, que les mouvements pour la libération sexuelle, les mouvements féministes, les avant-gardes culturelles gagneront la reconnaissance de ces droits. Aujourd’hui, si la France connaît une si grande vitalité associative, c’est grâce à Mai 68 qui a permis à la société civile de s’imposer comme le contre-pouvoir par excellence à l’Etat et aux entreprises.
La droite aime l’opportunisme. Pour attaquer Mai 68, elle récupère aujourd’hui à son compte le discours du PCF d’alors : les soixante-huitards aujourd’hui seraient les garants de l’ordre établi . C’est le troisième mensonge. Les soixante-huitards se seraient embourgeoisés (la droite parle de « bobos », vocable emprunté à l’extrême droite d’ailleurs) et auraient trahi leur « cause » en se vendant au néolibéralisme. C’est un argumentaire de café du commerce.
D’abord, il n'y a pas de portrait type du soixante-huitard . Les soixante-huitards sont ceux qui ont participé aux mouvements sociaux de l’année 1968 et à leurs suites jusqu’à la fin des années 1970 : « génération 1968 ». Ensuite, les soixante-huitards ne sont pas exclusivement représentés par les anciens membres très médiatisés aujourd’hui du courant de la gauche prolétarienne (à l’époque à la remorque du mouvement). À côté de cela, il y a le courant libertaire et le courant deuxième gauche (la CFDT). Enfin, il n’y avait pas pour la majorité des soixante-huitards de « cause » : la prise de pouvoir n’a jamais été l’objectif du mouvement de Mai. L’esprit de Mai était tout autre : il s’agissait de renverser des ordres établis certes, mais surtout d’amorcer un processus de démocratisation de la société et de libéralisation des mœurs. Et donc de ce point de vue-là, les soixante-huitards ont atteint leurs objectifs.
Un dernier mensonge honteux de la droite : celui d’ imputer à Mai 68 un soi-disant fossé entre les générations . Pour la droite, les soixante-huitards avaient tout, mais voulaient plus. Mai 68 leur aurait donné bonne conscience et permis d’obtenir le meilleur pour leurs enfants ce qui aurait sapé l’envie de s’engager des générations successives. C’est ce que résume le fameux slogan, « les soixante-huitards ont à leur tour légué un héritage lourd pour notre jeunesse », du site de l’UMPGE. Ce raisonnement est faux, bien entendu. En effet, en 1968, il y avait bien un malaise : il s’est traduit par le mouvement social. Et si les soixante-huitards ont obtenu mieux pour leurs enfants, ce n’est pas pour les empêcher d’être, eux aussi, jeunes. D’une part, tous les jeunes n’ont pas vu leurs conditions s’améliorer : on pensera aux jeunes des banlieues que la droite a définitivement oubliés. D’autre part, les jeunes après Mai 68 ont continué de s’engager comme l’a montré le mouvement contre le CPE en 2006.
Et la gauche quand même dans tout ça ?
Longtemps, il est vrai que le Parti Socialiste a considéré d’un œil soupçonneux Mai 68. D’ailleurs, le PS dans sa majorité n’est pas issu d’une gauche héritière de 1968 et s’est donc bien gardé d’y faire référence. Mais tout cela a changé aujourd’hui. Avec le meeting de Ségolène Royal, en mai 2007, au stade Charléty, le PS acceptait officiellement l’héritage de Mai 68.
Mai 68 a donc laissé un héritage à tous les Français , en faisant de l’engagement une démarche accepté par tous. Mais, nous qui sommes jeunes, savons que les combats de notre génération sont différents de ceux de la génération 1968 . Nous n’imiterons pas nos parents car les sujets sur lesquels s’engager sont propres à notre temps. Nous n’avons pas renoncé à l’engagement car nous savons que des grands chantiers doivent encore être menés pour améliorer notre quotidien. Il y en a au moins deux qui mobilisent les jeunes, au-delà des barrières politiques : c’est la lutte contre la précarité et la construction européenne . Mais ce sont aussi ces deux chantiers-là que la droite a définitivement oubliés...
Diego Melchior - Section PS Sciences Po

1968 : diversités internationales et convergence nationale - suite et fin
04/05/2008
La diversité oubliée des "soixante-huitards".
La "haine" de mai 68 chez les "conservateurs".
1968 à Berlin, et les liens entre les mouvements estudiantins à travers l'Europe : "un petit complot international".
1968 : diversités internationales et convergence nationale - épisode 6
04/05/2008
La position de Simone Veil.
Suite de l'analyse des représentations actuelles de mai 68 d'après le sondage du Nouvel Observateur.
L'éclipse de la grève générale ouvrière par la révolte étudiante dans les souvenirs.
1968 : diversités internationales et convergence nationale - épisode 5
04/05/2008
Le soixante-huitard : ses enfants qui s'expriment aujourd'hui, les représentations et les clichés.
Retour sur le sondage réalisé par le Nouvel Observateur sur l'héritage de mai 68.
Les remises en question : la position de Nicolas Sarkozy, les "frustrés" et les "antis".
Julien Dray, un "fétiche écrasant".
1968 : diversités internationales et convergence nationale : épisode 1
03/05/2008
Le CEVIPOF organisait le 14 avril une conférence sur le thème "1968: diversités internationales et convergence nationale" . Voici un premier extrait du débat autour de l’ouvrage Dictionnaire de mai 68, dirigé par Jacques Capdevielle et Henri Rey, (Paris, Larousse, mars 2008). D'autres extraits suivront dans les jours à venir.
Interview de Julien Dray : Mai 68 m'a ouvert les yeux en politique
30/04/2008
Une interview de Julien Dray, porte parole du parti socialiste. L'occasion de replacer mai 68 dans son contexte et de faire un bilan des conséquences à long terme du mouvement.
Retrouvez d'autres interviews de personnalités marquantes sur www.rsp.fm, le site de la Radio des Etudiants de Sciences-po.
Bien, ça fait 40 ans, et alors ?
28/04/2008
« Alerte, l’engourdissement guette Sciences-po ! »
Ces mots flottent, parmi d’autres, sur un mur du hall de notre vieille maison. Rue d’Assas, sur un mur de la faculté de droit on lit : « Comité civique demande bonnes consciences pour délations ». A Nanterre on souhaite : « Bientôt de charmantes ruines » et on l’écrit sur un mur. Et on scande : « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves. »…
Quarante ans en arrière le mois de Mai fit trembler la vieille République gaullienne dans ses charentaises et manqua lui faire rechausser ses bottes pour se solder finalement par la plus belle sortie de chaussettes à clous de la Vème République.
Bien, ça fait 40 ans et alors ? Une amie, qui n’est pas de gauche, me disait hier : « Mai 68, qu’est-ce que vous en avez à faire ? ». C’est une bonne question, à laquelle je vais essayer d’apporter un brin de réponse.
Mai 2008, les barricadiers de la rue Soufflot au Panthéon !
Je pense que quand on est de gauche on a, quelque part au fond de soi, le palais de la Modena en flammes, s’effondrant sous les bombes du fascisme. Je pense qu’au fond de son placard on a, enfoui sous la glorieuse poussière du souvenir, le feutre de Léon Blum et un poil de barbe de Jean Jaurès, comme talismans ! Je pense que l’on se prend à relire avec émoi les discours de Clemenceau ou de Badinter sur l’abolition de la peine de mort. Et dans l’album photos, entre les clichés vieillis de la Commune et ceux, numériques, de la dernière campagne présidentielle, sont glissés quelques images de Mai : des CRS, des pavés, des slogans, des filles souriantes et des garçons aux cheveux longs,…
Cela s’appelle la mémoire politique, l’héritage. Ce sont des symboles. Cela fait partie de l’esthétique, de l’engagement de gauche. J’entends déjà ricaner… « On la voit la gauche, archaïque, regardez, elle a 40 ans de retard, voire plus. Mais modernisez-vous bon sang ! ».
Là est une différence cruciale. Mai 68 est pour moi et ceux de mon camp un souvenir romantico-politique. Mais nous ne rêvons pas de faire aujourd’hui Mai 68, tel n’est pas notre programme. Et nous ne sommes pas le parti d’une faction. Nous sommes le parti de tous et d’aujourd’hui. Et si sur les photos de Mai, je me sens plus proche de l’ouvrier gréviste que du CRS, je vois malgré tout deux victimes d’un système qui méritait d’éclater. Et mon souhait est que la société soit organisée de telle manière à ce que les matraques et les pavés n’aient plus à se parler de manière aussi musclée, pour ça il faut réformer la société, progresser sur le chemin de l’égalité des chances et des droits, de la justice sociale et de la liberté politique. C’est pour ça que je suis socialiste, je me sens du côté des grévistes de 68 parce que je vois l’injustice contre laquelle ils se sont élevés et je souhaite qu’à l’avenir de tels soulèvements ne soient plus nécessaires car, hélas, ils opposent les victimes aux victimes…
Mais qui donc a 40 ans de retard ? Qui rêve encore de Mai 68 ?...
Apparemment nos adversaires en font des cauchemars. Et j’irai plus loin, pour eux ce souvenir fonde une politique. Une politique d’ordre et de sécurité, une politique de la matraque bien plus que de la libération sexuelle… Mais parce que la droite d’aujourd’hui s’est bien rendue compte que « jouir sans entrave » est plus agréable, au fond, que de « travailler à la sueur de son front » et d’ « enfanter dans la douleur », en menant cette politique elle n’a même plus l’honnêteté de tante Yvonne. Son discours est encore plus étrange que celui de ses vieilles années. Il s’agit de faire comprendre que certains ont le droit de jouir, parce qu’ils occupent certaines places dans la société et que d’autres doivent travailler toute leur vie pour mériter la montre, la belle voiture et le reste…
Alors qu’avons-nous à faire de Mai 68 ? Et bien pour nous c’est un symbole et une étape dans le progrès de notre société. Nous sommes en paix avec Mai 68, ni triomphateurs, ni revanchards, le passé c’est le passé comme on dit. Mais en face… Et bien en face ils ont plus de problèmes, il faut les comprendre. La liberté de tous les effraie un peu, parce qu’elle fait de l’ombre à la sacro sainte autorité, surtout quand elle est liberté de jouissance et d’épanouissement. Mais en même temps, le droit au bonheur et au plaisir c’est tentant… Et pourtant, c’est coupable, parce que jouir est un péché. Alors on retrouve les bonnes vieilles recettes de la bigoterie : le mérite, le travail, la souffrance, l’effort avant le réconfort, le devoir des uns et le droit des autres…ou l’hypocrisie, tout simplement…
Mai 68 n’est pour nous ni un programme, ni une question, ni un problème. C’est un fait, une étape, un pas. Il y a du bon et du mauvais, dans la méthode et dans le fond. Mais telle n’est pas la question du jour. Dans la société de XXIème siècle les héritages de Mai ont eu le temps de passer à travers le tamis de l’histoire et des différents gouvernements. Ce qui reste n’est pas contestable, ce sont des progrès démocratiques : la femme doit être l’égale de l’homme, ils doivent tous les deux être libres sexuellement, pouvoir maîtriser leurs corps et leurs vies et avoir le droit au bonheur et à l’épanouissement, quelle que soit leur position sur l’échelle sociale, librement.
Vouloir solder cet héritage, c’est être rétrograde. Vouloir en profiter pour soi en privant une partie de la société de la possibilité matérielle d’exercer ces droits, c’est ne même pas avoir le courage de ses idées. Si on n’est même pas capable de s’appliquer à soi même les principes que l’on veut appliquer à la société, c’est que l’on reconnaît qu’ils sont mauvais. Je ne reproche pas au Général d’avoir voulu étouffer Mai, il allait en week-end à Brégançon en DS, parfois au péril de la vie des poulets de tante Yvonne… Mais de ceux dont la vie illustre l’héritage de 68 j’attends qu’ils ne prétendent pas que ces principes sont nocifs pour la société. Du temps de l’UDR un préfet divorcé était mis à la retraite d’office, je ne regrette pas cette époque, je comprends qu’on veuille mener une vie plus moderne. Mais dans ce cas, que tous puisse mener le même type de vie s’ils le souhaitent.
Aulne Abeille
Trésorier de la section PS Sciences Po
Mai 68 : et la gauche créa l'UNI
28/04/2008
Mai 68. La rue se soulève, les étudiants s'affirment, le général disparaît. Baden-Baden. Le président en Allem

