Coup de coeur : La route
21/04/2008
Lors d’une de ses rarissimes interviews on demanda à Cormac McCarthy d’où lui était venu le sujet du livre, un homme et son jeune fils seuls dans un monde post-apocalyptique, errant sur la route avec un caddie; il répondit qu’une nuit il était dans un hôtel avec son fils, il était éveillé et regardait par la fenêtre la ville plongée dans le silence, il pensa à ce que pourrait devenir cette ville quand son fils serait grand et il l'imagina anéantie. Ce fut le point de départ de ce roman.Un roman que l’on lit du début à la fin les sens troublés et le ventre noué tellement les sensations de faim, de froid etde peur sont décrites avec véracité (il pleut, il neige, et la cendre envahie tout). A chaque page onsent qu’il est plus facile de mourir que de survivre. Ce vieil homme opiniâtre conduit son fils de bivouacs en refugesde fortune avec l’espoir infime de trouver la mer et des lieux plus cléments. Ils vivent comme des clochards sur cette route, en quête des moindres restes de nourriture rescapée du désastre; et ils ne sont pas les seuls sur cette terre couverte de cendres: quelques pauvres zombies, moribonds solitaires, anthropophages faméliques en bandes organisées sillonnent également cette route devenue le lieu de toutes les barbaries. Ce qui m’a frappé dans ce roman est la parfaite symbiose entre le fond et la forme, entre les sensations décrites et le style sobre, sans affects et sans pathos. Une langue âpre et soudainement surprenante et riche, toujours concise et précise, parfois savante. Le récit est ponctué de dialogues entre le père et le fils, dont l'humanité en sursis perfore la croûte infecte du monde. Cormac McCarthy est, on le sent à la lecture de ses autres romans, comme un grand coloriste; cette fois il peint avec les gris les plus sombres cette histoire, posant ça et là quelques touches de couleurs raffinées. Lire « La route » c’est courir le risque d'être foudroyé sur place par la prégnance d'un texte au calme désespoir, prophétisant l'inéluctable fin de toutes choses.
Olivier



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