Chacun à sa place...
12/10/2008
Je n'ai pas fini de te parler des écrivains que j'ai croisé lundi dernier.
Sur la scène, il y avait aussi la belle Karine Thuil, visiblement heureuse de pouvoir échanger avec les lycéens et de lancer un pavé dans la mare d'un goguenard : « Vous en pensez quoi, vous, les lycéens, des scènes de sexe dans les romans ?». Avec un retour aussi sec: « nous, finalement, on en parle aussi tout le temps, alors... », par une aussi jolie lycéenne.
Jean-Louis Fournier a été le premier à faire « sauter le standard » des questions des lycéens présents du fait du sujet de son livre mais aussi de l'humour employé. Ses réponses, à l'image de son livre, désinvoltes mais graves ont amusé l'assistance...sans vraiment détendre l'atmosphère: « mais si je n'avais pas eu l'humour, je ne serais plus qu'un lac de larmes... ».
Jean-Baptiste Del Amo a surpris par sa détermination malgré une étonnante jeunesse.
Jean-Marie Blas de Roblès ne m'a pas fait grande impression, au premier abord sur la scène. Ce n'est qu'après avoir échangé avec lui lors du cocktail que j'ai compris l'importance de son livre dans sa vie d'écrivain. Comme un navigateur en rupture qui dépense une partie de sa vie à construire son bateau pour la grande aventure du tour du monde, Jean-Marie Blas de Roblès a tout lâché pour écrire son livre pendant 10 ans...à raison de 8 heures par jour ! Il m'a fait part de ses espoirs, ses craintes, ses doutes malgré l'irrévocable confiance en cette oeuvre à venir, les variations d'éditeurs (à bon éditeur, salut !) et enfin sa satisfaction que le livre existe, qu'il soit édité, sélectionné par l'académie Goncourt...et finalement lu par les lycéens. Jean-Marie Blas de Roblès est revenu avec panache de l'autre côté du miroir. « Un écrivain qui n'est pas édité, c'est juste un mec qui fait chier tout le monde avec son hobbie» m'a-t-il confié, amusé (mais content de ne plus emmerder ses proches ?). Un écrivain, c'est surtout fait pour être lu. Et son livre est un fleuve (pas calme) qui mérite l'exploration, ne serait-ce que pour valider le bien-fondé de son aventure. Tu vas me dire que la « cathédrale » du facteur Cheval dont la construction lui a pris toute sa vie, n'en fait pas pour autant un chef-d'oeuvre universel. Ouais. Reste donc à lire les sept cent soixante six pages de Là où les tigres sont chez eux . Glups ! En plus, c'est écrit en tout petit. Ca va pas être comme une lettre à la Poste...
Enfin, il y avait Patrice Pluyette dans les invités à cette première rencontre des écrivains. Je l'avais déjà vu dans l'interview vidéo de Gaspard Proust mais je ne l'avais pas reconnu. Avec son air enfariné du mec qui vient de voler la planète Mars en passant par la Lune, je l'ai d'abord pris pour un lycéen. « Ca s'prépare bien, le bac français, c't'année ? », avant de le prier de rejoindre dans la salle au choix le lycée Jean Vilar de Meaux ou de Mongeron... Mais enfin non, c'était bien un écrivain en chair et en os (en os, surtout d'ailleurs). On a parlé Kouign Aman, Bretagne, blog, TGV, bref les trucs que s'échangent bloggers et écrivains quand ils se croisent dans le hall de l'Elysée-Biarritz...
Tandis que je regardais consciencieusement mes chaussures sur scène pendant que les écrivains répondaient consciencieusement à vos questions consciencieusement posées, il me venait consciencieusement l'envie de balancer quelques vannes entre les interventions des écrivains. Par exemple lorsque Mathieu Belezzi a parlé de l'absence de ponctuation dans son roman: « pour que le livre coûte moins cher ? », quand Patrice Pluyette a dit que « non, je n'ai écrit mon livre pour rien, en fait... ». « Pour 20 euros pièce, quand même, non ?... ».
Ou l'envie furieuse de me lever pour crier toute la vérité sur Jean-Louis Fournier : Oui, cet homme qui a l'air de s'en foutre n'est pas que le père d'enfants un peu débiles dont il raconte les frasques et ses dépits dans Où on va Papa ? ! Quand il a parlé de ses « travaux télé », tout le monde s'en est foutu. Mais cet homme est aussi le père de quelques séquences mythiques de « L'île aux enfants » comme « Antivol, l'oiseau qui ne vole pas » et « La Noiraude »: la vache neurasthénique qui appelle son vétérinaire (cf. les liens en bas). Mais si, « L'île aux enfants » avec Casimir, le gros truc orange avec la voix débile qui revient souvent chez Arthur, Michaël Young ou dans les soirées étudiantes. Oui mec, tu sais, la chanson « Voici venu le temps... ». Nan, tu sais pas... J'ai bien fait de ne rien dire.
D'ailleurs n'est pas Baffi qui veut. Et moi, je dois en général tourner dix fois les mots sur mon clavier avant d'en sortir quelque chose. Alors de là à les articuler correctement... Et puis le micro que j'avais utilisé pour essayer de balbutier quelques mots en début de séance était déjà reparti pour que quelques lycéens puissent prendre la parole. Ce qui finalement n'était pas plus mal...
En deuxième partie, je n'étais plus sur scène mais au premier rang. A ma droite s'est assis un monsieur très bien qui semblait acquiescer à tout ce que disaient les auteurs. Il me posait sans cesse des questions comme si je connaissais tout le monde « C'est son premier, à lui ? », « Qu'est ce qu'elle a écrit, elle ? ». « D'où il vient, le mec du fond ? ». Moi, j'étais surtout captivé par Karine Thuil. Pour de vrai encore plus belle que sur la jaquette de son livre. Et l'on peut faire confiance à son éditeur pour avoir essayé de mettre le paquet. De son côté, elle semblait regarder vers moi de temps en temps et me sourire chaque fois qu'elle était contente de ce qu'elle répondait. J'avais lu son livre et la savais donc capable de tout. Non que je lui prête les intentions de ses personnages. Mais un si jolie brin de femme qui imagine des histoires pareilles... A la fin de la séance, l'homme à ma droite s'est penché vers moi et s'est présenté. En fait, il est l'agent littéraire de Karine Thuil. J'ai alors mieux compris la destination des regards croisés de l'auteur de La domination ...
« Ta misérable figure n'intéresse pas les auteurs, mon pauvre Alphonse . Reste donc à ta place derrière ton clavier. Ta prose, peut-être éveille-t-elle l'intérêt ? », ce que je pense, lorsque le directeur commercial de la maison Grasset (dixit) m'adresse à nouveau la parole. Je ne me démonte pas. Il va sans doute me déclarer: « J'aime beaucoup ce que vous écrivez. Rencontrons-nous, (mon déjà) cher ami... ». Me remémorant ce que Karine Thuil a écrit de son éditeur dans La domination, j'appréhende quand même de me faire souffler le nom de « Jacques » dans la nuque lors d'un éventuel prochain rendez-vous. Mais je contrôle cette crainte devant la perspective d'une jaquette rouge à mon nom sur une couverture gaufrée jaune...
Finalement, l'homme à l'imperméable ajoute:
« Dites moi ? Vous qui êtes blogger, vous ne sauriez pas comment on peut effacer les mauvais commentaires sur un de mes autres auteurs dans le blog de l'année dernière ?»
Après cette journée de rencontres, d'échange, d'histoires passionnantes et de perspective de rêves, il était temps que je rentre...comme j'étais venu.
Alphonse Boudabard, blogger.
Les liens:
L'Ile aux Oiseaux
http://www.dailymotion.com/video/x538om_serie-tv-lile-aux-enfants_people
http://www.dailymotion.com/video/x4ccxm
Antivol
http://www.dailymotion.com/video/x8ls3_lile-aux-enfants-loiseau-antivol
La Noiraude
http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=...


Fnac.com
J'ai pour ma part pris "La domination" au premier degrés. Je n'ai donc pas perçu la "légereté" du livre. Au contraire, j'ai pris de plein fouet la force du récit et son côté à la fois décalé et dur. Mais je n'en dirais pas plus: je m'aperçois que je n'ai pas encore rendu mon billet sur ce livre... Rendez-vous dans mon prochain billet !
je viens de finir le livre de Karine Tuil. Pour ma part, je l'ai beaucoup aimé. Je le trouve a la fois léger , drôle parfois, mais quavec aussi sa part de brutalité (et je ne parle pas des scènes de sexe). tous ces êtres à la dérive nous fascinent et nous feraient presque considérer nos névroses familiales d'un oeil neuf. Comme autant de trésors à chérir...
Merci Alphonse,
j'aurais aimé poser à Karine Tuil, si le milieu de l'édition est un milieu si difficile.
Je lis comme je n'ais jamais lu !
hier j'ai adoré "où on va, papa ?"
j'ai commencé pour finir "Le rêve de Machiavel"
et j'aborde "jour de souffrance"
c'est un florilège de goûts et de thèmes !
j'ai été pendant une semaine sur "La beauté du monde" que j'ai finalement lu en diagonale...
J'en suis donc a 11 livres et je m'apprête a commencer le 12 ème
je prend de l'avance pour revenir sur certains après ...
Notre professeure prépare fébrilement la sortie a Lyon , je suis impateien tiens !
salut
adam
Salut Alfelfe,
Ca fait longtemps que je n'avais plus de tes nouvelles.
Tu devais être pris dans tes lectures.
Sur quel "pavé" es-tu ces temps-ci ?
Il n'est pas trop question que je me rende à Lyon pour des raisons de planning. J'espère néanmoins que nous aurons d'autres occasions de nous croiser.
Charles, toi qui a aimé "La domination", profite en: Karine Tuil est connectée. Pose lui donc tes questions !
Pardon, chère Karine, pour ce lapsus, sans doute révélateur.
Et 100 000 autres pardons d'avoir si cavalièrement écorché votre nom.
Je suis sans excuse (surtout après avoir appelé Patrice Pluyette, Patrick et mis deux "Z" à Mathieu Belezi...). Faudra-t-il instituer la dictée des auteurs au Blogger ?
Merci en tous cas de passer nous faire ce petit coucou.
Les lycéens vont certainement en profiter pour poser des questions sur le blog.
Alphonse Bhoudzzabhardk
Cher Alphonse,
Ce n'est pas moi mais un autre auteur qui a posé cette question aux lycéens, je leur ai simplement demandé comment leurs parents avaient réagi après avoir pris connaissance de la sélection !
Merci pour vos commentaires drôles et pertinents.
amicalement,
karine tuil (sans "h")
j'ai lu le livre de Karine Tuil, et je suis impressionné par le style.
Chaque phrase se lit avec plaisir. il y a des surprises jusqu'au bout.
j'en recommande la lecture.
j'ai hâte de pouvoir la rencontrer.
Salut,
est-ce que tu va venir a Lyon le 17 Octobre ?
Adam
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