Découvrir les auteurs entre les lignes
08/10/2008
Faut-il rencontrer les écrivains ?
Faut-il ne les juger objectivement que sur le fruit de leur travail ou au contraire, à la manière des rock stars, considérer que leur personnalité publique et ce que l'on sait de leur vie font partie de leur «oeuvre» ?
Peut-on être objectif sur un livre après avoir éprouvé de la sympathie pour son auteur ?
Un écrivain qui ne sait pas parler (en public) doit-il aujourd'hui être considéré comme un mauvais écrivain (public) ?
Je pensais, évidemment (comme tout le monde) à « l'Albatros » de Baudelaire et son « Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher. ». Quittant sa tour d'ivoire rédactionnelle, l'écrivain doit-il venir s'échouer à son tour dans les réunions publiques. A l'heure de la sur-médiatisation, le bagout de V.R.P. doit-il faire partie de la panoplie de l'écrivain contemporain ? Un écrivain beau est-il un écrivain bon ?
Bref, sachant que la plupart des grands écrivains sont mort depuis longtemps, nos écrivains contemporains n'ont-ils pas intérêts à se «cacher pour mourir» et laisser faire leur promo par les profs de français des lycées ? Victor Hugo aurait-il participé au Goncourt des Lycéens, Emile Zola se serait-il soumis à l'interview décalée de Gaspard Proust ?
J'en étais là de mes réflexions quand le train qui me menait à la première rencontre des écrivains s'arrêtait à Paris. J'avais terminé «Où l'on va papa» de Jean-Louis Fournier et lisais les dernières pages de « Qui touche à mon corps je le tue» de Valentine Goby. J'avais déjà vu Jean-Louis Fournier à la télé mais ne connaissais pas Valentine Goby; ni d'Eve ni d'Adam.
Je ne sais pas toi, mais moi, j'admire les gens qui sont capable d'aller de l'autre côté du miroir et d'en revenir comme si de rien n'étais, un petit sourire aux lèvres, racontant calmement leur voyage dans « l'au delà »: les plongeurs sous-marins chasseurs d'épaves, les marins hauturiers, les grands reporters et ceux qui font ce que je ne saurais jamais faire: conduire des avions, sauver des vies, surfer des vagues immenses...ou écrire des livres, donc.
C'est dire la joie qui était la mienne à la veille de cette rencontre. Même si j'appréhendais de croiser vos deux cent regards sur scène...et d'affronter d'éventuelles véhémences sur mes écrits vains d'écrivant par les écrivains décrivant les écrits nains de mon blog...
Et cette première rencontre avec les écrivains à Paris a radicalement changé mon avis sur les auteurs en général, et sur ceux du Goncourt, en particulier .
Oui, ils sont vivants Et bien vivant ! Ils sont finalement beaux, tous, sous les projecteurs, auréolés du mystère de leur capacité à transformer les mots en rêves (ou en cauchemars). Ils disent coquètement qu'ils sont « morts de trouille de venir sur scène» et que « vraiment c'est un exercice difficile » mais franchement, cela ne se voit pas.
Bien-sûr, les débats en eux-même ont été très policés, bien réglés, comment dire ? scolaire. Mais mon statut de blogger m'a permis de grapiller quelques moments privilégiés avec les auteurs, comme pendant la descente des auteurs dans la coulisse en attendant de monter sur la scène pour la première partie.
Ah la belle brochette d'écrivains dans ce couloir ! mi-anxieux, mi-amusés par ces circonstances. Les regards curieux qui se croisent, s'interrogent, se jugent, les quelques mots échangés. Valentine Goby: « Il y a un blogger qui.... ah, pardon, c'est vous ? » (je ne saurais jamais ce qu'elle allait dire. Force est de constater que je n'ai pas fait longtemps illusion en tant qu'auteur, je n'ai apparemment pas la gueule d'un écrivain...). Catherine Millet « sinon, vous faites quoi d'autre dans la vie ? » (tu veux dire en métier normal ?), Mathieu Belezzi « s'ils ne m'appellent pas, je n'y vais pas !» (pardon Mathieu, je t'ai un peu poussé pour que tu montes finalement sur la scène. Mais ce n'était pas si terrible, hein ?). Je découvre aussi Alain Jaubert, savant cosinus des nuits de Pompéi, Michel Le Bris, l'ogre des aventures romanesques, Catherine Cusset, rieuse ébourrifée et Salim Bachi, un érudit très discret. Je croise enfin l'immense stature d'Atiq Rahimi, magnifique mage afghan, impressionnant de charisme dans son long gilet tissé, drapé dans le mystère de son cheich couleur de désert...


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Merci pour ton Albatrust.
"In Alphonse We Trust"
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