En attendant les livres…
16/09/2008
Quatre jours que j’attends les livres. Les quinze. Autant dire mon quota de lecture pour l’année entière. A lire en deux mois. Du coup, je m’économise, en attendant.
J’ai décidé de ne plus lire du tout jusqu’à l’arrivée des bouquins. Rien, nada, tchiboul. Pas la plus petite liste de commissions, le moindre panneau publicitaire, la plus obscure marque sur l’objet le plus quelconque. Pour préserver mon instinct de lecture, ne pas fatiguer mes petits yeux qui vont être soumis à rude épreuve très bientôt. Et pour être sûr de tenir la distance avec la fraîcheur voulue. Tel le marathonien qui se met au vert quelques jours avant la course, pour garder du jus, son influx…
Quatre jours que je n’ai plus rien lu (à part vos commentaires, bien-sûr, seule entorse à mon régime sans lettre...). Depuis mon dernier bouquin : un pensum sur le débarquement du 6 juin 1944 vu par les allemands. Ouais, je sais. Peut-être que toi, tu te serais méfié. Mais je voulais savoir quel effet pouvait avoir le jour J, vécu du mauvais côté du mur de l’Atlantique. La curiosité est un vilain défaut. Et j’ai souffert autant que les malheureux teutons pris sous le feu nourri des bombardements alliés à l’énumération pointilleuse des différentes tactiques militaires et autres conquêtes et reconquêtes de la côte 622 ou 612, je ne sais déjà plus… « - Quelle connerie, la guerre, Barbara ! ». Surtout quand elle n’est pas racontée par Gérard Oury ou à la rigueur Spielberg… Ca m’a calmé pour un moment. Je parle des livres historiques. Parce qu’au sujet de la guerre, j’avais déjà mon idée…
Bref, je me sevre, je m’affame, je frustre mon désir de lire tout et n’importe quoi. Je fais abstinence en attendant l’orgie promise. Mais comme tout excès, mon anorexie littéraire a ses limites. Faute de lire les étiquettes des vêtements, mes lessives rétrécissent à vue d’œil. Ma cuisine est de plus en plus avant-gardiste voire douteuse, ce qui revient au même. A cause de photos d’emballages peu explicites, je cuisine des spaghetti à la crème Mont-Blanc et des ananas à la bolognaise.
Trop cuits, forcément, les spaghettis. Car avais-tu remarqué : souvent temps de cuisson de spaghetti varie ?
Pour les mêmes raisons, je me lave les cheveux au gel douche et me rase à la mousse coiffante. Et comme je demande mon chemin plutôt que de lire les panneaux indicateurs, je me retrouve souvent, sans vouloir en tirer de conclusion trop hâtive sur l’honnêteté intellectuelle de mon prochain, bien loin de l’endroit escompté. Impossible de faire marcher le moindre appareil électronique. La notice en vingt-cinq pages et dix-huit langues est interdite à mes yeux. J’ai renoncé à improviser l’ordre de montage des meubles achetés en kit. Les improbables sculptures contemporaines obtenues, peu en rapport avec le mobilier espéré, finissent immanquablement par s’effondrer d’elles-mêmes sur le parquet.
Une réflexion, au passage. L’art moderne serait-il mu par l’illettrisme ?
Je découvre donc une autre vie, pleine de surprises, jamais vraiment très bonnes. Et c’est fou comme son propre environnement quotidien peut devenir soudainement hostile et compliqué à un détail près. Mais ça me prépare pour le D-day, le débarquement des livres chez moi. Courage, « Les sanglots longs de l’automne… »
Je n’aurais jamais cru que la vie sans lecture, aussi, pouvait être une aventure !
Vivement les livres !
Alphonse Boudabard


Fnac.com
. . . qu'importe le livre pourvu qu'on ait l'ivresse . . .
Hey ! Frolik, je te sens aussi septik que sarcastik (tiens, la manie des "k" me revient...).
Mais tu as vu juste sur le bistro. C'est effectivement un lieu où l'on croise pas mal de chasseurs de fauves et autres contemplatifs de la beauté du monde. Ceci dit, comme avec certains bouquin, on en ressort parfois avec mal à la tête...
J'ai cru comprendre, en écoutant des auteurs, que les zincs pouvaient être au moins un lieu d'étude sinon un lieu propice à l'écriture. C'est donc un retour aux sources dans tous les sens du terme.
En revanche, ton sarcasme sur l’éventualité d’utiliser le jugement d’un autre pour me soustraire à ma propre lecture m’as piqué au vif ! Le défi est lancé. Et tu peux compter sur moi : ce sera bien mon avis que tu liras sur mes billets, fruit d’une lecture attentive de chacun des quinze livres.
Quitte à lire dans les bistros !
en même temps, c'était pas forcément méchant ; il en ressort parfois plus au bout de 5 mn au comptoir qu'au bout de 300 pages d'un livre !!! Bon allez, à la soupe maintenant, g assez dit de méchanceté aujourd'hui !
Ouh c'est pas gentil ça Frolik !
Alors que des centaines de milliers de lycéens attendent, attendent, et n'en peuvent plus de connaître what's up dans la littérature de la rentrée, tout-ouïes - enfin tout-yeux qu'ils sont de la bonne parole d'Alphonse !
Moi, personnellement, j'ai un lycéen chez moi, et toutes les heures il me tanne : "alors, alors, qu'est-ce qu'il y a à manger ?" euh oups pardon "qu'est-ce qu'il y a à lire ?"
Il fait semblant, c sûr, et va faire ses revues de presse au comptoir, à partir des critiques du "Parisien" avec les 2/3 pilliers présents . . . C un métier ça monsieur
Le risque sera effectivement l'indigestion. Il faudra faire honneur à la cuisine tout en se rassasiant. Et ne pas perdre l'appétit en route afin de gouter chaque plat à sa juste valeur...
Mais après tout, on ne parle pas ici du concours du plus gros mangeur de saucisse de Bron-Lez-Mezouilles. La pré-sélection semble augurer des mets de choix. Slurp ! J'en ai l'eau à la bouche.
Mais comment fais-tu ?
Ca va durer longtemps, ce sevrage bouquinesque ?
J'espère que ta dose va arriver bientôt, parce que c'est un coup à devenir complêtement fou !
Du coup tu vas te jeter comme un morfale ( un "daleux" ) sur les 15 livres, et les avaler cul sec, tu ne sauras même pas quel goût ils ont...
Allez la poste, apporte vite les precieux à Alphonse !
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