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Singué sabour d'Atiq Rahimi ou le choc du silence

22/09/2008

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J’ai choisi de commencer ma lecture avec Syngué sabour d’Atiq Rahimi. Sans doute parce que c’était le livre le plus court de la sélection. Mais aussi parce que dans Syngué sabour – Pierre de Patience, je voyais la promesse d’un gentil conte oriental…

 

Je te le dis tout de suite : Syngué sabour ne pousse pas à la rigolade. Une femme Afghane qui veille son mari plongé dans le coma après avoir pris une balle plus ou moins perdue dans la nuque, c’est pas, a priori, le sujet funky de l’automne.

 

Après quelques pages, j’ai donc lu le récit d’Atiq Rahimi comme tu vas voir certains films, sans les avoir choisi toi-même. Ces films d’art et d’essais que tu regardes, juste parce que la fille qui t’a proposé de l’accompagner est jolie, en pensant surtout au café que  tu vas partager après la séance et peut-être plus si affinité… A bien y réfléchir, ce prix Goncourt des Lycéens aura peut-être pour moi la vertu –hum hum- de ces jolies filles qui poussent à découvrir le beau là où on ne le cherche pas…

 

Pas facile, au départ, de se rentrer la tête dans le livre et de se frayer un chemin dans l’écriture de métronome d’Atiq Rahimi. Une description clinique de la situation, un peu comme celle des pièces de théâtre contemporain où l’on n’appelle pas les protagonistes par leurs noms mais par « l’homme », « la femme », etc. Une vision contemplative, immobile, qui donne l’impression d’avoir l’œil à la place de l’ampoule électrique suspendue au plafond de la pièce, qui regarde et entend tout ce qui se passe.

 

Et il se passe peu de chose dans un village en guerre, déserté par ses habitants. Ou plutôt, ce qu’il s’y passe est si infime, intime, qu’il faut ouvrir tous ses sens pour percevoir l’essentiel. Tout d’abord, un rythme, celui de l’écriture d’Atiq Rahimi, donc, qui oscille au gré des respirations de « l’homme » et des tours de chapelets des prières de « la femme ». Le temps, ici, n’est plus partagé en d’arbitraires minutes ou secondes mais fragmenté en dizaines d’humaines respirations, en centaines de perles de prières égrenées dans l’attente.

 

Puis, on entre dans l’angoisse et la solitude de la femme, victime de la folie des hommes.  Cette angoisse qu’elle finit par raconter à cet homme, son homme, toujours immobile, à la fois geolier et bouée de sauvetage, bourreau et confident libérateur. Une vie passée défile au rythme des respirations, des prières et des bombardements dans ce huit clos pesant. Une vie toute entière dictée par les autres, ces hommes pour qui seuls comptent leurs désirs, de faire la guerre surtout et de tordre les choses à leur bon vouloir.

 

Et l’on pénètre petit à petit mais de plus en plus profondément dans le drame de cette femme, en proie à un affreux destin dont elle se débat comme elle peut. Une descente vertigineuse dont on pense qu’elle en sortira délivrée grâce à la parole, cette intimité verbale, nouvelle, qu’elle impose à son homme, inerte mais conscient… peut-être ?

 

Réalité crue ou fiction, Syngué sabour est un conte. D’ailleurs, il parle d’un vieux conte. Un conte qui n’a pas de fin. Une fin que chacun doit deviner pour en connaître la morale. Et de rêves brisés : « Loin, quelque part  dans la ville, l’explosion d’une bombe. Violente, elle détruit peut-être quelques maisons, quelques rêves. » . C’est ça, pour moi, Syngué sabour : une bombe à laquelle je ne m’attendais pas, confortablement vautré sur mon canapé. A cinq mille kilomètres de ces femmes d’Afghanistan et d’ailleurs, qui vivent comme elles peuvent les conditions difficiles que leurs imposent des hommes. Et qui assument, malgré tout, leur vie de femme. La vie, avant tout. Tic tac, tic tac, tic tac… Boum !

 

Hey, mec ! Le monde est loin d’être un rêve.

 

Alphonse Boudabard

Vos commentaires
Alphonse Boudabard | 10/09/2009 à 23:16

Avant le retour du goncourt des Lycéens pour l'édition 2009, retrouvez moi sur mon blog perso :
http://alphonseboudablog.over-blog.com/

A bientôt !

Alphonse Boudabard

del | 18/05/2009 à 17:04

trop bien ce livre ^^
il m'a ouvert les yeux sur une réalité
ce livre est vraiment touchant et triste

michéle .l. | 16/02/2009 à 16:05

pour moi ce livre est un livre qui nous tire vers le bas je je n ai pas aimé personnelment heu.. je prefere les livres qui traite de resience plutot que de haine et je n aime pas non plus la facon vulgaire donc il parle de sexualiter se livre peu revele la haine chez les personnes qui on souffert de quelque maltetrance que se soit ....

Gautier | 21/11/2008 à 10:41

Un huis-clos entre une femme et son mari à l'agonie, je crois que l'idée a déjà été prise par Miguel Delibes avec "Cinco horas con Mario", auteur espagnol et prix Nadal (je crois aussi) dans les années 5O.

Arnaud (Lycée Roosevelt) | 04/11/2008 à 14:18

J'ai apprécier ce livre.
Premièrement par la facon dont les phrases ont étées construites, très courtes, mais allent droit au but, ce qui rend très agréable la lecture et m'as donné envie de continuer ce livre.
D'une autre part la façon dont cette femme se livre a son mari, est touchante sous un décor de guerre civil reflete un peu la nature humaine pleine de mensonges ou pasionnés.

Alice.B [lycée Roosevelt] | 01/11/2008 à 22:14

l'histoire ne m'as pas particulièrement plus je trouve ça c'est le premier livre du Goncourt qui m'as déçu j'espère que les prochain seront mieux a mon gout

Fanny mejean bonsecours | 24/10/2008 à 08:43

J'ai vraiment adoré ce livre et ma classe est de même emprise . Effectivement ce livre est tout à la fois émouvant choquant amusant par passage mais aussi triste. Cet ouvrage m'a vraiment touché.
Nous sommes allés il y a 1 semaine au point de rencontre à Toulouse pour rencontrer justement Atiq Rahimi. Il a été l'auteur le plus questionné et le plus demandé à la fin de la scèance. Les autres auteurs étaient un peu à l'écart et jaloux. Surtout Catherine Cusset ("un brillant avenir") qui a essayé avec peine d'attirer l'attention en allant même jusqu'à s'assoir par terre avec nous ( ce qui était extrémement inconfortable pendant 3heures). Un peu moins de la part de Salim Bachi (" le silence de mahomet") qui s'est fait remarquer avec sont humour et sa participation mais qui n'était pas clair dans sa démarche en se contredisant sur toute ses idées du début. On sentait un malaise avec lui à la fin de la séance (quelques questions l'embarassées).

Paule | 22/10/2008 à 20:38

J'ai beaucoup aimé ce livre!
On essaye de se mettre à la place de la femme et je pense qu'aucune d'entre nous ne serait restée auprès de l'homme.
Un livre que l'on a du mal à reposer, très facile a lire =D

Laura 2nd A Lycée Herriot | 19/10/2008 à 13:59

J'ai lue ce livre et franchement, je ne l'ai pas aimé du tout je me suis forcé à lire ce livre entièrement mais il n'y a pas ou vraiment très peu d'action tout au long du roman, cette femme qui s'occupe chaque jour de son mari blessé pendant une précendente guerre pendant qu'une nouvelle guerre reviens, il n'y a qu'a la fin que son mari innerte du début à la fin du livre, toujours alongé se faisait songné, qu'il réagit à force d'entendre tout ce que lui dit sa femme après tant d'année, et fini par la tué et se recouche. J'ai trouvé ce livre ennuyeux, ce livre ou il n'y a pas d'actioon n'est pas mon genre mais peut être plaira-t-il à d'autre ...

Alphonse Boudabard | 16/10/2008 à 21:13

Je te sens passionné, Manue.
Et décidé à voter pour "Pierre de patience" !
J'ai été, moi aussi, impressionné par ma rencontre avec Atiq Rahimi. Son charisme, sa gentillesse et son engagement en faveur de l'Afghanistan.

Manue | 16/10/2008 à 19:36

Ce livre est à lire . L'auteur , Akim Rahimi , a un style simple et facile à lire . Rien ne se complique . C'est une histoire touchante . Contrairement à d'autres livres que j'ai pu lire pour ce concours , il y a une histoire ,pas trop de description et on peut se plonger facilement dans cette lecture . J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur à Toulouse lors d'une conférence . Il nous a expliqué d'où il a eu cette inspiration pour une si belle et touchante histoire ... Inspiré d'une histoire vraie , seulement inspiré . Mais cela m'a permis de ne pas rester sur trois points de suspension à la fin du livre . J'ai remarqué lors de cette conférence où étaient aussi Catherine Cusset , et l'auteur du " Silence de Mahomé " , que les questions étaient surtout pour Akim Rahimi . En effet , je pense que cette année il sera le vainqueur du prix Goncourt et il le mérite .

Alphonse Boudabard | 12/10/2008 à 18:53

D'après ce qu'il nous a dit, l'auteur a laissé la fin volontairement ouverte afin que chacun imagine la personne qu'il souhaite voir entrer. C'est apparemment une constante des contes Perse que d'évoquer la symbolique des "pas qui arrivent", signe d'espoir ou de magie. Je comprends en revanche que cette fin te paraisse déroutante !

so | 12/10/2008 à 10:19

Dsl, je n'ai pa encoe lu ce livre, mais promi quan je lirai je viendrai laiser un petit com !
A bientot

cindy | 10/10/2008 à 19:22

J'ai fini ce livre hier soir, et j'avoue que la fin ma semblé vraiment... bizarre. J'ai du en parler avec des amies qui l'avaient deja lu pour qu'elles essaient de m'expliquer la fin sans trop m'influencer. J'ai trouvé cette histoire tres touchante, parceque la femme reste soumise à l'homme alors qui est presque mort, et lui raconte qu'elle souffrait du comportement qu'il avait envers elle.
Mais j'avoue ne pas saisir la fin, je reste sur ma faim.

Noobiz | 07/10/2008 à 14:46

Tant de beauté dans un seul livre!!!
Une histoire un peu rude, uhne femme attachante, la faim de lire apparaît dès le bébut, on n'a pas envie de lacher ce livre!
Innutile de dire que j'ai trouvé ce lire superbe ;)
Ce livre permet aussi de prendre conscience que les femmes ne sont pas bien toujours traitées, surtout dans certains pays...

Thomas

Matt | 07/10/2008 à 11:42

Un livre. Une oeuvre. Simple. Ecrit tout en finesse.
Encore un livre qui parle de la guerre nous dira-t-on !
Mais ce livre est étrange. Il amène une certaine curiosité. Une envie de continuer à le lire. Continuer de le lire même après la fin.
On s'y plonge. On plonge dans un autre monde. Un autre univers. La femme ose défier toutes les conventions musulmanes. bref, un livre de guerre comme d'habitude mais différent. A ne pas lire mais à dévorer. Un rythme lent, il est vrai, mais un rythme qui nous met à l'aise dans notre lit, la pluie battante sur la vitre de la chambre. De plus, le cadre spatio-temporel est autre.
Bref, on aime ou on aime pas. mais lisez le et vous deviendrez une de ces femmes musulmanes qui pense mais qui n'ose pas dire.

Alfelfe | 26/09/2008 à 08:46

je l'ai finit ce livre, une pièce, une femme et un homme, la guerre...
Une image surement réelle de ces endroits ou la guerre déchire
tout ce qu'elle peut.
A lire quand on est en forme...

Maya | 26/09/2008 à 08:38
Maya | 26/09/2008 à 08:36
Alphonse Boudabard | 24/09/2008 à 09:38

Ah, Môssieur Alfelfe ! Je n'avais pas lu ton mail précédent signé "Adam". Et donc Adam, c'est bien un gars !
Je réponds, en revanche à ton commentaire... sous l'autre billet...

Alphonse Boudabard | 24/09/2008 à 09:28

Hey Alfelfe (c'est féminin ou masculin, comme pseudo, ça ?) !
On est en phase: tu as vu: moi aussi, je suis sur la fin de "Un brillant avenir". Je donnerai donc mon avis dans mon prochain billet. Et j'attends donc tes commentaires à la suite. Mais chhhuuuut pour l'instant: finissons le livre chacun de notre côté...et parlons en après !

Alphonse Boudabard | 24/09/2008 à 09:26

Extra. Super lien. Merci Maya ! On peut y voir deux de nos quinze prétendants nous parler de leurs livres: Pluyette (une fois de plus) et Bataille. On attend les autres...et surtout les interviews décalées de Gaspard qui nous feront certainement voir les auteurs d'un autre oeil.
(en revanche, le mec qui présente me fait un peu peur, genre examinateur de bac français, non ?)

Alphonse Boudabard | 24/09/2008 à 09:26

Sympa de nous proposer des livres, Albatros : la diversité dont je parlais plus haut permet effectivement d’y voir plus clair ou tout au moins de comprendre le point de vue de chacun (ce qui n’est déjà pas si mal). Ceci dit, tu oublies que nous avons déjà beaucoup à faire avec nos quinze bouquins…
Allez, promis, je le mets sur ma petite liste (quelque chose me dit qu’elle se remplira au fil du temps…).
D’un autre côté, je suis pas sûr de vouloir rester dans la catégorie des livres « qui te montre le monde flippant dans lequel on vit… ».

Alphonse Boudabard | 24/09/2008 à 09:26

Moi, Zoé, après cette « aventure orientale », je préfère revenir sous des cieux plus cléments… Je suis actuellement entre Bucarest, Paris et New-York, embarqué dans une saga familiale croisée sur deux générations : "Un brillant avenir" de Catherine Cusset. Un récit assez inattendu et une réflexion sur la vie et ses rapports inter-générationnels. Et crois moi (mais lis le livre quand même...) : avoir une belle mère Roumaine n’est pas (non plus) de tout repos ! (même si c'est à priori moins risqué). J’arrive à la fin. J’ai hâte de finir pour connaître le dénouement de cette histoire. Mais je suis également triste à l'idée de quitter bientôt des personnages, si vivant, auxquels je me suis attaché. Les livres proposent de belles rencontres, donc aussi des séparations ! Dis, Zoé, j'aimerai bien connaitre tes impressions sur « Syngué Sabour » une fois lu.

Alfelfe | 24/09/2008 à 09:25

trop c'est trop !
je m'y attaque après la fin ( imminente )
d'"Un brillant avenir"

Maya | 23/09/2008 à 17:20

Je guette si je vois d'autres auteurs qui passent à cette émission..

Maya | 23/09/2008 à 17:10

Pourquoi le site est-il mal imprimé? Souvent les commentaires sont coupés...dommage car souvent très intéressants...
Tiens j'ai trouvé ça :
http://unlivreunjour.france3.fr/?fichesEmissions=/france3.fr/programmes/...
ça donne terriblement envie!

Albatros | 23/09/2008 à 15:58

Dans le genre "bouquin qui te fait prendre conscience du monde -flippant- dans lequel on est", je recommande l'excellentissime livre de Vladimir Bartol : "Alamut", qui apporte quelques éclairages sur la situation du monde d'aujourd'hui, et notamment sur le terrorisme "religieux". Un chef d'oeuvre

Zoé | 23/09/2008 à 09:44

Alphonse, tu m'as donné la chair de poule. Je viens de terminer le silence de Mahomet de Salim Bachi. c'est décidé : je reste en Orient pour ce 2ème voyage littéraire!
Merci encore

Alphonse Boudabard | 23/09/2008 à 09:27

Il est vrai que rien ne vaut un voyage sur place pour se rendre compte des réalités du monde. Encore que… l’approche proposée par certains « tours operators » peut fausser la perception de la vision du pays. Ne faut-il pas, dans ces conditions, s‘en remettre aux récits (parfois discordant, d’où l’intérêt de multiplier les sources) d’écrivains ayant plongé en profondeur dans ledit pays ? Y’a pas que la téloche, si ?

Chienne De-viè | 23/09/2008 à 02:36

C'est sur...que gavé de présentateurs retouchés par l'oréal(parceque je le veau - meuh- bien),c'est difficile d'imaginer la vie d'une afghanne. En revanche, et en accord avec notre cher gouvernement des jeunes gens peuvent desormais partir s'enivrer de ces beaux contes d'Orient...

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