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Et si la révolution était à portée de main ? (1/2)

31/05/2008

Mai 68, une image usée et reprise, éculée et puissante, celle d’une révolte spontanée contre un ordre établi, dominant et suffocateur. Un Fantôme-fantasme de la force d’une jeune génération, prête à s’engager et à se battre pour ses idées, à ne laisser personne lui imposer un monde préconçu.

 

Mai 68 en est devenu un concept, à l’aune duquel ses acteurs, aujourd’hui journalistes, politiques, chercheurs, essaient de comparer tout mouvement protestataire. L’évocation de mai 68 s’accompagne toujours de soupirs. Age d’or, symbole dont la portée s’apparente à la révolution française, qui contraste avec une génération molle, flasque, désintéressée de la politique, formatée, et américanisée, nous.

 

 

 

 

Oui, nous avons toutes les raisons de nous révolter ! Nous aussi, d’hurler, de crier, de nous envoyer en l’air et de repeindre les murs de slogans shootés et décalés !

Dans quelle société vivons-nous ? Chômage, précarité, intolérance, on dirait une litanie de comptineq que nous assènent les médias et la réalité quotidienne ! Nous sommes enfermés dans un carcan de fer, un monde anxiogène sans possibilité de seconde chance. Chaque battement de cil, chaque geste semble déterminer notre avenir, sans perspective de retour...Ce monde dual nous frappe en plein visage : les outsiders, les loosers, subis ton camps !

 

Et si c’était tout ? Mais cette société qui devrait nous porter en son sein, ne s’assume pas. Nous vivons dans une société artificielle, qui rejette les greffons nécessaires à sa survie. Des citoyens français se voient exclus, relégués dans des ghettos tabous, qu’on ignore et dont on refuse d’assumer la vérité ! Leurs revendications sont ignorées et assimilées à un gazouillement débile de jeunes délinquants dérangés ! Le racisme, la discrimination se superposent pour assombrir l’idéal républicain !

 

Et c’est encore sans parle rde l’inégalité de fait ! Les femmes traînent la maternité comme un boulet à leur pied. Le fait de potentiellement souffrir de nausées, gonfler, vomir, être dilatée, bref de donner la vie, les relègue aux taches domestiques, à des statuts sociaux et revenus inférieurs. 

 

C’est l’avenir qui s’offre à nous, jeunesse « désabusée », ou plutôt abusée par notre incapacité à se faire entendre. Le monde est gouverné par des vieillards séniles, qui protègent leurs positions par orgueil et avidité de pouvoir ! Les cinquantenaires nous dominent et nous façonnent un futur où nous travaillerons toujours plus pour payer des retraites à ceux, qui ont bénéficié de conditions plus favorables que celles que nous ne connaitrons jamais… Douloureux paradoxe! Belle promesse d’incertitude !

 

Ce monde de réseaux nous écrase et tractopelle nos idéaux et espoirs. Une personne sincère, honnête est réduite à l’impuissance. Le courage politique fait perdre les élections ! De même l’idéal pur de l’amour qui peut animer la jeunesse est laminé et déchiqueté par les tromperies mutuelles et les divorces. Nous ne sommes plus libres de rêver…

 

 

Et si seulement cette longue liste s’arrêtaitlà ? Mais cette vision européano-centrée n’est rien en comparaison à la souffrance accumulée par les pays les moins développés. Le globe terrestre n’est plus qu’une tache de sang quis’étend pendant que notre incapacité à se mettre d’accord menace la survie même du globe terrestre

 

Comment accepter que 20% de nos semblables dépensent ¾ de leurs revenus pour se nourrir mais n’arrivent qu’à peine à survivre, tandis que notre souci principal est d’éliminer les masses graisseuses difformes de notre corps repu?

 

Comment accepter les violences épileptiques qui saccadent et saccagent le globe terrestre ?

 

Comment accepter ces épanchements d’hémoglobine, ces tortures et souffrances inexprimables, ces viols répétés?

 

Comment accepter l’exploitation d’enfants, le commerce du plaisir et de jouissance qui profitent aux puissants frustrés ?

 

Comment accepter l’impossibilité d’un grand nombr ed’êtres humains d’accéder au minimum de soins médicaux, et les morts sauvages causées par les pandémies ?

 

Comment accepter la destruction systématique de l’écosystème, le réchauffement climatique, et la disparition d’îles entières du Pacifique ?

 

Comment accepter l’affrontement de cultures, religions différentes, l’intolérance et l’incompréhension bercés par l’histoire ?

 

Tout simplement en le refusant! Alors oui, il reste quelque chose sous les pavés. Oui, une véritable révolution peut avoir lieu, et doit se produire. Oui, nous aussi nous rêvons, et refusons ce monde, cet avenir qu’on cherche à nous imposer. Je réfute ce monde, et à la manière de Daniel Cohn-Bendit je clame haut et fort : mêmesi on nous promettait ce monde nous le refuserions, car nous voulons leprendre. [1]Ce monde n’est simplement pas celui dans lequel nous voulons vivre ! En cela nous avons besoin d’un souffle puissant, pour faire éclater le corset qui nous enserre et nous étouffe ! Cette énergie du désespoir nous conduit à un idéalisme étoilé. 


Clara SOMMIER


pour les Jeunes Européens SciencesPo.

 

 

(texte rédigé à l'occasion du concours d'éloquence "Que reste-t-il sous les pavés ?" organisé à SciencesPo. le 14 mai 2008)

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