Rien de nouveau sous les pavés ?
01/06/2008
Nouvelle Donne n’était pas encore née en Mai 68, pourtant nos idées de changement étaient déjà là. Mai 68 a permis le développement de la démocratie étudiante et l’essor des syndicats. Bref, sans Mai 68, point de Nouvelle Donne (et certains doivent alors penser que Mai 68 fut, décidément, une très mauvaise idée…).
Démocratie étudiante, législation sur l’avortement, divorce par consentement mutuel, il faut croire qu’à coup de slogans et de cailloux on parvient à faire évoluer la situation !
Mai 68, qu’on aime cette date ou qu’on s’en méfie, soulève un certain nombre d’interrogations.
Fut-ce une Révolution bis ? Des émeutes causées par des hordes de cocos-bourgeois shootés au marxisme ? Un phénomène social inéluctable résultant du rejet des lourdeurs d’une société de patriarches, le premier d’entre eux étant De Gaulle ? Le « soixante-huitardisme » ne fut pas exclusivement français : les sociétés occidentales ont également connu des remises en cause de l’ordre établi. Idéologiquement, Mai 68 voulait libérer la jeunesse, d’où une compatibilité assez difficile avec le dirigisme communiste. Car l’affrontement n’a pas véritablement eu lieu entre le capitalisme et la gauche,
mais entre une droite antilibérale et une jeunesse peut-être trop « libérale », presque anarchiste.
Le débat actuel semble étrangement faussé. Les liquidateurs, menés par le Président de la République disent s’attaquer à l’héritage de Mai 68. Les promoteurs insistent davantage sur le moment Mai 68 et son caractère exceptionnel. De quoi brouiller les débats puisque les opposants ne parlent pas de la même chose. La droite défend des valeurs de droite, s’en prend au relativisme moral et à la formule « il est interdit d’interdire » qui constituerait en fait le pire des interdits. La gauche promeut l’élan général né en Mai 68, le choix largement partagé de quitter le conservatisme et d’avancer vers plus d’égalité. En fait, ni la droite ni la gauche ne remettent véritablement en cause la position de l’autre : c’est le centre-droit qui a commencé à mettre en œuvre les exigences de Mai 68 ; et la gauche au pouvoir n’a pas tout autorisé à tout va…
Aujourd’hui, que faire de ce sujet de discorde ? Si être l’héritier de Mai 68 c’est privilégier la rue aux urnes, autant s’en tenir tout de suite à un constat : en quarante ans, l’équipement des CRS s’est amélioré, pas les performances du cocktail Molotov. Mais si être l’héritier de Mai 68 c’est savoir remettre en cause les aberrations – parfois invisibles aux yeux des « moins jeunes » – et agir pour « changer les choses », notre époque offre de nombreux défis à relever.
D’où l’importance de l’engagement dont Mai 68 a montré qu’il était indispensable, et la vie courante montre qu’il est loin d’être vain. 1968-2008, tout a changé sauf un état d’esprit qu’il faut préserver : se bouger !
Nicolas Pothier
Nouvelle Donne


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