Sciences Po en 68 : numéro spécial de la revue Saint-Guillaume
08/05/2008
Sciences Po – Génération Mai 68
Comment Sciences Po a-t-il vécu Mai 68 ? Alors que tous les yeux s’étaient tournés vers la Sorbonne et Nanterre, les drapeaux rouges et noirs flottaient aussi sur le fronton de Sciences Po, rebaptisé « Institut Lénine ». Entre assemblées générales et occupation, commissions paritaires et défense contre les « opérations coup-de-poing » des commandos d’Occident, Sciences Po a inventé, durant le « joli mois de Mai », sa propre grammaire révolutionnaire, à son image : réfléchie, sage, et démocratique. Modérée en somme, quand le reste du Quartier Latin s’enflamme… Comme le résume Alfred Grosser : « La fameuse prise de parole de 68 était, chez nous, une parole raisonnable ».
L’occupation se déroule sans véritables incidents : étudiants et professeurs refont le monde tout en jouant au bridge. Le gymnase est transformé en infirmerie populaire, tandis qu’une des nombreuses commissions entreprend de « réformer le genre humain ». La direction accepte rapidement de négocier avec les représentants des élèves. Ces discussions, menées au sein d’une commission mixte étudiants-professeurs, débouchent sur de nouveaux statuts. Le directeur a perdu une partie de ses pouvoirs, les étudiants sont, pour la première fois, représentés au conseil de direction et à la commission paritaire. Ces statuts, qui préfigurent à bien des égards la réforme universitaire d’Edgar Faure l’année suivante, n’ont jamais été remis en cause depuis.
« Pour » ou « contre », révolutionnaires ou modérés, le bouillonnement de Mai 68 n’a laissé, à Sciences Po, personne indifférent. Quarante ans plus tard, ce numéro spécial esquisse, à travers des témoignages pour la plupart inédits, une fresque originale de ce moment si particulier que fut Mai 68, dans cette école pas comme les autres qu’est Sciences Po. Certains diplômés de la « promo 68 » sont devenus célèbres, et ils ont accepté d’évoquer leurs souvenirs, avec sincérité et humour : Dominique Baudis (p.33), Jean-Louis Bourlanges (p. 35), Christian de Boissieu (p. 34), Michel Cicurel (p. 36), Jean-Luc Domenach (p. 36), Bernard Faivre d’Arcier (p. 38), Alain Juppé (p. 40), Philippe Marini (p. 40), Didier Maus (p. 41), Hubert Védrine (p. 45), et bien d’autres… Vous trouverez également les témoignages de ceux qui étaient alors leurs enseignants: Alain Lancelot, Pierre Joxe, Alfred Grosser, Michel Gentot, Alain Duhamel, Jacques Fournier, Jacques Rigaud…
Ce numéro spécial est illustré de photos de Bruno Barbey (agence Magnum), Guy Michelat (Cevipof-CNRS), Daniel Legendre, et André Sas, et d’une BD particulièrement impertinente, signée Jean-François Batellier.
Nous espérons que ce numéro vous intéressera, vous amusera, et piquera votre curiosité.
Florence Maignan
Rédactrice en chef de Rue Saint-Guillaume


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