My father is rich!
17/04/2009
Il en est du manga comme de toutes les autres créations, à savoir que c'est souvent où on l'attendait le moins que surgit une petite perle, de celle qui vous fait attendre impatiemment le volume suivant.
Ainsi telle fût mon expérience avec Un Drôle de Père d'UNITA Yumi, aux éditions Delcourt (collection Jôhin), dont le troisième tome est sortie fin mars.
Et s'il s'agit, c'est vrai au départ d'un shôjo, tendance Josei (comprenez s'adressant à un public féminin de 18 à 30 ans), son personnage principal masculin, ainsi que la justesse et la délicatesse du propos peuvent parler à tout un chacun sans distinction de sexe.
Voici donc l'histoire de Daikichi, célibataire de 30 ans, venu aux funérailles de son grand-père, et qui va découvrir ce jour là une petite fille prénommée Rin, âgée de six ans, qui n'est autre que ... sa tante!
Les plus logiques parmis-vous auront saisi qu'elle est donc la fille du défunt.
"Pépé", comme elle l'appelle, ayant secrètement entretenu une relation (pour le coup concluante!) avec sa jeune femme de ménage... On nagerait en pleine comédie de moeurs sur fonds d'ascension sociale par la galipette si la maman en question n'était pas aux abonnés absents...
Des adultes en mode deuil et dignité, une fillette dont personne ne veut. Il n'en faut pas plus pour que notre héros, célibataire par la force des choses (travail, physique ingrat), et scandalisé par la lâcheté familiale, ne se porte volontaire pour s'occuper de Rin. Et ça tombe bien tant Daikichi ressemble, en plus jeune, à son défunt aïeul... Passation génétique complète donc!
La force de ce manga, et tout le talent d'UNITA Yumi, tient à l'humanité du propos et à la justesse de ses héros. Qu'on ne s'y trompe c'est bien d'héroïsme dont il est question. En ces temps de flottement permanent et d'égoïsme prudent, c'est parfois le quotidien le plus trivial qui va se teinter d'aventure. Faire des enfants, passe encore(la biologie est maligne!), mais élever ceux des autres... Houla!!
C'est donc le sens du sacrifice, mais plus certainement le don de soi qui est mis en avant par l'auteur. Daikichi en choisissant d'élever Rin s'élève lui-même. Au contact de la fillette, lui pourtant pas très doué avec les enfants, se découvre un sens des responsabilités(qui n'était jusqu'à présent que grossièrement patent dans son travail) et une ouverture au monde qui l'environne.
Voilà pour le fonds, je ne rentrerai pas plus avant dans le détail de l'histoire, celle-ci se construisant par petite touches suggestives, au gré des jours qui passent, et aussi parce que je préfère vous laisser découvrir et savourer tout cela par vous-même.
En ce qui concerne la forme UNITA Yumi soumet son trait à l'expressivité de ses personnages: pas de gras, pas de trames, mais la main est ferme et chaque ligne nourrit à plein la narration. Le visage de Daikichi, tout en angle, surplombant un grand corps filiforme, contraste avec la petite taille de Rin et l'ovale des ses traits. Ce graphisme, toujours économe mais jamais aride, est constamment au service des personnages et de leurs sentiments.
Quant aux dialogues, traités à l'identique, ils sont si crédibles et justes, que l'on reste persuadé longtemps d'avoir vécu la scène par delà les pages du manga (je songe là en particulier à la première rencontre entre Daikichi et la mère de Rin).
Bref avec ce titre, vous l'aurez compris, on est dans la finesse avec un grand F.
Pour conclure il est impossible de ne pas attendre le volume suivant, impossible, pour nous lecteurs, d'abandonner là Rin et son drôle de père, tant pages après pages ceux-ci ont réussi à nous intéresser, nous émouvoir, et nous attacher à eux. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut sortir meilleur d'une lecture, c'est même de plus en plus rare par les temps qui courent, et ne serait-ce que pour cela lisez, et aussi offrez Un Drôle de Père de la mangaka UNITA Yumi.
Et puis finalement, comme interroge le sous-titre du manga: Le monde n'est-il pas mieux que ce que vous aviez imaginé?
Guillaume, Fnac St-Lazare.


Fnac.com
Poster un nouveau commentaire