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Toutes les couleurs du noir et blanc!

29/02/2008

Un des (trop) nombreux reproches fait au manga est le noir et blanc. Or s'il existait bien des publications en couleurs pour les enfants avant 1945, après la Seconde Guerre Mondiale l'austérité devint de mise (la papier et l'impression coûtent chers et ne sont pas des priorités à la fin du conflit)

 

Mais cette raison économique et logique de l'époque, me direz-vous, n'a plus lieu d'être de nos jours. Alors?

 

Il faut savoir que le système de publication au Japon est étroitement lié à la presse. Ainsi les manga que nous lisons en France sous forme reliée sont initialement pré-publiés là-bas au sein de magazines, mais surtout dans d'énormes "pavés", consommables et jetables comme n'importe quel quotidien, appellés mangashi. Ces derniers, qui vont de 300 à 600 pages!, se composent d'un épisode de plusieurs séries dont la survie dépendra, à plus ou moins long terme, du vote des lecteurs. Vote qui s'effectue au moyen d'un encart vendu avec le mangashi. Inutile de préciser comme cette méthode fait porter une pression constante sur les auteurs, obligés de ne jamais lasser et de tenir le lecteur en haleine à chaque parution!

 

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une couverture du mangashi Shônen Weelky Jump 

 

 

Et c'est là que nous retrouvons notre problématique du noir et blanc: la publication de ces "pavés" ne peut économiquement se faire en couleurs, tant en terme d'épaisseur que de tirage. Le mangashi, pour être rentable doit se vendre, du fait de son prix modeste, en grande quantité.

Qui plus est les mangaka, qui se définissent avant tout comme des raconteurs d'histoires, ont besoin de beaucoup d'espace pour les développer. On songe par exemple aux pugilats de Coq de Combat, série de Tanaka et Hashimoto, qui courent parfois sur près de 30 pages. S'il est un moyen d'expression artistique qui a tout compris au cinéma, c'est bien le manga!

 

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Cette norme du noir et blanc a amené les auteurs à ruser en utilisant notamment des trames: sorte de fonds à motifs simples ou complexes, pré-imprimés, que l'on découpe et colle, voir décalque, à même le dessin. Les Clamp, groupe de dessinatrices reconnues, sont de vraies virtuoses de cette technique, et l'on n'en finirait pas de rendre compte de la richesse de ce procédé chez tous les mangaka. A tel point d'ailleurs que son non-usage est un signe fort et peut servir à marquer un style propre: Ainsi Toriyama Akira, papa de Dragon Ball, n'emploie quasiment jamais de trames pour habiller son noir et blanc.

 

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exemples de trames classiques à découper

 

Au final, l'absence de couleurs stimule l'enrichissement graphique et cela toujours au service du récit. Le noir et blanc, au départ contrainte, se révèle en fait plutôt positif, et même totalement parti prenant de la narration à la japonaise et de son identité.

 

Guillaume, Fnac St-Lazare.

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